Tribune libre de Jean-Claude Comorassamy

Rétrospective (1991-2026) du Musée Stella qui porte fièrement ses 35 ans !

  • Publié le 30 janvier 2026 à 10:31
  • Actualisé le 30 janvier 2026 à 12:02
musee stella matutina

Le Musée de Stella Matutina qui raconte les héritages de l'engagisme, franchit cette année une étape importante pour sa 35ème année de renaissance, dont quelques dates et empreintes ont marqué son histoire (Photo : rb/www.imazpress.com)

D'une usine sucrière fermée en 1978, laissée en abandon et en ruine pendant environ 7 années. Elle renaît de ses cendres en 1985 suite l'achat du lieu par La Région Réunion pour l'étude d'un projet de Musée.

Après les formalités d'usage commencèrent les premiers travaux de réhabilitation pour une durée de cinq ans. Les travaux achevés son ouverture se fera en grande pompe devant un parterre de personnalités et d'élus, oubliant au passage d'associer l'essentiel, les anciens travailleurs de cette usine et du monde agricole. Ce qui a fait malgré tout un grand jour lors de l'inauguration le 26 juillet 1991. L'événement célébré sous le règne de Pierre Lagourgue Président du Conseil Régional, a fait d'une vieille usine délabrée en Musée. Fruit d'une aventure qui a commencé, mais qui puise ses racines dans l'histoire coloniale.

La deuxième date à retenir c'est 2006. 15 ans après son ouverture, une grande festivité sera organisée par un autre président du Conseil Régional de l'époque Paul Vergès et le directeur général SEML du Muséo Alain Armand. Pour manquer l'événement une manifestation d'une ampleur inédite sera organisée pour rendre hommage pour la première fois les "Travayers Tabisman et Bitasyon", dont nous croiserons les regards au fil des pages de l'ouvrage "Portré tabisman"..

- Vision du sucrier rarement de l'ouvrier -

D'ailleurs, ce livre "Portré tabisman" sera remis gratuitement par le Président Paul Vergès à "cette mémoire ouvrière" de Stella.

Précisant dans son discours que "ces visages de l'usine de ce grand photographe Yann Arthus-Bertrand nous racontent bien la nostalgie d'un autre temps , la perte de leur emploi des ouvriers et employés en 1978 et le passage de l'usine en musée, nous demandent aussi de na pas oublier la sueur, les larmes et les joies de tous ces travailleurs (°) nous invitent à poursuivre ce pour quoi ils ont tant donné et de transmettre pour que rien ne soit effacé, il faut écrire cette mémoire(°) sé zot la mémwar de sèt lizine ék son zistoir...(source préface "portré tabisman).

Alain Armand lui soulignait que le Muséum Stella, en plus d’être centré sur la canne, est "aussi quelque part un musée de la mémoire ouvrière. Cet aspect est important. On a souvent une vision du maître mais rarement de l’esclave, une vision du sucrier mais rarement de l’ouvrier. L’objectif encore à préciser n’est pas de les opposer mais de permettre une vision croisée où chacun à sa place dans la lecture de l’Histoire".

Pendant ces 20 ans (2011), les publics, réunionnais et touristes, ont pu découvrir les techniques industrielles de la fabrication du sucre, ainsi que des informations sur l’histoire de La Réunion, de sa population, des expositions, des photographies de visages d'usine....

Mais 20 ans après, le Museìe a beaucoup vieilli, et la décision fut prise par Didier Robert Président de Région à cette époque, décide de le réhabiliter en totalité. Une réhabilitation fondée sur un nouveau projet scientifique et culturel. Cependant compte tenu d'importants travaux de rénovation, prévus le Musée sera fermé au public durant une période de 4 ans.

Après quatre années de travaux et 47 millions d'euros d'investissement, le nouveau Musée Stella Matutina de Saint-Leu réouvrit ses portes dès juin 2015.

- Musée de France -

L'inauguration officielle de ce nouveau Musée Stella Matutina a fait l'objet là aussi d'une soirée spéciale, en présence de Didier Robert, président de la Région Réunion, de Jean-François Sita, président de la SPL Réunion des Musées Régionaux, et de nombreux invités dont les anciens ouvriers, qui ont pu découvrir ce "Musée nouveau" avec une toute nouvelle muséographie avec une nouvelle labélisation sous l’appellation désormais « Musée de France ». Suivi d'un cocktail dînatoire qui a réuni tous les invités au son de la musique péi.

L'année dernière (novembre 2025) en apothéose, une exposition à caractère exceptionnel a été organisée par le Musée intitulée "les engagés du sucre et l'engagisme à La Réunion", et qui a reçu le label "exposition d'intérêt national", cette fois-ci sous la présidence d'Huguette Bello qui dira que c'est "une histoire encore trop méconnue (°) l'exposition nous plonge dans l'histoire de l'engagisme qui a façonné l'identité culturelle de La Réunion" dira-t-elle en substance (presse). Ce travail à la fois historique et sociologique a été réalisé grâce au concours des deux commissaires de l'exposition Michèle Marimoutou et Bernard Leveneur, résultat de longs mois de travail, de recherche, et d'une qualité scientifique sans précédente.

