Depuis plusieurs semaines, le débat autour du Maloya, de l’appropriation culturelle et des violences sur les réseaux sociaux traverse notre île avec une intensité rare (Photo d'illustration : Richard Bouhet/www.imazpress.com)
Personne ne devrait subir l’acharnement, l’insulte ou la mise en danger pour ses prises de parole. Mais cette situation révèle aussi un malaise plus profond que beaucoup de Réunionnais.e.s expriment depuis longtemps, souvent sans être entendu.e.s.
Dans leur tribune de soutien à Marie Lanfroy, les signataires écrivent qu’"il y a des combats et des réflexions à mener", qu’il faut "ouvrir des dialogues sur des sujets pointus et décoloniaux" et que ces sujets doivent être "portés ensemble". Nous prenons ces mots au sérieux.
Mais pour qu’il y ait véritablement dialogue, il ne suffit pas d’entendre. Il faut écouter ce que beaucoup de Réunionnais.e.s expriment depuis longtemps sur les rapports de domination et le privilège zorèy à La Réunion.
Car derrière cette polémique apparaît une question plus large : celle du privilège zorèy à La Réunion.
Nommer cette réalité ne revient pas à désigner des ennemis. Il s’agit de reconnaître des déséquilibres historiques encore présents dans l’accès à la parole, aux responsabilités, aux ressources et à la visibilité.
De la même manière que les luttes féministes ont appris à distinguer les hommes des structures patriarcales, il faut distinguer les individus des rapports sociaux qui leur donnent parfois, sans qu’ils l’aient choisi, un avantage dans l’accès aux postes, aux réseaux, à la parole publique ou à la reconnaissance.
Les études décoloniales parlent de colonialité du pouvoir pour désigner la persistance, après la colonisation, de hiérarchies culturelles, économiques, raciales et symboliques héritées de cette histoire.
À La Réunion, cela se traduit de manière concrète dans l’accès aux postes de responsabilité, dans la maîtrise des codes administratifs, dans la capacité à obtenir des financements, à occuper certains espaces de décision, à être reconnu comme légitime dans les médias, les institutions, la culture ou l’économie.
Certaines trajectoires bénéficient encore d’une présomption de compétence, de neutralité et d’universalité que d’autres doivent constamment prouver.
Certains accents, certains réseaux, certains diplômes et certaines manières d’habiter les espaces de pouvoir ouvrent plus facilement les portes de la réussite.
Dans le même temps, beaucoup de Réunionnais.e.s ont le sentiment d’être progressivement éloigné.e.s de leur propre territoire. Le prix du foncier et de l’immobilier rend l’accès au logement toujours plus difficile pour les familles Réunionnaises. La gentrification transforme certains quartiers et modifie profondément les équilibres sociaux, culturels et symboliques de l’île.
Beaucoup de familles Réunionnaises portent la mémoire des départs organisés vers la France, souvent présentés comme une nécessité économique ou sociale. Le cas des enseignant.e.s Réunionnais.e.s poussés vers l’extérieur est un des aspects de cette migration contrainte. Cette histoire éclaire le sentiment actuel de déclassement ressenti par une partie de la population lorsque des Réunionnais.e.s peinent à se loger, à accéder aux responsabilités, ou à rester vivre dignement sur leur propre territoire. La non nomination d’un zorèy comme directeur du PRMA en 2025 est un exemple parmi des milliers d’autres.
Oui, les cultures circulent, se rencontrent et se transforment. Mais les échanges culturels s’inscrivent toujours dans une histoire et dans des rapports de pouvoir.
La question devient alors simple :
Kisa i koz ? Kisa i désid ? Kisa i finans? Kisa lé vizib ? Kisa lé invizib ? Kisa i pé viv èk son Kiltir? Et qui reste relégué aux marges pendant que d’autres deviennent les visages légitimes et médiatiques de traditions qu’ils n’ont pas portées historiquement ?
Des figures majeures de la culture Réunionnaise, comme Danyèl Waro, ont elles-mêmes appelé les zorèy à interroger leur place et leurs privilèges. Cette parole mérite d’être entendue comme une invitation à la responsabilité, pas comme une condamnation.
Les zorèy doivent donc prendre leur part dans ce débat, afin de construire un dialogue honnête et une égalité réelle dans notre île. La Réunion mérite un débat adulte, serein et lucide sur ces questions. Un débat où chacun peut parler d’exil, de logement, de travail, de culture, de transmission, de représentation et de pouvoir sans être immédiatement disqualifié.
