Tribune libre de Olivier Fontaine

Prix des carburants : la Chambre d’agriculture alerte sur l'asphyxie imminente des exploitations

  • Publié le 2 avril 2026 à 17:17
  • Actualisé le 2 avril 2026 à 17:30
champ de cannes

Depuis le 1er avril, une nouvelle hausse des prix des carburants frappe de plein fouet l'économie réunionnaise. Pour le monde agricole, cette augmentation, notamment celle du Gazole Non Routier (GNR), n'est pas une simple ligne comptable supplémentaire : c'est un coup brutal pour de nombreuses exploitations déjà fragilisées. (Photo Stephan Laï-Yu / www.imazpress.com)

• Gazole : 1,77 € / litre (+0,52 € par rapport à mars)
• Sans-plomb : 1,96 € / litre (+0,42 €)
• Gazole Non Routier (GNR) : 1,23 € / litre, soit une augmentation de 64 % en un mois (contre 0,75 € en mars)

Ces augmentations brutales interviennent dans un contexte déjà fortement dégradé. Le GNR, indispensable au fonctionnement quotidien des exploitations (travaux mécanisés, irrigation, transport interne), devient un poste de dépense critique, réduisant mécaniquement la rentabilité des productions. Cette hausse ne concerne pas uniquement le fioul non routier : elle affecte également les véhicules fonctionnant au gazole, indispensables aux livraisons, à l’acheminement des productions et aux déplacements quotidiens sur les exploitations.

Pour une exploitation agricole moyenne, cette évolution représente plusieurs milliers d’euros de charges supplémentaires non anticipées sur un exercice déjà contraint. Pour certaines filières fortement mécanisées (canne à sucre, maraîchage, élevage) l’impact est encore plus marqué, avec un risque immédiat de déséquilibre de trésorerie.

À cette pression énergétique s’ajoute une inflation persistante des intrants agricoles. Les coûts des engrais, de l’alimentation animale, des produits phytosanitaires et des pièces de rechange restent durablement élevés, en raison notamment de la hausse continue des tarifs du transport maritime. Dans un territoire insulaire comme La Réunion, où plus de 80 % des intrants sont importés, cette dépendance logistique amplifie considérablement l’effet des hausses de prix. Le cumul de ces facteurs crée un effet ciseaux particulièrement violent :
• D’un côté, des charges d’exploitation en forte augmentation ;
• De l’autre, des prix de vente souvent contraints, qui ne permettent pas de répercuter ces hausses. 

À court terme, cette situation fragilise la viabilité économique de nombreuses exploitations. À moyen terme, elle fait peser un risque réel de recul de la production locale, avec des conséquences directes sur l’emploi agricole et la souveraineté alimentaire de l’île.

À ce jour, aucune rencontre officielle n’a été organisée localement entre les autorités et les représentants du monde agricole pour adapter ces mesures d'urgence à notre territoire. L'éloignement géographique et notre dépendance aux importations font pourtant de La Réunion un des départements le plus exposé à ce choc pétrolier. Dans ce contexte, à la suite des annonces formulées au niveau national, la profession agricole réunionnaise reste dans l’attente de leurs déclinaisons concrètes à l’échelle locale.

Face à cette situation critique, la Chambre d’Agriculture de La Réunion entend pleinement assumer son rôle de représentation et de défense du monde agricole. Elle se mobilise pour porter, dans les plus brefs délais, la voix des agriculteurs auprès de l’ensemble des autorités et des instances concernées.

Des échanges seront engagés rapidement avec les services de l’État et les collectivités afin d’ouvrir un dialogue structuré et d’évaluer, en concertation, les réponses à apporter face à cette crise. La Chambre d’Agriculture veillera à ce que les spécificités du territoire réunionnais soient pleinement prises en compte dans les discussions à venir, dans l’objectif d’envisager des mesures adaptées à la réalité du terrain. 

Olivier Fontaine, président de la Chambre d’Agriculture de La Réunion

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