Avec Kaskavel, la réalisatrice réunionnaise Meredith Hoareau signe un film personnel et engagé sur les violences sexuelles intrafamiliales et le poids du silence. Actuellement en phase de post-production, le long-métrage doit être présenté en avant-première en avril 2026 (Photos DR)
Il y a des films qui naissent d’une nĂ©cessitĂ©. Kaskavel fait partie de ceux-lĂ . Pour Meredith Hoareau, originaire de La RĂ©union et ayant grandi dans l'Hexagone, le dĂ©clic remonte Ă octobre 2024, lors d’un voyage Ă La RĂ©union. "Je n’y Ă©tais pas retournĂ©e depuis janvier 2017, moment oĂą j’ai Ă©tĂ© sexuellement agressĂ©e".Â
"Lors de ce séjour j’ai pu partager mon vécu avec deux femmes de ma famille, qui m’ont accueilli avec une écoute et une bienveillance auxquelles je ne m’attendais pas. Il n’y a eu ni remise en question, ni doute, ni minimisation. Cette réception a profondément changé quelque chose en moi", confie-t-elle.
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- "Kaskavel", un rĂ©cit intime devenu fiction -Â
De ce moment est née l’envie de transformer son histoire en œuvre cinématographique. "J’ai compris que la parole pouvait être un espace de réparation, ou du moins un espace de transformation", explique la jeune diplômée d'un master en réalisation à l’École Nationale Supérieure d’Audiovisuel. "J'ai ressenti le besoin de m'exprimer pour m'émanciper de ce que j'ai vécu mais aussi pour participer, à ma façon, à la libération de la parole autour des violences sexistes et sexuelles".
Après les viols qu'elle subit, elle ne portera pas plainte. Mais elle le dit sans dĂ©tour : "Ce film, c’est un peu ma façon Ă moi de porter plainte. (…) Une manière de reprendre la maĂ®trise du rĂ©cit. D'exister autrement que dans le silence".Â
Si le point de départ est personnel, Kaskavel ne se présente pas comme un témoignage autobiographique. Meredith Hoareau revendique un travail de fiction assumé. "Dans les premières versions du scénario, j'ai cherché à mettre de la distance entre l'histoire et moi. (...) À force d'ajouter des couches pour me protéger, je me suis rendu compte que je perdais ce qui faisait la nécessité du film".
Accompagnée par Cécile Vargaftig et Yves Caumon sur le scénario, la réalisatrice a trouvé un équilibre entre sincérité et mise à distance. "Ce n’est pas l’histoire de Meredith Hoareau que le film raconte, mais celle d’une femme qui tente de se libérer d’un traumatisme et de rompre le silence. L'idée est de partir d’une expérience personnelle pour créer un espace où d’autres peuvent se reconnaître."
- Le silence au coeur du film -Â
Kaskavel aborde la question des violences sexuelles intrafamiliales et des mécanismes de silence qui les entourent. Pour la cinéaste, ces violences ne sont pas propres à un territoire. "Elles existent partout : à La Réunion, dans les territoires ultramarins, en Hexagone, et plus largement dans le monde entier", rappelle Meredith Hoareau. Elle cite un chiffre : "En France hexagonale, une femme est victime de viol ou de tentative de viol toutes les 2 minutes 30".
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Si son film met en scène une famille réunionnaise, l’histoire se déroule en Auvergne-Rhône-Alpes. Un choix d’abord lié à des contraintes budgétaires, devenu parti pris narratif. "Situer l’histoire dans l'Hexagone m’a permis d’explorer une autre dimension : celle du déplacement, de l’exil, du lien à une terre d’origine qui continue d’exister dans la mémoire".
La rĂ©alisatrice Ă©voque Ă©galement la question des hĂ©ritages historiques et du silence dans les sociĂ©tĂ©s marquĂ©es par la colonisation. "Il ne s’agit pas d’accuser un territoire, mais de questionner la responsabilitĂ© individuelle et collective dans le maintien du silence. Ce qui m'importe, c'est d'ouvrir un espace de parole".Â
- Un titre de court métrage comme une symbolique forte -
Le titre du court métrage, "Kaskavel", n'a pas été choisi au hasard.
La cascavelle (kaskavel en créole) est une plante toxique dont les graines sont utilisées pour fabriquer le kayamb. Dans le film, cet instrument de musique traditionnel réunionnais devient métaphore.
"Ce qui semble intact mais contient du poison, ce qui paraĂ®t silencieux mais peut Ă tout moment rĂ©sonner", dĂ©veloppe Meredith Hoareau. Comme les graines dissimulĂ©es Ă l’intĂ©rieur du kayamb, le traumatisme est invisible mais prĂŞt Ă vibrer.Â
Actuellement en phase de montage, Kaskavel a déjà fait l'objet d'une première session de travail avec le monteur, Edouardo Messola. "Cette étape est essentielle, mais nous savons que plusieurs versions seront nécessaires afin d’affiner le rythme et la narration avant de passer aux phases d’étalonnage et de mixage son". La musique originale est composée par Raphaël Setty, acteur principal du film.
Une campagne de financement participatif est en cours pour finaliser la post-production. L’objectif : inscrire le film en festivals dès le mois d’avril.
Si vous êtes victimes de violences conjugales, vous pouvez contacter le 3919, le numéro national de référence d’écoute téléphonique et d’orientation à destination des femmes victimes de violences. Des conseillers sont disponibles 24h/24. La Réunion est le quatrième département français en matière de violences intrafamiliales.
En cas d'urgence, le seul numéro à composer est celui de Police Secours.
Le 112, numéro d'urgence européen
Le 114 pour les personnes sourdes, malentendantes, aphasiques, dysphasiques
Le 115 pour la mise à l'abri pour un hébergement d'urgence
Le 15 pour les urgences médicales, ou le 18
Le 119 pour les enfants en danger
Le 08 019 019 11 pour les auteurs de violences conjugales
Vous pouvez signaler des faits de violences intrafamiliales en ligne, directement auprès du commissariat ou de la gendarmerie la plus proche sur le www.servicepublic.fr/cmi Anonyme et gratuit, ce tchat est accessible 24h/24 et 7j/7 pour échanger avec des policiers ou des gendarmes spécialement formés aux violences sexistes et sexuelles.
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