Un retour en arriĂšre

A Belgrade, embarquer dans une "Yugo" pour remonter le temps

  • PubliĂ© le 18 juin 2018 Ă  09:29
  • ActualisĂ© le 18 juin 2018 Ă  10:49
Jovana Stojiljkovic, une des dirigeantes du tour-opérateur Yugotour, assise sur le capot d'une "Zastava 101", devant le musée de la Yougoslavie, le 25 mai 2018 à Belgrade

"Rejoins-nous, camarade!": à Belgrade, les touristes peuvent embarquer dans une "Yugo" d'autrefois pour visiter un pays disparu et replonger dans une époque révolue à bord de cette voiture "vintage" emblÚme de l'ex-Yougoslavie.

Destination branchée, Belgrade a accueilli en 2017 un million de visiteurs, dont 835.000 étrangers, selon les chiffres officiels.
La capitale de la Serbie est aussi un paradis pour les amoureux de vieilles voitures, grandes amĂ©ricaines comme les Chrysler ou les Ford mais aussi guimbardes "Made in Yugoslavia", qui sillonnent encore par milliers les routes des Balkans. Jadis produites dans l'immense usine Zastava de Kragujevac (centre), il y avait la petite "Fica", la Zastava 101, et la "Yugo", laquelle a mĂȘme eu droit aux honneurs de Hollywood, apparaissant dans une scĂšne de la saga Die Hard, oĂč l'acteur Bruce Willis incarne un policier aux mĂ©thodes musclĂ©es.


Comme lui, les touristes peuvent embarquer dans ces voitures aussi rustiques qu'emblématiques de la Yougoslavie de Tito, qui étaient bon marché, accessibles aux travailleurs de l'Etat communiste et exportées à l'époque dans 74 pays, comme l'Inde, l'Egypte mais aussi les Etats-Unis. En lieu et place de courses poursuites sur les autoroutes de New York, le tour-opérateur Yugotour propose, moyennant 45 euros, un périple de trois heures pour découvrir "l'ascension et la chute d'une nation".


Un hĂŽtel et des micros


"C'est quelque chose de semblable Ă  un tour de Berlin en Trabant", la voiture symbole de l'ex-RDA communiste, explique une des dirigeantes de Yugotour, Jovana Stojilkovic, nĂ©e en 1992 alors que les guerres des Balkans commençaient. "J'ai aimĂ© dĂ©couvrir l'histoire de la Yougoslavie de cette maniĂšre", dit le Danois Dennis Bertelsen, 38 ans, venu passer un week-end prolongĂ© Ă  Belgrade. Il est ainsi passĂ© par l'hĂŽtel Jugoslavija, ouvert en 1969 au bord du Danube, qui fut le palace le plus luxueux de la capitale, lĂ  oĂč logĂšrent les prĂ©sidents amĂ©ricains Richard Nixon et Jimmy Carter ou encore la Reine Elisabeth II.


A en croire la lĂ©gende urbaine, ses murs Ă©taient truffĂ©s de micros. L'hĂŽtel, aujourd'hui en grande partie inoccupĂ©, avait Ă©tĂ© ciblĂ© en 1999 par les frappes de l'Otan, menĂ©es pour forcer Slobodan Milosevic, alors prĂ©sident de la Yougoslavie, Ă  retirer ses troupes du Kosovo. Etudiant polonais de 25 ans, Dominik Wojciechowski travaille sur un projet de photographies artistiques sur la "Yougo nostalgie", un sentiment prĂ©sent dans tous les pays issus de l'explosion de la Yougoslavie dans les annĂ©es 1990 -mĂȘme si c'est dans une bien moindre mesure en Croatie--, l'Ă©poque de la Yougoslavie Ă©tant vue comme une rare pĂ©riode de paix et de relative prospĂ©ritĂ©.
"Ce qui m'intĂ©resse, c'est la commercialisation de la nostalgie de l'ex-Etat, les efforts des jeunes pour prĂ©server la mĂ©moire de la Yougoslavie", alors que parmi les gĂ©nĂ©rations plus ĂągĂ©es, "beaucoup souhaitent mĂȘme un retour Ă  cette Ă©poque", dit-il.


Fief du brutalisme


Il se dit impressionné par les deux tours de 30 étages qui accueillent les visiteurs occidentaux sur l'autoroute, les "Portes ouest", exemples de l'architecture brutaliste chÚre aux années 50-70 avec ses constructions imposantes en béton, dont Belgrade est un fief. "Quand on lÚve les yeux pour observer d'en-bas ces bùtiments, on se rend compte du caractÚre grandiose et puissant de la Yougoslavie", dit-il. Au sommet, avait été installé un restaurant panoramique rotatif. Les convives pouvaient en théorie manger en regardant la ville sur 380 degrés... sauf qu'"il n'a jamais vraiment tourné", relÚve Yugotour.


La plupart des touristes savent trĂšs peu de choses sur ce que furent la Yougoslavie, ses 22 millions d'habitants et son leader incontestĂ©, de 1945 Ă  sa mort en 1980, Josip Broz Tito. Ils se souviennent surtout des guerres qui ont sonnĂ© le glas de cette fĂ©dĂ©ration de rĂ©publiques --Bosnie, Croatie, MacĂ©doine, Montenegro, Serbie et SlovĂ©nie- au prix de 130.000 morts. Le tour s'achĂšve au MusĂ©e de la Yougoslavie et Ă  la maison des Fleurs oĂč se trouve le mausolĂ©e de Tito. Jovana Stojiljkovic n'a jamais connu cette Yougoslavie. "J'ai entendu des histoires de mes parents, de leurs amis et de ma famille. Elles me font dire qu'ils ont eu du bon temps", dit-elle.
Un "bon temps" symbolisé par les deux "Fica" dont elle est la fiÚre propriétaire: "C'est important de les préserver et de montrer au monde ce qu'elles signifiaient pour nous."

 - © 2018 AFP

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