Nommer le privilège zorèy revient à ouvrir une réflexion collective sur le partage réel des ressources, des responsabilités et de la parole à La Réunion. C’est à cette condition que le dialogue pourra dépasser les postures, les blessures et les procès d’intention, pour devenir enfin un outil d’égalité.
An byin minm
Tribune signée par plus de 150 artistes et personnalités de La Réunion (et d’ailleurs)
Liste des signataires Tribune "Privilège Zorèy" :
Gael Velleyen, Françoise Vergès, Bruno Maillard, Dj Dan, Harendra, Avotcha, Loran Médéa, Méo, Younous Jonas, Tikok Vellaye, Fabrice Camilo, Bihel Ivoula, Sharl Sintomér, Didyé Maronaz,
Valentin Chambon, Stéphane Grondin, Paul Mazaka, DJ Sanjiva, Laurent Pantaléon, Monique Séverin, Ludovic Babas, Brandon Gercara, Bihel Ivoula,
Willy Kyle, Grand Farid, Alexandrine Araye, François Batisto, Climène Zarkan, Erick Murin, Pael Gigan, Jamy Pedro, Kaf Maron, Metka Zupancic, Mickael Gence (Collectif Nawak), Jimmy Cambona, Fabio Marouvin, Maryline Dijoux, Axel Sautron, Nadia Saint-Omer, James, Naomis Joseph, Florans Féliks Waro, Zavyé Rivière, Dovik Sinz Raskaf M’Doihoma, Lucas krishna Tétry-Rivière,
Sophie Hoarau, Jawex (Métisondankér), Scylla Jelani, Jazz Sadiwhat, Eric Ismael (Komité Pangar), Jean Luc Damartin, Le Rougail Saucisse, Rasine Kaf, Teddy Pedro, Véli Fénwar, Thomas Nalem, Galé dolo, Maël, Anifa Cassim, Angélina Imira, , Vincent Caramante, Fayazer, Jean Michel Bègue, Olivier Ratane, Karma, Jean Marie Imira,
Beurty Dubar, Vincent Pothin, Geno, Dassby, Oze, Guillaume Haribo, Mathieu Raffini, Léksik, Yann Passinay, Kristel Séraphin, Olivia Martin, Florent Turpin, Réo 1, Katy Singaïny, François Taïllamé, Guillaume Grondin,
Richard Dijoux, Cathie Payet, Grand Farid, Philippe Bessière, Gotlo Fils, Jocelyn Fontaine, Kevin Amar Boojhowon, Ibrahim Moullan, Nikola Maloubar, Cédric Autal, Nathalie Poulot, Yves Thebault, Cati Réau, Fofan,
Nico Esselin, Mathieu Tavernier, Farid Aubras, Méloman, Michèle Jacquemart, Martine Mamosa, Jean Yvonnick Hoarau, Arianne Virassamy Covindin, Graziella Camele, Guy Noel Grondin, Marylou Voice, Aliana Camele, Emmanuelle Grégoire, Christine Fontaine, Laurent Boucher Jhan, Nadia Joron,
Kervin Govinden, Loretta Valliamé, Margaux Alendroit, Basile Tibère, Natou Araboux, Yannick Achiaye, Dominique Thionville, Gilbert Lauret, Charlotte Thomas, Danielle Trajean, Olivia Silotia, Sandra Persée, Gregory Custos, Vincent Silotia, Jérémy Tayé, Brice Turpin, Jeannick Gonthier, Patrice Clappier, Patrice Séraphine, Elodie Damy, Linda Mzé, Vanessa Damy,
Alexandre Damy, Malika Atchama, Corinne Lejoyeux , Ingrid Bellanger, Line Lejoyeux, Samuel Atchama, Eric Grondin, Giovanna Grondin, Samuel Tancourt, Admirah Herindrainy, Mickael Nativel, Jonathan Dijoux, Adrien Stéphan, Daniel Saint-Alme, Ben Réame, Richard Juillerot.

Avant d'aller plus loin dans ce débat, il me semble utile de rappeler un point factuel, souvent oublié dans le feu des discussions : La Réunion est un département français à part entière, et à ce titre, elle bénéficie d'un soutien financier considérable de la part de l'État et de l'Union européenne. Les fonds structurels européens (FEDER, FSE), les dispositifs de continuité territoriale, les aides à la filière canne, les compensations liées à l'éloignement (statut de Région Ultrapériphérique) représentent chaque année des montants conséquents, qui contribuent directement aux infrastructures, à l'emploi et au niveau de vie sur l'île.
Cela dit, ce constat ne répond pas, en soi, à la question soulevée dans ce débat, qui porte moins sur le statut de l'île que sur la répartition interne du pouvoir, des postes et de la visibilité entre celles et ceux qui y vivent. Les deux sujets ne s'excluent pas : on peut tout à fait reconnaître l'importance de ces solidarités nationales et européennes, tout en discutant, par ailleurs, de la façon dont les responsabilités et les ressources sont réparties localement.
