Le 20 mai, les Maires étaient rassemblés devant la Préfecture pour protester contre la diminution des contrats PEC. Un courrier a été déposé en direction du Président de la République et du Premier Ministre. Jadis, un ministre serait venu calmer le jeu ou faire illusion. Même pas un parlementaire disposant d’une parole gouvernementale autorisée. La crise des PEC révèle une réalité politique : la fin d’un vestige de la société esclavagiste. Le vote des orientations de la nouvelle mandature prendra-t-il en compte ce changement fondamental ? (Photo Richard Bouhet/www.imazpress.com)
Nous évoluons sous le régime de la décentralisation. Les compétences des institutions décentralisées ont été définies par la loi. Il n’y a plus de tutelle. Le Préfet n’a plus le contrôle à priori des délibérations des collectivités. Le tribunal administratif est appelé à statuer sur les recours éventuels. Chaque année, le Préfet fait un compte rendu des activités de ses services devant le Conseil Régional et le Conseil Départemental, réunis en session Plénière.
Pour assurer le bon fonctionnement des administrations décentralisées, des emplois titulaires sont créés par délibération et budgétisés. A La Réunion, à peine 20% du personnel est titulaire de son poste de manière réglementaire. Les autres sont des emplois permanents non statutaires ou des précaires aux contrats variés. Les Maires expliquent l’ampleur de cette profonde irrégularité par la nécessité de faire du social.
Or, le traitement social du chômage relève de la politique gouvernementale qui repose sur des mesures précaires car le gouvernement juge que la crise économique est conjoncturelle. Un deal a été trouvé avec les collectivités qui acceptent d’encadrer ces contractuels moyennant une contribution de l’Etat à hauteur de 90%. La plupart des Maires ont vu un effet d’aubaine, allant jusqu’à remplacer du personnel permanent par des précaires.
Au fil des ans, le gouvernement a réduit sa quote-part, diminué le nombre de contrats ainsi que la durée d’emploi. Aux dernières nouvelles, le gouvernement contribue seulement pour 40%, pour un contrat de 6 mois. A ce tarif, les Collectivités sont piégées. La Chambre Régionale des Comptes qui évalue la pertinence de la dépense publique ne tardera pas à réagir.
La crise des PEC est salutaire car elle révèle l’incapacité des Collectivités à traiter un problème essentiel : le personnel employé pour les besoins de leur compétence. L’Etat n’a rien cédé. Par son ampleur et sa vigueur, cette confrontation constitue une contradiction historique de notre société. Clairement, un vestige de la société esclavagiste est en train de tomber. En sortir, puisqu’il faudra bien en sortir, (pensons au 80% du personnel non titulaire qui ont une retraite de misère) exige une solution collective, fondée sur une mise à plat totale des perceptions et des perspectives. Les 24 maires et les 2 présidents d’assemblée devraient prendre la mesure des changements rapides qui nous affectent pour élaborer les orientations de la nouvelle mandature. Citons l’Intelligence Artificielle, la robotisation, la digitalisation, l’économie d’altitude, les déplacements autonomes, l’autonomie alimentaire et l’énergie solaire etc. Les problèmes concrets d’emplois, de prix, de logements, de fiscalité seront traités dans cette approche globale.
Ary Yee Chong Tchi Kan
