Sur le rejet de l'avenant 72 et le mépris d'État envers les aides à domicile Souvenez-vous. Nous étions en 2020, confinés dans nos appartements, et chaque soir à 20h, la France entière ouvrait ses fenêtres pour applaudir. Les soignants, les auxiliaires de vie, celles et ceux qui continuaient à se lever pour aller prendre soin des autres pendant que nous restions chez nous. C'était beau. C'était sincère. Et ça n'a strictement servi à rien. (Photo DR)
Le 19 mars 2026, le gouvernement a refusé pour la troisième fois consécutive d'agréer l'avenant 72 — un accord signé entre employeurset syndicats CGT et CFDT pour augmenter de 64 euros brut par mois, les salaires des aides à domicile. Soixante-quatre euros! Refusé. Trois fois. Pendant ce temps, 40 % de ces professionnelles — car ce sont très majoritairement des femmes — travaillent encore en dessous du SMIC.
On nous explique : contraintes budgétaires. Déficit public. Impossibilité financière. Soit.
Mais alors qu'on arrête aussi le discours sur le "virage domiciliaire", sur le "maintien à domicile comme priorité nationale", sur la "société du bien vieillir". Parce qu'on ne peut pas affirmer vouloir garder les personnes âgées chez elles et refuser de payer décemment celles qui le rendent possible. C'est une contradiction que l'on ne peut plus accepter sans réagir.
À La Réunion, cette décision prend une dimension particulière.
Notre île vieillit à une vitesse sans équivalent en France. D'ici 2050, 36 % de notre population sera senior. Les seniors réunionnais sont plus dépendants qu'en métropole, plus pauvres, et seuls 3 % vivent en institution, par défaut d’infrastructures adaptées — les autres vieillirons à domicile, qu'on le veuille ou non. Si l'on ne construit pas maintenant une filière de l'aide à domicile solide, attractive et correctement rémunérée, ce n'est pas une politique sociale qui s'effondrera : c'est un pan entier de notre cohésion sociale.
Le secteur perdra ses effectifs. les structurent fermeront. Des familles se retrouveronnt seules face à la dépendance d'un proche. Et nos parlementaires ? Silence! Peut-être trop occupés à faire de la politique. Pas une déclaration publique! pas une interpellation au gouvernement sur ce sujet précis, dans les jours qui ont suivi ce troisième refus. On attend.
Revaloriser ces métiers, c'est créer des vocations. C'est aussi dire clairement, comme société, ce que l'on considère avoir de la valeur — au-delà du paraître, de la consommation et du pouvoir.
Ce que nous demandons n'est ni révolutionnaire ni coûteux au regard des enjeux : agréer l'avenant, engager une négociation sérieuse sur la filière, et que les élus réunionnais portent ce combat au niveau national avec la même énergie qu'ils mettent à d'autres causes. L'urgence démographique de La Réunion ne peut plus être traitée en point divers.
Joël Personné, Référent Place publique Réunion
