Tribune libre de Sophie Barberot

Plus les années passent, plus les élèves du lycée craquent

  • Publié le 13 octobre 2026 à 17:21
  • Actualisé le 13 octobre 2026 à 17:26
Mobilisation lycéenne à Saint-Paul

On ne compte plus le nombre de gamins en burn-out scolaire, super stressés ou dégoûtés de l’école, ceux qui finissent en HP, ceux qui deviennent mutiques, ceux qui se mutilent. Et ce, dans tous les milieux sociaux - voire plus nombreux dans les CSP + où ils ont plus de pression sur la réussite. (Photo : Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)

On les adjoint à être performants mais pas écrasants, intelligents mais académiques, scolaires mais indépendants, enfermés mais autonomes… tant d’injonctions contradictoires qui viennent se loger dans un emploi du temps surchargé, dans un programme surchargé, dans des classes surchargées, dans des cerveaux surchargés.

Et le discours est toujours dans le sens de la faute. Les enfants sont idiots, sont des fauteurs de troubles amateurs de chaos, sont de petits sauvages décérébrés qu’il faut remettre dans le bon ordre, à coups de matraque s’il le faut, en les mutilant s’il le faut, l’important étant de les punir.

On oublie que le lycée est devenu l’avant-poste de la violence politique et nos impôts subventionnent les écoles privées et par là la ségrégation sociale, toujours plus forte.

On oublie que la réforme Blanquer de 2019 a obligé les élèves à choisir dès la seconde leur orientation et leurs spécialités. Sous prétexte de liberté, on supprime des postes de profs et les enfants les moins au fait des subtilités de l’orientation plombent eux-mêmes leur parcours. Tous ceux dont les parents n’ont pas fait d’études partent avec une balle dans le pied.

On leur en renverra ensuite la responsabilité  : ils n’avaient qu’à pas prendre un combo "philo-Physique chimie- espagnol" si ils voulaient intégrer une école d’ingénieur. Même une "petite" ( ils ne savent pas, eux, ce qu’est Centrale/Sciences-Po/ polytechnique, ce n’est pas un sujet de conversation à la maison ).

- La jeunesse est inflammable - 

Ils échoueront à la fac dans laquelle il reste des places. Et, souvent, ils échoueront à la fac . Tout court. C’est le lot de beaucoup d’élèves des classes populaires(mais pensez-vous que l’on fournisse les statistiques aux profs qui sont maintenant chargés de les orienter ? of course not)

Cette même reforme a plombé les emplois du temps, obligés à fonctionner en barrettes et donc à trou- trou.

Elle a aussi explosé le groupe classe : les profs, nous avons des groupes mais plus de classe à encadrer, plus de solidarité entre eux, plus de lien : un lycée "à la carte" pour ceux qui ont les bonnes cartes en main.

Devant l’échec de la politique scolaire, les adultes ont choisi de rejeter la faute sur les ados eux-mêmes "c’est la faute à Tik Tok, ils sont débiles les jeunes de maintenant, c’était mieux avant".

Du coup, les enfants ont rangé leurs portables, ils ont regardé autour d’eux , ils ont vu ce qu’on leur proposait et ils sont sortis, dehors, dans la rue, pour dire qu’ils n’étaient pas d’accord.

Et devinez sur qui ils s’appuient parfois ? Sur la rébellion de Rimbaud, sur la réflexion de la Boétie contre la « servitude volontaire ».

Comme quoi, c’est dangereux de les faire lire.

La jeunesse est inflammable.

Continuez de flamber les jeunes, le vieux monde s’écroule derrière vous.

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