La polémique est née en France quand un psychologue, Jean Déridot, a été interrogé sur CNews. Le présentateur, parlant du maire de Saint-Denis (93) dit : "… Finalement il [Bally Bagayoko] essaie de pousser au bout les limites… “Jusqu'où je peux aller ?”…Est-ce qu'il n'y a pas un peu de ça ?". (Photo : Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)
La question est confuse, elle s'adresse à quelqu'un qualifié du titre de "docteur" et, malgré l’imprécision, on peut comprendre que ce qui est attendu est un développement sur "les limites": qu'est-ce qu'un maire peut et ne peut pas faire, etc ? Et le "docteur" commence son intervention par une incise complètement décalée, hors-sujet sur "la famille des grands-singes" :
J.D – "Sûrement qu’il y a un peu de ça ; maintenant, c’est important de rappeler que l’Homo sapiens… Nous sommes des mammifères sociaux et de la famille des grands singes. Et par conséquent, dans toute collectivité, dans toute tribu – nos ancêtres chasseurs cueilleurs vivaient en tribus – il y a un chef, qui a pour mission d’installer son autorité."
Le propos n'est "scientifique" qu'en apparence. D’une part, il ne tient pas compte du fait que Homo sapiens a introduit dans la famille des grands-singes un effet civilisationnel radical , magistralement décrit par Ch. Darwin et que le philosophe P. Tort a appelé "l'effet réversif de l'évolution". A lire absolument, pour éviter de dire des bêtises sur le sujet.
Ensuite il faut rappeler qu'à l'époque de Ch. Darwin précisément, une partie des scientifiques se sont livrés à des expériences racistes et qu'il serait grave d'oublier que ce racisme est toujours là, toujours actif : il y a encore aujourd'hui des manipulations de la science et des technologies à des fins eugénistes et racistes. Ceci, pour rappeler qu'il ne suffit pas de s'affubler d'un masque scientifique pour échapper à toute critique.
C'est l'incongruité de cette incise par rapport au sujet qui est le fondement de son racisme. Le journaliste Jean-Michel Apathie a décrypté publiquement (sur TF1) les propos tenus sur CNews – et je n'ai pas cité ici Michel ONFRAY qui, le lendemain, a remis une épaisse couche de racisme et de bêtise sur cette même antenne.
J-Michel Apathie a fait observer avec justesse que « c'est parce que le maire de Saint-Denis est noir » qu'il est gratifié de ce discours aussi alambiqué qu'incongru. "On n'a jamais entendu d'analyse politique disant de tels ou tels leaders qu'ils sont des "grands-singes”. On n'a jamais dit de François Mitterrand ou de Jacques Chirac qu'ils étaient des grands singes ». Le racisme, il est précisément dans le fait d'invoquer ce thème au sujet de l'élection du maire de Saint-Denis ET DE LUI SEUL. Ne pas le voir, ne pas l'admettre, « c'est ajouter au racisme, la mauvaise foi" comme le dit aussi Jean-Michel Apathie.
Alors que vient faire Mémona Hintermann-Afféjee dans cette galère ? Sauf erreur, elle est une journaliste du service public : en quoi était-elle tenue de voler au secours d'un média privé connu pour ses dérapages en tous genres ?
L'explication est venue d'une de ses interventions, diffusée ce jeudi midi par la 1ère avant de donner la parole à l'intéressée : les propos qu'elle a tenus sur les transformations sociologiques de la France, ou du moins de certaines de ses villes et de ses quartiers – transformations clairement perçues et décrites comme une "défiguration" – rejoignent sans ambiguïté un des thèmes de prédilection de l'extrême-droite, que cette dernière attribue sans nuance au phénomène d'immigration. C'est du moins comme cela qu'on pouvait recevoir la citation faite par la 1ère : comme un élément de contextualisation… contre lequel la journaliste mainstream s'est vivement élevée par la suite… Evidemment… quand les masques tombent…
Soit elle est très bêtasse et très ignorante – au point de ne pas déceler le caractère pseudo-scientifique des propos tenus par le psychologue – soit elle ajoute elle aussi, au racisme, la mauvaise foi. …Ou le déni… mais là, c'est l'inconscient qui parle.
Faut-il s'étonner alors de la tournure prise par la polémique réunionnaise ? Porter plainte contre une institution réunionnaise parce que le lycée auquel on a donné son nom serait débaptisé ? Ce serait très maladroit, inapproprié : cela viendrait souligner qu'il n'est pas d'usage de donner le nom de quelqu'un à un établissement public, du vivant de cette personne. Voilà encore une incongruité flagrante.
Qu'a-t-elle fait d'exceptionnel pour mériter cela ?
En revanche, tout le monde sait maintenant ce qu'elle a fait pour ne pas le mériter.
Pascale D.
ancienne journaliste à Témoignages
