AprĂšs le rejet d'un gouvernement NFP

LFI annonce vouloir présenter une motion de destitution contre Macron

  • PubliĂ© le 27 aoĂ»t 2024 Ă  09:31
Jean-Luc Mélenchon, chef de file de La France insoumise, le 7 juillet 2024 à Paris

Toujours pas de fumée blanche pour Matignon mais la gauche fulmine et crie au "coup de force": Emmanuel Macron a exclu formellement lundi de nommer un gouvernement du Nouveau Front populaire, en invoquant la "stabilité institutionnelle", et a annoncé de nouvelles consultations dÚs mardi. Dans un communiqué, La France insoumise a confirmé qu'une motion de destitution serait présentée par ses députés au bureau de l'Assemblée nationale "conformément à l'article 68 de la Constitution".

A l'issue d'une premiÚre vague d'entretiens organisés vendredi et lundi à l'Elysée avec les chefs de parti, sept semaines aprÚs les élections législatives qui ont plongé le pays dans l'impasse politique, le chef de l'Etat n'est toujours pas en mesure de désigner un Premier ministre.

Malgré la pression du NFP, qui a le plus grand nombre de députés mais reste loin de la majorité absolue, il a refusé d'installer à Matignon Lucie Castets, la haute-fonctionnaire choisie par l'alliance de gauche.

"Un gouvernement sur la base du seul programme et des seuls partis" qui la composent "serait immédiatement censuré par l'ensemble des autres groupes représentés à l'Assemblée nationale", et "la stabilité institutionnelle de notre pays impose donc de ne pas retenir cette option", a déclaré l'Elysée dans un communiqué.

Le coordinateur de La France insoumise, Manuel Bompard, a aussitÎt dénoncé "un coup de force antidémocratique inacceptable" et a confirmé qu'il entendait bien mettre à exécution la menace d'engager une procédure de destitution d'Emmanuel Macron.

Le président a créé "une situation d'une exceptionnelle gravité", a ajouté le leader insoumis Jean-Luc Mélenchon sur X, appelant à une "réplique populaire et politique rapide et ferme".

Le dirigeant des communistes Fabien Roussel a aussi prÎné une "grande mobilisation populaire" face au choix du chef de l'Etat, qualifié de "honte" par la patronne des écologistes Marine Tondelier.

La gauche reproche Ă  Emmanuel Macron d'ĂȘtre le vrai fauteur d'instabilitĂ© depuis sa dissolution controversĂ©e de l'AssemblĂ©e.

Peu avant le communiqué élyséen, Gabriel Attal, Premier ministre démissionnaire et chef des députés du parti présidentiel, avait confirmé une "censure inévitable" pour tout gouvernement autour du programme du seul NFP.

L'initiative de Jean-Luc Mélenchon, qui a semblé ouvrir la porte à un soutien à un gouvernement dirigé par Lucie Castets sans participation de ministres LFI, n'est qu'un "simulacre d'ouverture", a balayé Gabriel Attal.

Les autres mouvements alliĂ©s d'Emmanuel Macron, ainsi que la droite et l'extrĂȘme droite, avaient dit la mĂȘme chose.

- "Le pompon !" -

L'absence de ministre insoumis, "ça ne change strictement rien", a tranchĂ© la cheffe des dĂ©putĂ©s RN Marine Le Pen, en sortant Ă  la mi-journĂ©e dans les jardins de l'ElysĂ©e. Devant la presse, elle a mĂȘme rĂ©clamĂ© l'ouverture d'une session extraordinaire du Parlement en septembre pour "que l'AssemblĂ©e nationale puisse ĂȘtre en situation d'opĂ©rer une censure si c'est nĂ©cessaire".

Quant à Laurent Wauquiez, patron des députés Droite républicaine, il avait réaffirmé dÚs dimanche sa volonté de "faire barrage" à LFI, de son point de vue "sans doute le plus grand danger politique pour notre pays".

Face aux désaccords entre partis, Emmanuel Macron a voulu se poser en arbitre.

"Ma responsabilitĂ© est que le pays ne soit ni bloquĂ©, ni affaibli", a-t-il plaidĂ© dans le communiquĂ© publiĂ© lundi soir Ă  l'issue d'une deuxiĂšme journĂ©e de rendez-vous. Il a donc appelĂ© les responsables politiques Ă  faire "preuve d’esprit de responsabilitĂ©".

Et il a exhorté particuliÚrement les socialistes, les communistes et les écologistes à "coopérer avec les autres forces politiques" -- et donc à se désolidariser des mélenchonistes. "Le pompon!", s'est exclamé Fabien Roussel en se gaussant de la perspective d'intégrer "un gouvernement de droite".

- Des consultations sans le NFP -

Faute d'alternative viable, le chef de l'Etat va lancer dĂšs mardi "un nouveau cycle de consultations" pour trouver un Premier ministre, avec les responsables des partis et "des personnalitĂ©s se distinguant par l’expĂ©rience du service de l’État et de la RĂ©publique", a annoncĂ© la prĂ©sidence, sans fournir de prĂ©cisions sur ces interlocuteurs ni sur le programme.

Un proche d'Emmanuel Macron a toutefois précisé à l'AFP que LFI, le RN et le groupe parlementaire d'Eric Ciotti n'étaient pas conviés à ce deuxiÚme round d'entretiens.

De toutes maniÚres, les membres du NFP ont déjà prévenu qu'il était hors de question de s'y rendre, dÚs lors qu'il ne s'agit pas de discuter de la mise en place d'un gouvernement Castets.

Le calendrier est serré: Emmanuel Macron, qui a plusieurs rendez-vous diplomatiques cette semaine, doit participer mercredi à la cérémonie d'ouverture des Jeux paralympiques avant de s'envoler pour une visite en Serbie jeudi et vendredi.

Or, son choix devient urgent alors que Gabriel Attal gĂšre les affaires courantes Ă  Matignon depuis dĂ©jĂ  41 jours, du jamais-vu depuis l'aprĂšs-guerre. Et qu'un budget doit ĂȘtre prĂ©sentĂ© thĂ©oriquement avant le 1er octobre.

Combien de temps vont durer ces prolongations? La désignation d'un Premier ministre, espérée initialement vers mardi, n'est "pas exclue" cette semaine, mais pas garantie non plus, glisse désormais un conseiller de l'exécutif.

AFP

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