Tribune libre de Philippe Naillet

Refus d’Édouard Philippe de reconnaître la colonisation comme un crime : un candidat à l’élection présidentielle ne devrait pas dire ça

  • Publié le 26 août 2026 à 17:50
  • Actualisé le 26 août 2026 à 17:56
philippe naillet député

La visite d’Édouard Philippe à Mayotte avait déjà montré un candidat marchant sur les plates bandes du Rassemblement National. Son point de vue sur la colonisation exprimé hier soir au JT d’Antenne Réunion selon lequel s’il y a bien eu des crimes pendant la colonisation, qualifier la colonisation elle-même de crime serait "inexact" s’inscrit dans la même veine. (Photo : Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)

Il faut rappeler avec sérénité mais fermeté ce que fut la période coloniale : une entreprise de domination, de dépossession et d’exploitation systématique, dont les conséquences se font encore sentir aujourd’hui dans notre société.

À La Réunion, la colonisation ne se résume pas à des épisodes isolés ou à des excès malheureux. Elle a structuré durablement le destin de notre île. Pendant des siècles, l’esclavage en a été le fondement, réduisant des générations d’êtres humains à la condition de biens meubles, avant que l’engagisme ne perpétue, sous d’autres formes, des rapports de domination économique et sociale.

- L’opinion d’Edouard Philippe est indigne d’un candidat qui se rêve chef de l’État- 

En effet, ne pas reconnaitre la colonisation comme crime, c’est oublier les meurtres, les tortures, les déportations dont ont souffert les populations au sein des colonies.

Ces réalités historiques trouvent un écho tout particulier La Réunion avec une mémoire qui vit dans nos familles, nos quartiers, nos paysages, et qui exige d’être reconnue dans toute sa complexité.

Affirmer que la colonisation n’était pas un crime, c’est minimiser la violence intrinsèque d’un système qui a organisé l’asservissement des corps et la négation des libertés élémentaires. Dire le crime ce n’est pas juger des individus du passé, mais bien reconnaître la nature d’un ordre politique, économique et social qui a nié à des millions de personnes leur humanité.

La République ne se construit pas en éludant les pages les plus douloureuses de son histoire. L’opinion d’Edouard Philippe est indigne d’un candidat qui se rêve chef de l’État.

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