Tribune libre de Place Publique

Venezuela : un signal fort pour La Réunion

  • Publié le 8 janvier 2026 à 17:48
Le président du Venezuela Nicolas Maduro (centre) et son épouse Lady Cilia Flores (gauche) au Parlement à Caracas le 14 janvier 2020, ont été capturés et ex-filtrés de leur pays, selon Donald Trump

Quand la loi du plus fort supplante le droit international Le 3 janvier 2026 restera comme une date sombre des relations internationales. Ce jour-là, les États-Unis ont franchi une ligne rouge en menant une opération militaire sur le sol vénézuélien, bombardant Caracas et capturant le président Nicolas Maduro et son épouse pour les transférer à New York. Au-delà des critiques légitimes du régime Maduro, c’est le principe fondamental de la souveraineté des États qui a été brutalement piétiné, dans un geste rappelant les pires heures du colonialisme.

Cette agression constitue une violation manifeste de la Charte des Nations Unies et du droit international. Peu importe la contestation de l’élection de 2024 ou les dérives autoritaires du régime : l’enlèvement d’un chef d’État sur son propre territoire par une puissance étrangère est un acte d’une extrême gravité, une offense faite à tout un peuple. Les trente millions de Vénézuéliens ont été traités comme des citoyens dont la souveraineté serait négociable.

- Un régime défaillant, mais une agression injustifiable -

Condamner cette violation du droit international ne revient pas à défendre Nicolas Maduro. Le Venezuela traverse une crise humanitaire, économique et politique majeure : près de 7,8 millions de personnes ont fui le pays, plus de 80 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, et le coût de la vie dépasse largement les revenus. Cette faillite du régime est indéniable. Mais elle ne peut en aucun cas justifier qu’un État étranger bombarde un pays
souverain et s’arroge le droit d’en juger le président.

- Des arguments fallacieux - 

L’argument du narcotrafic avancé par Washington ne trompe personne. Ces accusations relèvent, si elles sont fondées, d’instances internationales légitimes, non d’une opération militaire unilatérale. Cette justification masque mal les véritables motivations : le Venezuela détient les plus grandes réserves de pétrole au monde.

Les déclarations de Donald Trump sur la prise de contrôle de ces ressources et l’intervention d’entreprises américaines révèlent
une logique extractiviste et néocoloniale assumée.

Cette agression s’inscrit dans une recomposition géopolitique inquiétante, dominée par trois blocs impérialistes. Les États-Unis affirment leur domination, tandis que la Chine et la Russie étendent leur influence.

L’Europe, divisée et affaiblie, apparaît incapable de jouer un rôle d’arbitre, comme l’illustre la réaction hésitante de la France.

Dans ce contexte émergent des "nations proies" : des États riches en ressources mais incapables de les défendre. Le Venezuela rejoint l’Irak, la Libye ou l’Afghanistan dans cette liste tragique.

- L’urgence pour La Réunion - 

Cette logique de prédation nous concerne directement. La Réunion, territoire ultramarin français, située à un carrefour stratégique de l’océan Indien, dispose d’une vaste zone économique exclusive et de ressources halieutiques importantes. Pourtant, notre île demeure fragilisée par de fortes dépendances alimentaires, énergétiques et industrielles, héritées pour partie de structures coloniales.

Dans un monde où la loi du plus fort supplante le droit, cette vulnérabilité devient dangereuse. Toute rupture des flux commerciaux pourrait provoquer des chocs économiques et sociaux majeurs, comme la crise du Covid-19 l’a déjà montré.

- Pour une transformation émancipatrice - 

Face à ce constat, l’urgence d’une stratégie de transformation s’impose. Il ne s’agit pas de rompre avec la France ou l’Europe, mais de construire avec elles notre résilience : industrialisation locale, autonomie énergétique fondée sur les renouvelables, agriculture vivrière renforcée, formation et recherche, réforme de la solidarité nationale et évolution de
notre gouvernance territoriale.

L’agression américaine contre le Venezuela nous rappelle une vérité brutale : dans le monde qui vient, les faibles seront broyés. Un pays peut être détruit par une mauvaise gouvernance, puis achevé par des puissances prédatrices.

La violation du territoire vénézuélien et l’arrestation de Nicolas Maduro sont inacceptables au regard du droit international. L’est tout autant l’instrumentalisation de cette tragédie par ceux qui cherchent à blanchir un régime autoritaire responsable d’une crise profonde.

Mesdames et Messieurs les élus réunionnais,

Il n'est plus temps des postures ni de l’attentisme. Il est temps pour La Réunion de sortir de sa torpeur et de construire sa force, avec la France et l’Europe, afin de ne pas devenir demain un territoire-proie, exposé aux rapports de force internationaux.

Joël Personné, co-référent de Place Publique Réunion
Christophe Estève, co-référent de Place Publique Outre mer

guest
1 Commentaires
Bridge
Bridge
20 heures

Cette analyse me semble tout à fait pertinente.