Tribune libre de l'UFR

Soutien à Marie Lanfroy – contre les attaques sexistes, identitaires et les dérives du cyberespace

  • Publié le 14 mai 2026 à 11:29
  • Actualisé le 14 mai 2026 à 11:31
Saodaj

L’Union des Femmes Réunionnaises apporte son soutien total et déterminé à Marie Lanfroy, artiste réunionnaise née à La Réunion, aujourd’hui la cible d’attaques sur les réseaux sociaux mêlant cyberharcèlement, mises en cause identitaires et accusations d’appropriation culturelle.

Ces attaques visent à délégitimer une femme artiste dans son propre espace culturel, en remettant en cause sa légitimité à créer, à interpréter et à participer à la vie artistique réunionnaise. Elles révèlent un climat préoccupant où les femmes artistes sont particulièrement exposées aux violences numériques, aux procès en illégitimité et aux attaques personnelles.

Nous dénonçons fermement :

- le cyberharcèlement et les attaques personnelles dont elle est victime,
- les propos sexistes, misogynes et dénigrants qui accompagnent ces campagnes,
- les tentatives de disqualification de son travail artistique,
- et l’usage rigide et instrumentalisé de la notion d’appropriation culturelle pour exclure et diviser.

À La Réunion, la notion d’"appropriation culturelle", lorsqu’elle est utilisée de manière rigide ou accusatrice, entre en contradiction avec l’histoire même de la société réunionnaise.

Notre île ne s’est pas construite sur la séparation des cultures, mais sur un processus historique de créolisation : rencontres, métissages, résistances, échanges et transformations entre des populations venues d’Afrique, de Madagascar, d’Inde, de Chine et d’Europe.

La culture réunionnaise n’est pas une addition de blocs culturels fermés. Elle est un espace vivant de circulation, de réinvention et d’hybridation permanente.

Le maloya, la langue créole, les musiques, les croyances, les pratiques sociales et les imaginaires de l’île portent cette histoire du partage et de la transformation mutuelle.

Cela ne signifie pas nier les violences coloniales, les rapports de domination ou les discriminations qui structurent encore nos sociétés.

Mais cela impose de distinguer clairement :

- le racisme et l’exploitation culturelle,
- des dynamiques de transmission, d’échange et de création partagée.

L’histoire mondiale de la musique montre que les cultures artistiques se construisent toujours par circulation et hybridation.

Des artistes comme Adele, Amy Winehouse ou Duffy, bien que issues de contextes européens, se sont inscrites dans des traditions profondément liées à la soul, au jazz et au rhythm & blues afro-diasporiques.

À l’inverse, des artistes comme Marian Anderson, Jessye Norman ou Leontyne Price ont investi et transformé la musique classique occidentale, devenant des figures majeures d’un répertoire historiquement européen.

Ces trajectoires démontrent une réalité fondamentale : aucune tradition musicale n’est fermée, pure ou exclusive.

À La Réunion, cette réalité prend une dimension encore plus profonde.

La créolisation est le cœur même de notre construction sociale et culturelle. Elle ne désigne pas un effacement des cultures, mais leur mise en relation constante, leur transformation mutuelle et leur enrichissement partagé.

Elle s’oppose à toute logique de fermeture identitaire ou de segmentation rigide des appartenances culturelles.

Dans ce contexte, l’application mécanique de catégories identitaires figées à la création artistique constitue un contresens historique et social.

L’Union des Femmes Réunionnaises affirme que :

- les artistes doivent pouvoir créer sans être assignés à une identité exclusive ;
- la critique culturelle ne doit jamais basculer dans le harcèlement ou la stigmatisation ;
- les logiques de “pureté culturelle” sont incompatibles avec l’histoire réelle de La Réunion ;
- la créolisation est un principe vivant, fondé sur le mouvement, l’échange et la relation.

Nous réaffirmons notre solidarité totale avec Marie Lanfroy.

Défendre la créolisation, c’est défendre une société réunionnaise ouverte, plurielle et consciente de son histoire.

C’est refuser les logiques d’exclusion, de division et de mise en accusation identitaire qui fragilisent notre tissu social et culturel.

C’est affirmer que La Réunion s’est construite — et continue de se construire — dans le dialogue des cultures, et non dans leur mise en concurrence.

La Présidente : Pauline Lauret
Les Présidentes d’honneur Huguette Bello, Graziella Leveneur, Suzelle Boucher
Les Secrétaires générales : Aurélie Béton, Karine Lebon
Les Secrétaires générales adjointes: Indira Maratchia, Mélanie Contini

L’Union des Femmes Réunionnaises.

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