Le déplacement d’Édouard Philippe à La Réunion aurait pu être l’occasion de mesurer ses mots face à un territoire dont l’histoire est profondément marquée par la colonisation. Il aura choisi, au contraire, de les répéter (Photo : Emmanuel Grondin/www.imazpress.com)
Interrogé ce mardi sur ses déclarations de décembre dernier, lorsqu’il affirmait que la colonisation n’était pas un crime, l’ancien Premier ministre persiste : selon lui, s’il y a bien eu des crimes pendant la colonisation,
qualifier la colonisation elle-même de crime serait « inexact ».
Pour le PLR, ces propos sont inacceptables.
La colonisation n’est pas une simple période de l’Histoire au cours de laquelle quelques crimes auraient malheureusement été commis. Elle est un système fondé sur la conquête, la dépossession, la domination politique et militaire, l’exploitation économique et l’établissement d’une hiérarchie entre les peuples.
Et l’histoire de la colonisation française ne manque malheureusement pas d’exemples pour nous rappeler ce que ce système a produit.
En Algérie, de la conquête coloniale et ses massacres jusqu’à la répression de Sétif, Guelma et Kherrata en 1945, puis aux violences de la guerre d’indépendance, la domination française s’est accompagnée de massacres, de déplacements de populations, de tortures et de répressions sanglantes.
À Madagascar, l’insurrection de 1947 fut écrasée dans le sang par les autorités coloniales françaises.
Aux Antilles, l’économie coloniale s’est construite pendant des siècles sur l’esclavage et le système des plantations, avec leurs cortèges de violences, de déportations et de déshumanisation. Et lorsque des Guadeloupéens réclamaient de meilleures conditions de travail et de salaire en mai 1967, la répression menée par les forces de l’ordre françaises fit plusieurs morts, dont le nombre exact demeure encore aujourd’hui débattu.
Et à La Réunion, cette histoire n’est ni abstraite, ni lointaine. Elle est la nôtre.
Notre île a été peuplée dans le cadre d’une entreprise coloniale. Pendant près de deux siècles, l’esclavage y a constitué le socle d’une organisation économique et sociale qui a réduit des dizaines de milliers de femmes, d’hommes et d’enfants à l’état de biens. Après l’abolition, l’engagisme a prolongé des rapports d’exploitation et de domination profondément inégalitaires.
Et cette histoire ne s’arrête pas au XIXe siècle.
Il y a quelques décennies à peine, à La Réunion, des femmes pauvres ont subi des avortements et des stérilisations pratiqués sans leur consentement éclairé. Au début des années 1970, cette affaire éclate publiquement et révèle des pratiques médicales commises sur des femmes réunionnaises dans un contexte où les politiques publiques encourageaient fortement la limitation des naissances dans les outre-mer.
Dans le même temps, plus de 2 000 enfants réunionnais ont été arrachés à leur île et transférés vers des départements de l’Hexagone entre les années 1960 et 1980, dans le cadre de la politique aujourd’hui connue sous le nom des "Enfants de la Creuse". Des enfants parfois issus de familles pauvres, déplacés à des milliers de kilomètres de chez eux au nom d’une politique décidée depuis Paris.
Ces faits ne sont pas des accidents sans rapport les uns avec les autres. Ils racontent la persistance, bien après la départementalisation, d’un rapport profondément inégal entre l’État et des populations ultramarines dont on a trop souvent considéré que l’on pouvait décider du destin, du corps, de la famille ou du lieu de vie à leur place.
C’est pourquoi venir aujourd’hui à La Réunion expliquer aux Réunionnaises et aux Réunionnais que qualifier la colonisation de crime serait "inexact" relève au mieux d’un profond aveuglement historique, au pire d’un mépris pour la mémoire des peuples qui l’ont subie.
Plus choquante encore est la comparaison tentée par Édouard Philippe avec la guerre. La colonisation n’est pas un événement qui serait survenu entre deux États placés sur un pied d’égalité. Elle est précisément l’organisation politique, économique et militaire de la domination d’un peuple sur un autre.
Et non, reconnaître la nature criminelle d’un système colonial ne consiste pas à décréter que chaque individu ayant vécu aux XVIIIe ou XIXe siècles serait personnellement un criminel. Cet argument est un écran de fumée. Il s’agit de porter un jugement politique et historique sur un système fondé sur la privation de liberté et de souveraineté et sur les violences qu’il a rendues possibles, organisées et légitimées.
Il est particulièrement préoccupant qu’un candidat à la présidence de la République puisse encore, en 2026, considérer qu’admettre cette réalité reviendrait à "passer à côté d’un certain nombre de choses".
Ce dont nous refusons, nous, de passer à côté, ce sont les peuples privés de leur souveraineté, les cultures méprisées, les terres accaparées, les femmes et les hommes exploités, déplacés, torturés ou massacrés. Ce sont aussi ces femmes réunionnaises dont on a disposé du corps et ces enfants réunionnais que l’on a déracinés de leur terre.
La République ne se grandit jamais en relativisant les pages les plus sombres de son histoire. Elle se grandit lorsqu’elle est capable de les regarder en face, de les nommer et d’en tirer toutes les conséquences.
À La Réunion plus qu’ailleurs, notre histoire nous oblige.
Le PLR condamne fermement les propos d’Édouard Philippe. La reconnaissance des crimes commis au nom de la colonisation et de la violence intrinsèque au système colonial n’est ni de la repentance ni une réécriture de l’Histoire.
C’est une exigence de vérité. Une exigence de mémoire. Et, pour tous les peuples qui portent encore les traces de cette histoire, une exigence de justice.
POUR LA RÉUNION

Si vous avez l'occasion, jetez un coup d'œil sur les écrits de Sudel Fuma, là vous comprendrez mieux l'histoire de la colonisation de " l'île Bourbon". Dernièrement, j'ai lu le livre " Léritaz nout zansèt ", où les écrits nous expliquent cette soumission qui a perduré même après l'abolition de l'esclavage. Les restes de l'esclavage sont observés bien après jusqu'à la fermeture des usines et dans les plantations...chacun fera son analyse. Alors le bien être dans la colonisation ?