Lettre ouverte

Tereos Océan Indien : La Réunion doit se doter d’un fonds régional de souveraineté économique

  • Publié le 12 mai 2026 à 11:23
  • Actualisé le 12 mai 2026 à 11:29
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À l’attention des forces économiques, agricoles, industrielles, financières et institutionnelles de La Réunion. L’ouverture annoncée du capital de Tereos Océan Indien doit être regardée pour ce qu’elle est : un signal d’alerte majeur pour La Réunion (Photo : Stephan Laï-Yu/www.imazpress.com)

Il ne s’agit pas seulement d’une opération capitalistique concernant une entreprise. Il s’agit d’un sujet de souveraineté économique, industrielle, agricole et sociale.

Tereos Océan Indien n’est pas un actif ordinaire. Derrière ce dossier, il y a une filière historique, des planteurs, des emplois, des savoir-faire, des outils industriels, des équilibres territoriaux, une part de notre identité économique et une chaîne de valeur essentielle à La Réunion.

Ce dossier pose donc une question simple : La Réunion veut-elle rester spectatrice de la recomposition de ses actifs stratégiques, ou veut-elle enfin se doter des instruments financiers lui permettant d’agir ?

Depuis trop longtemps, notre territoire constate, souvent trop tard, que des décisions majeures concernant ses entreprises, ses filières et ses emplois se prennent ailleurs. Ce constat n’est pas nouveau. Il s’est déjà posé pour plusieurs secteurs essentiels : agro-industrie, boissons, distribution, énergie, foncier économique, logistique, économie bleue, industrie de transformation.

À chaque fois, le même débat revient : qui maîtrise réellement les outils économiques structurants de La Réunion ? Qui décide ? Qui finance ? Qui protège l’emploi local ? Qui garantit que la valeur créée ici demeure, au moins en partie, ancrée ici ?

Il ne s’agit pas de refuser les investisseurs extérieurs. La Réunion a besoin de capitaux, d’alliances industrielles, de partenaires nationaux et internationaux. Mais l’ouverture du capital de nos entreprises stratégiques ne peut pas se faire sans une capacité réunionnaise organisée, crédible et puissante face à la table des négociations.

Un investisseur extérieur peut être un partenaire. Il ne doit pas être le seul maître du jeu.

Aujourd’hui, il manque à La Réunion un outil structuré capable de fédérer rapidement des capitaux locaux, nationaux et internationaux autour d’une vision claire : défendre, consolider et développer nos actifs économiques stratégiques.

C’est précisément la vocation d’Impact Capital.

Impact Capital a été pensé comme un véhicule régional d’investissement capable de réunir plusieurs investisseurs au sein d’une même stratégie, de mutualiser les risques, de diversifier les tickets, de structurer une intervention collective et de parler d’une seule voix au capital des entreprises.

L’intérêt d’un tel outil est évident : plutôt que de laisser chaque acteur économique agir isolément, avec des moyens dispersés, un fonds régional permettrait de concentrer les forces, de sécuriser les opérations, d’apporter une ingénierie financière professionnelle et d’incarner un actionnaire territorial crédible.

Dans un dossier comme celui de Tereos Océan Indien, la question n’est pas seulement de savoir qui pourrait entrer au capital. La vraie question est de savoir si La Réunion dispose, oui ou non, d’une capacité organisée pour peser.

Nous devons sortir d’une logique de réaction émotionnelle pour entrer dans une logique de puissance économique structurée.

C’est pourquoi j’appelle solennellement les représentants du monde économique réunionnais — ADIR, CPME, MEDEF, CCI, organisations agricoles, acteurs bancaires, investisseurs privés, institutions publiques et représentants des filières concernées — à provoquer sans délai une réunion d’urgence sur la souveraineté économique et industrielle de La Réunion.

Cette réunion devrait avoir cinq objectifs immédiats :
1. établir une analyse commune du dossier Tereos Océan Indien ;
2. identifier les actifs industriels et économiques devant relever d’une vigilance stratégique territoriale ;
3. déterminer les conditions d’une intervention réunionnaise coordonnée au capital d’entreprises sensibles ;
4. poser les bases d’un fonds régional de souveraineté économique, industrielle et territoriale ;
5. organiser une doctrine collective permettant à La Réunion de ne plus subir les recompositions capitalistiques majeures.

La souveraineté économique ne se proclame pas. Elle se finance. Elle se structure. Elle se gouverne.

La Réunion dispose d’entrepreneurs, de capitaux privés, de banques, de compétences, d’institutions, de réseaux, de chefs d’entreprise engagés et d’une position géostratégique exceptionnelle dans l’océan Indien. Ce qu’il manque aujourd’hui, c’est un instrument commun capable de transformer cette énergie dispersée en puissance d’investissement.

Tereos Océan Indien doit être un électrochoc.

Nous pouvons choisir d’attendre, commenter, regretter et nous indigner une fois les décisions prises. Ou nous pouvons décider, collectivement, de bâtir enfin l’outil financier régional qui permettra à La Réunion d’être présente lorsque son avenir économique se joue.

Ce débat dépasse les clivages. Il dépasse les intérêts particuliers. Il concerne l’emploi, la production locale, la souveraineté industrielle, l’autonomie économique et la dignité d’un territoire qui ne peut plus être seulement un marché, mais doit redevenir un acteur.

Impact Capital est prêt à prendre sa part dans cette construction.

Il appartient désormais aux forces économiques réunionnaises de se réunir, de se parler, de s’organiser et d’agir.

Parce qu’un territoire qui ne maîtrise pas ses outils économiques stratégiques finit toujours par dépendre des décisions des autres.

Et parce que La Réunion mérite mieux que d’être spectatrice de son propre avenir.

Michael Richard
Président Fondateur — Impact Capital

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