Mort de Clément Méric

7 et 12 ans requis contre les deux principaux accusés

  • PubliĂ© le 13 septembre 2018 Ă  19:09
  • ActualisĂ© le 13 septembre 2018 Ă  19:18
Esteban Morillo, l'ex-skinhead qui a reconnu avoir frappé mortellement l'antifasciste Clément Méric à Paris en 2013, aux assises de Paris le 4 septembre 2018

L'accusation a requis jeudi des peines de 7 et 12 ans de prison à l'encontre de deux ex-skinheads jugés pour des coups mortels portés à l'antifasciste Clément Méric en 2013 à Paris, une bagarre "évitable" et d'une "sauvagerie parfaitement inadmissible".

"Vous n'ĂȘtes pas jugĂ©s parce que vous Ă©tiez skinheads, tatouĂ©s et militants, vous ĂȘtes jugĂ©s pour les actes que vous avez commis", a lancĂ© l'avocat gĂ©nĂ©ral, RĂ©mi Crosson du Cormier, aux accusĂ©s.

Pour ĂȘtre allĂ©s "au devant d'un adversaire dĂ©signĂ©", "prĂ©fĂ©rant le dĂ©sordre, l'honneur, la fiertĂ© mal placĂ©e Ă  la prudence", les trois hommes jugĂ©s depuis deux semaines devant les assises de Paris doivent ĂȘtre sanctionnĂ©s par la cour, a-t-il estimĂ©.
Il a demandĂ© la peine la plus lourde Ă  l'encontre d'Esteban Morillo, 25 ans, qui a reconnu ĂȘtre l'auteur des coups mortels et encourt jusqu'Ă  20 ans de rĂ©clusion pour coups mortels portĂ©s en rĂ©union et avec une arme.
Sept ans ont été demandés pour son co-accusé Samuel Dufour, 25 ans, porteur d'un poing américain ou de bagues, une "arme par destination", selon l'accusation.

Une peine plus légÚre, de quatre ans dont deux avec sursis, a été requise contre Alexandre Eyraud, 29 ans, arrivé plus tard dans la rixe mais dont "la seule présence" a favorisé "l'action collective", a affirmé le magistrat.
Ce 5 juin 2013, ClĂ©ment MĂ©ric, Ă©tudiant de 18 ans et militant antifasciste, s'est Ă©croulĂ© sur le bitume de la rue Caumartin, lors d'une rixe violente et brĂšve entre militants d'extrĂȘme gauche et skinheads d'extrĂȘme droite, aprĂšs une rencontre fortuite dans une vente privĂ©e de vĂȘtements de la marque Fred Perry.

Une action "de groupe"

Debout, l'avocat général s'est mis à compter, égrenant les sept secondes de coups mortels portés à Clément Méric.
"Une bataille voulue qui aurait pu ĂȘtre Ă©vitĂ©e et doit ĂȘtre sanctionnĂ©e", estime-t-il, ajoutant: "Cette sauvagerie est parfaitement inadmissible".
Pourquoi? Parce que le groupe de skinheads choisit en sortant du showroom d'aller "droit" sur les jeunes antifascistes qui patientent dans la rue "Ă  29 mĂštres" de lĂ . "Ils auraient pu prendre un autre chemin", affirme l'avocat gĂ©nĂ©ral, qui dit s'ĂȘtre rendu sur les lieux mercredi soir pour s'en convaincre.
Parce qu'ils ont appelé et reçu "des renforts", parce qu'il y a chez ces "amateurs de discours de haine" une "montée d'adrénaline, de testostérone" et que Clément Méric, jeune homme fluet qui se remet à peine d'une leucémie, "ne représente aucun danger" pour eux.
Dans un rĂ©quisitoire bref, d'Ă  peine une heure, l'avocat gĂ©nĂ©ral n'a pas cherchĂ© Ă  reprendre un Ă  un les Ă©lĂ©ments Ă  charge dans un dossier oĂč tĂ©moins et expertises se contredisent: "Aucun tĂ©moin ne peut restituer la vĂ©ritĂ© des faits, chacun en recĂšle une parcelle".

En revanche, il s'est attaché à convaincre les jurés du caractÚre collectif du crime, la circonstance aggravante de "la réunion" permettant juridiquement de lier les accusés.
"Le groupe a été le moteur de la violence le 5 juin 2013. Qu'aurait été Morillo seul? Rien. Qu'aurait été Dufour seul? Rien. Qu'aurait été Eyraud seul? Rien", a-t-il martelé.
"Le +On y va+ prononcé par l'un des trois constitue le groupe", affirme-t-il.
Ensuite, le crime "causĂ© par la violence de l'un est favorisĂ© par l'action des autres": M. Dufour, notamment, en "empĂȘchant" les camarades de ClĂ©ment MĂ©ric de venir Ă  son secours.
Il accuse Alexandre Eyraud, qui comparaßt pour des "violences volontaires" mais que personne n'a vu porter le moindre coup, de "complicité" de ce délit: la partie ferme de la peine requise contre lui - deux ans - est aménageable et devrait lui éviter la prison.

Sans chercher à démontrer la présence d'un poing américain, le magistrat a proposé à la cour de retenir que Samuel Dufour, porteur de bagues, avait une "arme par destination". Et proposé de le condamner pour "complicité de coups mortels", aucun témoin fiable ne l'ayant vu porter des coups à Clément Méric.
Le verdict est attendu vendredi, aprÚs les plaidoiries de la défense.

© 2018 AFP

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