Il me semble qu'il est important, dans ce débat, de garder en tête le cadre dans lequel il s'inscrit : celui d'un territoire pleinement intégré à la République et à l'Europe, avec les solidarités que cela implique. Mais cela ne doit pas pour autant clore la discussion sur les questions de représentation et d'accès aux responsabilités, qui méritent d'être traitées pour elles-mêmes, sereinement et sans procès d'intention envers personne.
Encore une tribune pour souffler sur les braises d'une société au bord de la rupture en enfonçant des portes ouvertes. Les coupables ce seront toujours les autres de toute façon : les blancs, les zoreys, bientôt ce sera qui d'autre encore ?? Impuissants à lutter contre les vrais problèmes (la corruption, la pauvreté, la vie chère, l'exclusion des plus vulnérables, les violences, les déchets), ils préfèrent s'engouffrer dans la polémique, la diversion.
Je croyais que les Réunionnais étaient français ? OK dans ce cas on renvoie tout ́le monde sans oublier les medecins les spécialistes?tous.et les réunionnais qui sont en métropole reviennent ici?apres ce sera qui ?les mahorais,les antillais,les blancs ?Au fait comment faire pour les couples mixtes et leurs enfants? Pour moi,c’est purement du racisme,de la jalousie et qui doit être denoncé.Dans cette liste,il y a des blancs moitié créole, moitié zoreil,ils doivent aussi être renvoyés? Et ceux qui ne sont pas blancs et qui ne sont pas Reunionnais,on fait quoi?Du grand n’importe quoi.. .
Vous n'avez pas compris la tribune ou vous ne l'avez pas lu.
Elle ne parle pas de renvoyer les zoreys, les médecins ou les couples mixtes. Elle dit explicitement : « Nommer cette réalité ne revient pas à désigner des ennemis. »
C’est une analyse des déséquilibres structurels (accès aux postes, financements, visibilité), pas une attaque personnelle.
Pour simplifier : les zorey ont encore des privilèges, et cela n'est pas normale en 2026. Discutons-en pour enfin mettre ça en lumière et trouver des solutions pour que tout le monde soit à une vrai égalité.
Dans le sud de la France, les acteurs, médecins, et autres ont des maisons qui frisent le million d'euros. Les locaux pourraient s'en plaindre car l'immobilier est au plus haut! Et là, rien à voir avec zorey, malgas ou maorè. Cette tribune incite à la discrimination et au racisme. Ces gens devraient être poursuivis pour ça!
Je pense que les deux tribunes disent plus ou moins la même chose sur le fond ! Il y a peut être juste un désaccord sur la manière de dénoncer ces injustices réelles (même si le contenu de cette deuxième tribune me parait heureusement bcp plus modérée que les attaques personnelles qui avaient accompagnées la polémique maloya ) - Il faut se rassembler sur le constat partagé et discuter des moyens les plus efficaces pour faire avancer les choses (renvoyer une personne précise uniquement à son origine pour la disqualifier d'une musique n'en était pas un - ce qui compte ce sont les actes et les intentions). Saluons l'appel au débat de cette deuxième tribune pour avancer !
Privilège de quoi ? On ne peut plus chanter ?
Ça va trop loin là ! Du pur racisme anti zorey , sachant que la majorité des élus sont creoles .
Comment on fait pour signer
Pourquoi ne pas commencer par lutter contre la pauvreté ,l’illettrisme et le manque de volonté des politiciens élus (tous créoles me semble-t-il)?
Sinon le discours de les réunionnais sont pauvres à cause des zorey et ce sont les mahorais les responsables du reste ne disparaîtra pas de sitôt .
Un dernier rappel le racisme est un délit et pas une opinion
Totalement d'accord avec vous ! Je suis très surpris de voir le nom de Françoise Vergès, par contre Gaël Velleyen, anti-zorey notoire, a trouvé une (mauvaise) occasion de faire parler de lui !
Pourquoi les politiques se limitent à des discours toujours et toujours. Que des constats ! Cette analyse faite par image presse de ce jour s'ajoutera aux discours politiques sans résultats. Et pendant ce temps là, le pouvoir sera pris progressivement des intrus soutenus des politiques nationaux et locaux,jusqu'à ce qu'il soit trop tard.
Dans ce contexte je ne vois vraiment pas une suite positive à cette affaire.
Nou lé incapables, c'est triste et c'est bien dommage.
Des intrus ? La Réunion n’est pas française ???