Certains ont été condamnés à des peines de prison

13 novembre : les imposteurs, "fausses victimes" en mal d'argent ou de reconnaissance

  • PubliĂ© le 21 avril 2017 Ă  13:51
Les secours mobilisés aprÚs des attaques dans le 10e arrondissement le 13 novembre 2015

Cédric était allé jusqu'à se faire tatouer un dessin du Bataclan sur le bras. Comme lui, plusieurs imposteurs se sont glissés parmi les victimes des attentats du 13 novembre 2013, par appùt du gain ou besoin de "reconnaissance sociale".


Lui qui racontait à l'envi aux médias, dont l'AFP, qu'une "femme enceinte avait pris les balles qui (lui) étaient destinées" s'est trahi : il n'y a pas eu de femme enceinte tuée ce soir-là.
Avec forces détails, cet ambulancier de formation n'hésitait pas à livrer sa version du "13". Totalement intégré parmi les groupes de victimes qui se réunissaient autour d'"apéros thérapeutiques", le jeune homme de 29 ans avait berné son monde.
Il exhibait son "pantalon Bataclan": "Tu vois, y'a encore des marques", expliquait-il en montrant des taches orangées.
Et il s'était fait un tatouage de Marianne avec une larme de sang, le dessin du Bataclan en arriÚre-plan. En dessous : "Paris, 13/11/15". "C'est gravé en moi maintenant", confiait-il alors.
Un an plus tard, son cas avait intriguĂ© les enquĂȘteurs: se montrant particuliĂšrement insistant auprĂšs du Fonds de garantie des victimes du terrorisme et d?autres infractions (FGTI), l'organisme public chargĂ© d'enregistrer les demandes d'indemnisation des victimes d'attentat, il avait pourtant refusĂ© de porter plainte. Le fonds de garantie n'a pas donnĂ© suite Ă  sa demande.
Selon une source proche du dossier, les enquĂȘteurs avaient relevĂ© des incohĂ©rences dans son rĂ©cit, mises en lumiĂšre notamment par l'Ă©tude de la tĂ©lĂ©phonie. Au moment des attaques, il se trouvait Ă  une trentaine de kilomĂštres du Bataclan, selon cette source. Des tĂ©moins avaient signalĂ© sa prĂ©sence dans le secteur de la salle de spectacle mais seulement plusieurs heures aprĂšs l'attentat.
Pour les enquĂȘteurs, "il n'a donc certainement pas vu les assaillants pĂ©nĂ©trer dans l'Ă©tablissement et n'a pas Ă©vitĂ© de justesse des tirs de kalachnikov qui ont - selon ses dires - finalement atteint et blessĂ© une femme enceinte", ajoute cette source.
Mercredi, un couple a Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  quatre et six ans de prison pour avoir prĂ©tendu ĂȘtre victimes de l'attentat du 14 juillet Ă  Nice. Ils avaient dĂ©jĂ  Ă©copĂ© en dĂ©cembre dernier de trois ans de prison pour elle, et six ans pour lui, pour avoir faussement affirmĂ© ĂȘtre victimes de l'attentat prĂšs du Stade de France Ă  Saint-Denis.
Au moins sept personnes ont déjà été condamnées depuis les attentats de Paris et Saint-Denis, pour tentative d'escroquerie ou escroquerie. Le FGTI indique qu'il existe "une dizaine de cas, condamnations comprises", et "qu'ils restent trÚs marginaux".


- Syndrome de MĂŒnchhausen -


Ces impostures remettent en question "l'ensemble des victimes sur leur témoignage", déplore Caroline Langlade, présidente de l'association Life for Paris.
Aux "sentiments de trahison, de colÚre, de peine, d'incompréhension" s'ajoute "la méfiance vis-à-vis des victimes invisibles parce qu'elles ne portent pas sur elles les stigmates de l'attaque", souligne-t-elle.
Peu aprÚs les commémorations du 13 novembre, Life for Paris a encouragé ses membres "à couper toute communication" avec les affabulateurs.
L'association de victimes 13-Novembre Fraternité et Liberté n'a pas relevé de cas problématiques mais "n'exclut pas que ça puisse exister". "Pour se prémunir de ce risque, le prix à payer serait trop grand en termes de +flicage+ pour nos membres", précise son président Georges Salines.
"Les imposteurs sont des éponges vivantes", analyse le psychanaliste Roland Gori, auteur de "La fabrique des imposteurs". "Ils sont capables d'intégrer les valeurs, les normes, les rituels de leur entourage pour en tirer un avantage".
Ce genre de comportement lui Ă©voque "le syndrome de MĂŒnchhausen, qui consiste Ă  s'attribuer une maladie qu'elles n'ont pas... une pathologie qui peut aller jusqu'Ă  l'auto-mutilation".
"Il y a une nĂ©cessitĂ© intĂ©rieure d'arriver Ă  la reconnaissance sociale (...), non pas par ce que l'on est mais ce que l'on fait semblant d'ĂȘtre", poursuit-il.
Un avis partagé par Caroline Langlade : "Quand on voit les +morbid tours+, de terrasse en terrasse, les selfies devant les impacts de balle au Bataclan, on voit ce besoin social de prendre part à un drame collectif".

Par Marie GIFFARD et Nathalie ALONSO - © 2017 AFP

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