Tribune libre du Koléktif simétièr Misouk Sinlé

Pou la protéksion simétir misouk et son klasman

  • Publié le 20 janvier 2026 à 10:34
  • Actualisé le 20 janvier 2026 à 10:40
Saint-Leu

À Mesdames et Messieurs les candidats-es potentiels-les et/ou déclarés-es aux élections municipales 2026, à Saint-Leu, Réunion. Mesdames, Messieurs, Quelques semaines après le 1er novembre et la portée universelle de cette journée, particulièrement pour les Réunionnais et les Saint-Leusiens, à moins de 2 mois du 1er tour des élections municipales, parce que tout n’est pas dit, donc su, aux administrés de la commune (Photo : rb/www.imazpress.com)

Nous soussignés, liste en bas de page, au nom du Collectif mentionné plus haut, nous avons l’honneur de vous interpeller sur les suites à donner à la question de la protection d’un site patrimonial majeur de la ville.

Le Koléctif Simétier Misouk est une association de fait, née de la Marche vers le Cimetière Misouk le 8 décembre 2017. Dix-sept militants de La Réunion, épris de la nécessité de connaître et sauvegarder le patrimoine commun, se sont rendus à un site d’enfouissement d’humains, caché des citoyens, abandonné, mais néanmoins encore fréquenté de manière très discrète, presque clandestine.

Des recherches approfondies aux archives, des entretiens poignants avec les descendants et témoins du fonctionnement global du cimetière de Saint-Leu, les quelques témoignages sur les ascendants défunts, les déclarations appuyées d’anciens employés des Pompes Funèbres et fossoyeurs, ne laissent aucun doute sur la véracité des pratiques anciennes et inhumaines sur ce site, édifié depuis la période coloniale.

La question de l’inhumation des décédés de Saint-Leu revêt une acuité prégnante dès le début du peuplement. Il a existé un cimetière Laleu, probablement proche de l’église, ayant accueilli les restes de certains colons et famille, ainsi que de quelques esclaves affranchis, pour bons et loyaux services. Le sous-quartier, intégré au quartier pionnier de Saint-Paul, observe, au départ, les rituels de la religion unique, c’est-à-dire, "catholique, apostolique et romaine", au Cimetière Marin de l’Ouest.

Arrive l’année 1776 où pointe l’idée de la création d’une nouvelle paroisse, sous le patronage de Saint-Loup (Saint-Leu), évêque de Troyes dans l’Aube, au 5ème siècle.

L’appellation Repos Laleu est progressivement négligée. L’église, non loin des bâtiments coloniaux et ateliers, est achevée en 1790. Un cimetière est consacré le 24 décembre 1791, à Bagatelle, rive gauche, très excentrée par rapport au "centre-ville", La préservation antiépidémique étant la nécessité avancée.

Le 1er maire de la ville, Gilles Dennemont, "découvre et constate" que les esclaves non-baptisés, ne sont pas inhumés en un lieu précis. Ils étaient disséminés dans des lieux proches du lieu de leur décès, "la nuit, à proximité de l’endroit où ils ont trouvé la mort", (article 10 du Code Noir et Lettres Patentes), c’est-à-dire sur les rives des ravines de grandes propriétés, aux différents sites de marronnage, ou par pendaison ou suicide.

Le nouveau cimetière, Bagatelle, est alors la maison des seuls chrétiens disparus. La décision est alors prise d’édifier 3 murs, à l’arrière, au fond, pour déterminer un enclos de complaisance, post-mortem, de la population servile.

En 1849, pour donner suite à un courrier d’un citoyen, (De Lanux), le maire Pierre De Guigné, déjà grand propriétaire terrien esclavagiste, et fondateur de la sucrerie du Portail, promet l’abattage des murs-apartheid de séparation. Cela ne se fera pas.

Après l’abolition de l’esclavage, 20 décembre 1848, la République met fin au régime de cloisonnement des morts. Tous les territoires (hexagonaux et coloniaux) doivent s’y conformer. Le principe d’égalité doit s’appliquer, en principe, même après la mort, de tout citoyen.

La colonie se tourne alors, plus tard, vers les engagés, dont les Indiens, très majoritairement tamouls, pour parer à la carence de main-d’œuvre. Or, les ressortissants indiens pratiquent très majoritairement l’hindouisme et doivent bénéficier, par contrat de débarquement, de la liberté d’opinion et de pratiques religieuses. Les convois mortuaires sont pourtant stoppés à l’entrée du cimetière principal, pour cause de non-passage préalable devant Dieu le Père et l’autel. Accablés de malheur et encombrés de la présence des corps de leurs défunts, ils se dirigent en fin de journée, à l’enclos des esclaves de jadis, procèdent sommairement à l’inhumation et plantent, religieusement et symboliquement, un trident de Shiva, taillé dans du simple bois disponible.

