La France a entamé vendredi, avec une cérémonie du 8-Mai en format restreint, son dernier week-end cloßtré avant un déconfinement trÚs progressif à partir de lundi, sur fond de hantise d'une seconde vague de l'épidémie de coronavirus qui a fait prÚs de 26.000 morts.
A Paris, sur une place de l'Etoile quasiment vide, Emmanuel Macron a présidé une cérémonie placée sous le signe du Covid-19, comme dans le reste du monde occidental, en cette année qui marque les 75 ans de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ses prédécesseurs Nicolas Sarkozy et François Hollande étaient notamment là , ainsi que le Premier ministre Edouard Philippe, la maire de Paris Anne Hidalgo et le chef d'état-major François Lecointre. Les mesures de distanciation ont été appliquées, évitant le port du masque aux responsables présents.
A l'issue de ce long week-end de trois jours, le pays entamera la sortie de deux mois de confinement d'une grande majorité de la population, mesure inédite et globalement respectée sur l'ensemble du territoire, permettant une nette décrue de l'épidémie. "Un processus trÚs progressif, au minimum sur plusieurs semaines, pour sortir doucement mais sûrement du confinement", a souligné Edouard Philippe.
Selon le dernier bilan officiel jeudi soir, le virus a causé 25.987 décÚs depuis le 1er mars, soit 178 de plus sur les derniÚres 24 heures, dont 9.601 dans les établissements médico-sociaux et les Ehpad (+29). La pression sur les services de réanimation continue de s'alléger, avec 186 patients atteints du Covid-19 en moins. Le total repasse ainsi pour la premiÚre fois sous la barre des 3.000 malades dans ces services, à 2.961.
- "Confinement sur soi" -
A partir de lundi, la France sera "divisĂ©e en deux", selon l'expression du Premier ministre. Vu la circulation du virus et le risque de saturation dans les hĂŽpitaux, quatre rĂ©gions (Ile-de-France, Hauts-de-France, Grand Est et Bourgogne-Franche-ComtĂ©) sont classĂ©es en rouge sur la carte Ă©tablie par le ministĂšre de la SantĂ©, ainsi que le dĂ©partement de Mayotte, oĂč le dĂ©confinement est mĂȘme renvoyĂ© au-delĂ du 11 mai et oĂč le gouvernement va envoyer des moyens supplĂ©mentaires.
Cela place 32 départements au total et prÚs de 27 millions d'habitants dans un confinement encore trÚs contrÎlé. Et dans tout le reste du pays, en vert sur la carte, "il faut se garder de penser que tout est réglé, qu'il n'y a plus besoin de se laver les mains, qu'on peut s'embrasser, etc.", a mis en garde sur franceinfo la virologue Marie-Paule Kieny, membre du comité analyse recherche et expertise (Care) chargé de conseiller le gouvernement.
Pour Ă©viter une nouvelle flambĂ©e de l'Ă©pidĂ©mie, "il faut absolument" que les gens "appliquent les gestes barriĂšre, c'est-Ă -dire qu'ils passent d'un confinement chez soi Ă un confinement sur soi, penser que soi-mĂȘme on doit se protĂ©ger, on doit protĂ©ger les autres", a insistĂ© cette ancienne sous-directrice gĂ©nĂ©rale de l'OMS.
- "Peu de marge" -
"Il faut qu'on retrouve de l'oxygĂšne pour, dans l'hypothĂšse oĂč une deuxiĂšme vague arriverait, qu'on soit prĂȘt. On a trois Ă quatre semaines devant nous, il faut les mettre Ă profit pour libĂ©rer voire crĂ©er des lits de rĂ©animation", a dĂ©clarĂ© de son cĂŽtĂ© sur TF1 Philippe Juvin, chef du service des urgences de l'hĂŽpital parisien Georges Pompidou. "La situation reste tendue, nous avons assez peu de marge de manoeuvre", a-t-il averti.
La France "est prĂȘte pour tester massivement" les personnes prĂ©sentant des symptĂŽmes du coronavirus ainsi que celles avec lesquelles elles ont Ă©tĂ© en contact, a assurĂ© jeudi le ministre de la SantĂ©, Olivier VĂ©ran. Tout en desserrant l'Ă©tau, le gouvernement maintient ou instaure de nombreuses obligations dont le port du masque dans les transports en commun sous peine de 135 euros d'amende.
L'Etat va d'ailleurs mettre à partir de lundi "10 millions de masques à disposition des opérateurs de transport pour qu'ils les distribuent à leurs usagers", dont 4,4 millions pour l'Ile-de-France, selon le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner.
- "Serrer les dents" -
Car la situation s'annonce particuliĂšrement dĂ©licate dans la rĂ©gion capitale, oĂč le respect des rĂšgles de distanciation dans les transports publics va rĂ©duire drastiquement la capacitĂ©. Une attestation d'employeur sera requise pour circuler aux heures de pointe (6H30 Ă 9H30 et 16H00 Ă 19H00), selon la prĂ©sidente de la rĂ©gion ValĂ©rie PĂ©cresse.
Dans la région, "il faut serrer les dents trois semaines de plus", une phase décisive "pour savoir si on est capable d'étouffer le virus", a déclaré au Parisien Aurélien Rousseau, directeur général de l'Agence régionale de Santé. Concernant les masques, le maire de Nice Christian Estrosi en a imposé le port dans l'espace public dans sa commune à partir de lundi, mais le Conseil d'Etat avait déjà retoqué en avril une décision similaire à Sceaux (Hauts-de-Seine).
Sur le plan économique, le déconfinement a commencé dÚs vendredi à la SNCF pour les trains grandes lignes, avec un redémarrage du service à 20%. Là aussi, avec port du masque obligatoire. DÚs lundi, ce sont "400.000 entreprises qui représentent 875.000 emplois qui vont rouvrir", a détaillé le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, citant salons de coiffure, commerces d'habillement, fleuristes et librairies.
Les centres commerciaux de plus de 40.000 mĂštres carrĂ©s pourront rouvrir, sauf en Ile-de-France, oĂč M. VĂ©ran a demandĂ© aux entreprises "de recourir au maximum au tĂ©lĂ©travail" et aux habitants de limiter leurs dĂ©placements au strict nĂ©cessaire. Et selon le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, "un million d'enfants" reprendront dĂšs mardi le chemin de l'Ă©cole, dans "80% Ă 85%" des 50.500 Ă©tablissements du pays.
L'exécutif joue gros. La cote de confiance d'Emmanuel Macron chute de cinq points à 34% et celle d'Edouard Philippe s'effrite de deux points (34% également), selon un sondage mensuel Elabe diffusé jeudi.
AFP




