Tribune libre de Karine Lebon

Questions au gouvernement : plus de moyens pour la justice et une loi-intégrale

  • Publié le 9 juin 2026 à 19:34
  • Actualisé le 9 juin 2026 à 19:40
karine lebon , députée

Monsieur le garde des Sceaux, "Moi aussi j’ai un cœur qui bat". C’est ce que vous avez déclaré ce matin devant nos collègues sénateurs. Mais le cœur de Lyhanna, lui, s’est arrêté. Vous avez présenté des excuses. Des excuses ne protègent pas les enfants. (Photo Stephan Laï-Yu / www.imazpress.com)

Hier, partout dans le pays, des femmes, des enfants, des familles, des associations se sont rassemblés devant les tribunaux pour dire leur colère.

Chaque année, ils sont 160 000 à être victimes de violences sexuelles dans notre pays. Des victimes qui ne sont pas écoutées face à une offre de soins insuffisante, des institutions saturées, des procédures classées. Combien de temps allons-nous encore mimer la stupeur devant ces crimes ?

Combien de temps allons-nous encore découvrir, après coup, que les alertes existaient, que les plaintes existaient, que les signaux existaient, que les institutions savaient ?

Il faut des moyens pour opérer un tournant. Mais des moyens vous prétendez ne pas en avoir. Lorsqu’on exige la loi intégrale, déjà déposée et signée par plus de 100 députés, vous nous répondez que vous êtes « pour » mais vous nous renvoyez vers le Premier ministre car selon vous, elle serait trop coûteuse. Mais c’est une question de choix politique. Et votre inaction coûte plus cher encore.

Lyhanna a été tuée alors que l’homme mis en cause avait déjà fait l’objet de plusieurs plaintes pour violences sexuelles sur mineurs. Ce drame révèle une chaîne de défaillances. Pourtant, contrairement à de nombreux dossiers, il y avait des preuves : rapport médical et judiciaire, expertise, témoignages. Les magistrats ne sont pas les seuls responsables. C’est tout un système qui a failli, système dont vous êtes le principal moteur.

Le problème n’est plus l’absence de diagnostic. Le problème, c’est l’écart insupportable entre ce que l’État sait et ce que l’État fait.

Allez-vous enfin vous placer du côté des victimes et appuyer l’inscription de la proposition de la loi intégrale à l’ordre du jour ?

Soit vous le faites. Soit vous partez.

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