Une exposition qui fera même l'admiration de la Ministre des Outre-mer Naïma Moutchou, qui a pu bénéficier d'une visite guidée le 29 novembre 2025, d'un échange avec des anciens ouvriers sous les regards très attentifs et intéressés de la directrice générale des Musées Régionaux Emmanuelle Thuong-Hime, de la vice-présidente de La Région Karine Nabénésa et des deux adjoints de la mairie Pierre Guinet et Jimmy Aubin.

Encore aujourd'hui en visitant l'exposition, on peut découvrir plusieurs données historiques sur le peuplement, l'esclavage et l'engagisme, récits de vie, collections historiques, ethnographiques et techniques, objets insolites, vestiges industriels, témoignages et portraits des anciens travailleurs, documents d'archive donnant vie et relief à cette scénographie de la mémoire....etc, etc.

- Jamé la lamp là i doi mank doluil -

Finalement, en cette année 2026 mémorable, souhaitons simplement que "Léritaz nout zansèt Stella" continue à être partagé, transmis, investi et honoré...Alors prenons soin de ce patrimoine qui reste le "gardiyen nout mémwar".

Comme avait lancé comme message d'Alain Armand l'ancien président SEM Musées sous l'ère de Paul Vergés prononcé en 2006 il y a 20 ans déjà, et qui continue à éclairer en toute circonstance : "Jamé la lamp là i doi mank doluil !

"Mersi bonpé a Alain Armand "se gran zarboutan de nout kiltir" que nous avons tendance à oublier aujourd'hui. Dommage pour ce grand personnage, ce grand défenseur qu'il a toujours été et qui reste encore !

Jean-Claude Comorassamy

guest
8 Commentaires
SARDA
SARDA
1 heure

Quand je vois le medef vouloir créer un nouveau CPE bis comme en 2006 mais d'une durée de 3 ans où nos jeunes pourraient être virés à tout moment sans justification, on croit venir du temps d'avant 1945, où on faisait travailler nos parents du matin au soir 7 jours sur 7 sans déclaration à la sécu avec un salaire de misère. Exploitation pour s'enrichir nous y revoilà. Est-ce que les écrits actuels sur les sucreries dont Stella parlent de ce temps là ? Le temps de la colonie nous y revoilà ! Qui pourrait mettre en lumière cette période ? Je ne pense pas que le directeur du musée a déjà fait illusion sur ce passé douloureux, le sabouk... dans son livre ou d'autres ! Cachez moi ce passé, les enfants d'aujourd'hui ne doivent rien savoir...Le temps efface tout !

Martine
Martine
6 heures

Bel hommage à nos gramounes, à nos ancêtres....et beau rappel historique. Non considérés au musée, pendant des espaces sont nommés aux usiniers aucun nom ou plaque pour les descendants esclaves. La région se place à côté des gros pas des petits. Vergès doit pleurer dans sa tombe....

Futol J. B
Futol J. B
20 heures

Avec le nouveau directeur qui arrive peut-être "nos zarboutans " seront mieux pris en considération ! Pourquoi pas une rencontre entre vous et le nouveau directeur pour parler projets avec votre livre (d'après vos écrits) que nous attendions avec impatience.....?

Paul
Paul
22 heures

26 juillet 2026, quel programme prévu par la région Réunion ? Rien n'est programmé pour 2026, Mme Bello a oublié cette date, elle ne rentre pas dans l'histoire du musée comme pour Camille et Margie Sudre.

Sony
Sony
1 jour

Un pieds au Q à celles et ceux qui voulaient nous faire croire que le musée date de 10 ans. A chaque fois des soi-disant historiens veulent changer le cours de l'histoire, rétablir la vérité est un devoir. Merci M. Comorassamy d'avoir rappelé que la date de la l'inauguration du musée date de 1991.

Sabouk
Sabouk
1 jour

Kosa bana la dit i fèt 10 zan mizé lané passé ? Poukoué la di sa ?

GEHAUER
GEHAUER
1 jour

Bonjour, petite remarque. 
Étudiants dans un groupe d'échange lycée d'Allemagne-Trois-Bassins, nous avons visité un musée grandiose et enrichant par son histoire à Stella.
Mais dommage à la boutique du musée en sortant aucun livre n'est vendu et présent.  Comment expliquer qu'une boutique dans l'enceinte d'un musée ne vend aucun produit lié à cette histoire ? 

Des étudiants lycée d'Allemagne (Gehauer).

Martine
Martine
2 jours

"Kom dan' moulins i fo mèt do luil po ké sa marsch". M. Armand a tout à fait raison de cette philosophie et Jean Claude à aussi raison de mettre de l'huile à chaque fois nécessaire ! Mi espèr ké mon papa Nora in livre osi tanto !