Tribune libre de Évelyne Corbière-Naminzo

Proposition de loi visant à lutter contre les effets discriminatoires de Parcoursup

  • Publié le 27 février 2026 à 05:57
  • Actualisé le 27 février 2026 à 06:00
Union des forces progressistes evelyne corbiere

L’instauration de la plateforme Parcoursup par la loi relative à l’orientation et à la réussite des étudiants de 2018 a entraîné de nombreuses discriminations dans l’accès à l’enseignement supérieur (Photo : sly/www.imazpress.com)

6% des bacheliers n’ont reçu aucune proposition d’admission à l’issue de la phase complémentaire (dernière phase) de Parcoursup, ce qui correspond à un peu plus de 20.000 jeunes sans place au sein d’une formation. Le mécanisme ParcourSup conduit d’autres élèves à accepter une formation qui n’était pas conforme à leurs choix. Cette situation amène de nombreux jeunes étudiants à abandonner leurs études : 57% des bacheliers sont en échec lors de leur première année d’études selon le Ministère de l’enseignement supérieur.

Pour rappel, à La Réunion, 41.000 jeunes de 15 à 29 ans ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation (NEET). Ces chiffres traduisent l’incapacité de l’enseignement supérieur à répondre à la demande sociale d’accès au savoir.

La sélection n’est plus l’exception : elle devient la règle, même dans les filières supposées non sélectives. Les lycéens et lycéennes sont traités dorénavant comme des candidats à l’enseignement supérieur. L’enseignement supérieur n’apparaît plus comme un service public garantissant l’émancipation et l’égalité des chances, mais comme un secteur économique soumis aux règles de l’offre et de la demande. Ces logiques de sélection et d’exclusion entrent en contradiction avec l’article 13 du Préambule de la Constitution de 1946, qui affirme que "la Nation garantit l’égal accès de l’enfant et de l’adulte à l’instruction, à la formation professionnelle et à la culture".

Ce mécanisme de sélection opéré par Parcoursup s’inscrit dans un contexte de réduction des places dans l’enseignement supérieur, alors que les bacheliers souhaitant poursuivre leurs études sont de plus en plus nombreux et que les demandes d’inscription ne cessent d’augmenter.

Le mécanisme de Parcoursup repose sur des algorithmes et des critères de sélection opaques, comme l’a dénoncé le Conseil Constitutionnel. Face à ce manque de transparence, je demande avec cette Proposition de Loi à ce que les critères et les modalités de sélection soient visibles par tous les candidats.

Par ailleurs, il est clairement établi que le mécanisme de la plateforme Parcoursup reproduit les inégalités sociales. En effet, le coût de l’inscription à certains vœux est dissuasif pour de nombreux élèves, dont les familles se trouvent dans l’impossibilité de payer ces frais injustes. Ainsi, Parcoursup ne sélectionne pas les meilleurs élèves, mais les plus favorisés. Avec cette Proposition, je souhaite donc inscrire dans la loi la gratuité de l’inscription aux voeux, pour mettre fin à une discrimination financière honteuse. Mon objectif est qu’aucun élève n’ait à renoncer à une formation qui l’intéresse à cause du coût de la candidature.

Enfin, les entretiens en présentiel, indispensables pour accéder à certaines formations, sont une source de discrimination majeure : de nombreux lycéens scolarisés en Outre-mer ou dans un établissement français à l’étranger sont dans l’impossibilité matérielle et financière de se rendre dans l’Hexagone pour les entretiens de sélection. Avec ce texte, je propose donc que Parcoursup centralise ces entretiens, et que ceux-ci puissent se dérouler en distanciel.

Je refuse que notre système d’accès à l’enseignement supérieur reproduise et accentue les inégalités de naissance. Avec ce texte, je souhaite garantir à chaque élève qui le désire une place dans l’enseignement supérieur public, dans une formation qui correspond à ses capacités et à ses aspirations. Mon but est de mettre fin au tri social opéré par la pénurie de places, l’opacité de la plateforme, la marchandisation de l’accès à l’enseignement supérieur et l’éviction des candidats hors Hexagone des épreuves de sélection.

L’enseignement supérieur doit être un bien commun, un véritable service public garanti à tous.

Évelyne Corbière-Naminzo
Sénatrice de La Réunion

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