Aujourd’hui, sur site, subsiste un seul monument funéraire, probablement reconstitué, en béton coulé, lequel monument a été repeint au fil des ans de couleurs différentes. Les familles Apaya, Apoulou, Coutin, Latchimy, Naransamy, ... continuent à fréquenter ce territoire ancestral qui leur est cher.

Plus tard, des musulmans, dont une famille très connue de la commune, y ont laissé des traces. Au moment des pics épidémiques, le cimetière caché aurait accueilli des dépouilles de Réunionnais de toutes origines, dans sa partie recluse.

La population nomme indifféremment cet espace, "simétièr Zesklav, Malgass, Malbar, Zarab, Komor". Toutes les origines sont concernées.

Madame, monsieur,

Vous avez eu l’occasion de faire part, aux administrés de Saint-Leu, de votre intention de briguer, le 15 mars 2026, le majorat municipal et la conduite d’une liste de citoyens. Au nom du Koléktif Simetièr Misouk, les signataires ci-dessous, nous nous adressons aujourd’hui à l’ensemble des candidats, déclarés ou potentiels, pour vous informer des différents développements liés à cette construction :

- 1791 : construction du cimetière sous le mandat de Dennemont, 1er Maire. Les pierres sont portées à dos d’esclaves, ainsi que la chaux nécessaire, sur les épaules. Le moellonnage est l’œuvre de quatre maçons indiens contractuels. Dans la foulée, agrandissement, par un enclos accolé au fond, au sud, destiné aux esclaves non fidèles.

- 1849 : promesse de démolition des murs supplémentaires. En vain. Mandat Pierre De Guigné.

- 2005 : décision du Conseil Municipal d’étendre le cimetière normal vers le cimetière des exclus pour cause de saturation. Mandat de Poudroux.

- 10 12 2007 : construction de 2 murs intérieurs pour obtenir une petite parcelle et d’un portail d’accès. Mandat de Robert.

- 25 07 2018 : Marche de préservation du Simetièr Misouk

- 03 09 2018 : Dossier préliminaire de présentation à Monsieur le Conservateur

- 11 08 2018 : Constitution du Koléktif avec 25 membres, Bèf Moka dann Karo Koton, chemin Armanet. Rapport d’étape.

- 24 09 2018 : Demande officielle à la Direction l’Action Culturelle (DAC), de protection du site pour inscription aux Monuments Historiques

- 24 01 2019 : demande d’une séance de travail à Monsieur le Maire de Saint-Leu

- 20 06 2019 : Réponse de la Préfecture sur le projet "qui présente un intérêt justifiant la poursuite de la procédure".

- 15 07 2019 : Lettre à Mme Murin de la Région.

- 25 07 2019 : Réponse de Clémence Préault Service Culturel.Gouv, chargée d’étude documentaire.

- 13 09 2019 : Réponse de la Mairie de Saint-Leu qui entérine son "engagement aux côtés du Kolektif Simtièr Misouk". Mandature Domen.

- 14 novembre 2025 : Conférence à l’auditorium Éric Sidachetty de Saint-Leu

Madame, Monsieur,

La Mairie, propriétaire des lieux, se trouve être l’échelon fondamental dans notre démarche de classement. Nous profitons des circonstances actuelles pour solliciter votre positionnement et celui de votre équipe, afin d’inscrire dans votre programme électoral, votre engagement ferme à accompagner, le cas échéant, le Koléktif, dans la poursuite de notre dossier, au plus haut niveau. La prochaine mandature bénéficie d’une intervalle de 6 années, pour mener à bien, le classement au Monuments Historiques.

L’entretien régulier du site pourrait être alors assuré, officiellement, par les services de la mairie, à l’instar de ce qui se fait pour le cimetière Bagatelle.

Merci de bien vouloir nous faire parvenir votre réponse aussitôt que possible. Des visites sur site sont envisagées, ainsi que des points-presse, que vous ne manquerez pas d’honorer, sur invitation, et dans les suites qui seront données. Le présent appel sera adressé aux organismes de presse de l’Ile à l’attention de tous les publics et aussi ceux qui n’auraient pas pu être contactés.

Correspondants actuels du Koléktif : Frédéric Amany, Luçay Permalnaïck

Nos remerciements anticipés pour l’attention qui sera portée à notre demande et des suites que vous voudrez bien donner.

Les autres signataires de l’appel :
Thierry G – Roger R – Julie P – Geneviève G – Mickaël C – Luçay P – Arsène C – Guy B –
Carole T – Nancy Z – Gisèle P – Monique D – Daniel T – Billy V – Mahéva T – Frédéric A –
Cataline M –Jessica C- Didier P – Ludovine P – Yannis H – Clovis E – Florian G. – Lilian Y -

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2 Commentaires
Eric
Eric
5 heures

M. Domen poursuivra le travail commencé depuis quelques années. Avec le TO nous poursuivrons la réflexion.

Corrine
Corrine
5 heures

Lucay P. n'est-il pas sur la liste de Karine ? Il peut interpeller la cheffe de son groupe ?
Par contre je n'ai jamais entendu parler de ce collectif ? Tangue y sor du Trou ?