Pour lancer des réformes

A Beyrouth, Macron maintient la pression sur la politique libanaise

  • PubliĂ© le 1 septembre 2020 Ă  11:32
  • ActualisĂ© le 1 septembre 2020 Ă  12:21
Le président français Emmanuel Macron est accueilli par son homologue libanais Michel Aoun, le 31 août 2020 à l'aéroport de Beyrouth

Emmanuel Macron joue gros mardi au Liban, oĂč il va continuer Ă  faire pression sur la classe politique pour qu'elle lance de vĂ©ritables rĂ©formes susceptibles de rĂ©pondre Ă  la colĂšre des Libanais, un mois aprĂšs la terrible explosion du port de Beyrouth.

Etre efficace en allant vite, sans pour autant faire preuve d'ingérence: le président français s'est fixé un objectif ambitieux pour ce deuxiÚme déplacement en moins d'un mois.

Cette visite au pas de course aura d'abord une dimension symbolique pour démontrer que les Libanais sont "comme des frÚres pour les Français", comme l'a proclamé Emmanuel Macron à son arrivée.

AprĂšs avoir rendu visite lundi soir Ă  la diva Fairouz qui, Ă  85 ans, est considĂ©rĂ©e comme la plus grande chanteuse arabe vivante, il plantera mardi matin un cĂšdre - l'emblĂšme du pays - dans la forĂȘt de Jaj, au nord-est de Beyrouth.

Il célébrera ainsi le centenaire de la création de l'Etat du Grand-Liban le 1er septembre 1920 par le général français Henri Gouraud. Un anniversaire que marquera la Patrouille de France en colorant le ciel du Liban avec les couleurs rouge, blanche et verte de son drapeau.

Puis Emmanuel Macron se rendra au port de Beyrouth, comme il l'avait fait le 6 août, deux jours aprÚs l'explosion ayant fait au moins 188 morts et plus de 6.500 blessés en dévastant une partie de la capitale.

- "Au plus vite" -

Il fera le point sur l'acheminement de l'aide d'urgence en se rendant sur le porte-hélicoptÚres Tonnerre, arrivé le 14 août avec 750 hommes et 150 véhicules, puis sur un navire de la CGM GMA, venu de Marseille (sud-est de la France) avec à bord plus de 2.500 tonnes d'aide humanitaire envoyées par l'Etat, des ONG, des entreprises et des collectivités.

Emmanuel Macron débutera ensuite la partie la plus sensible et la plus attendue de sa visite: les difficiles discussions avec les responsables politiques.
Avec eux, "ma position est toujours la mĂȘme: celle de l'exigence sans ingĂ©rence", a-t-il martelĂ© Ă  son arrivĂ©e.

Pour que cette délicate position soit jugée crédible par la population comme par le reste de la communauté internationale, le président français doit obtenir des résultats sans tarder.

C'est notamment pour cela que, dÚs lundi soir, il a appelé à la mise en place d'un "gouvernement de mission" au "plus vite" quelques heures aprÚs la nomination d'un nouveau Premier ministre, Moustapha Adib.

"Il ne m'appartient ni de l'approuver ni de l'adouber", a-t-il tenu à préciser à propos du choix de cet universitaire de 48 ans, jusqu'alors ambassadeur en Allemagne, qui est inconnu du grand public.

Il a rappelé que, en contrepartie du lancement de "véritables réformes" contre la corruption endémique, notamment dans les secteurs énergétique et financier, la communauté internationale promettait de débloquer des fonds dont a désespérément besoin le Liban. "Si on ne fait pas cela, l'économie libanaise va s'effondrer" et "la seule victime sera le peuple libanais (...) qui ne peut pas s'exiler", avait-il mis en garde vendredi.

Mais M. Adib part avec le handicap d'avoir été choisi, comme ses prédécesseurs, par les forces politiques traditionnelles. Ce qui le décrédibilise d'entrée aux yeux d'un grand nombre de Libanais qui jugent cette classe politique responsable de leurs malheurs, et notamment du drame du 4 août.

- "Parler Ă  tout le monde" -

Le prĂ©sident français s'est entretenu lundi soir avec l'ex-Premier ministre Saad Hariri, l'un des poids lourds de la communautĂ© sunnite, dont le chef du gouvernement doit ĂȘtre issu selon la Constitution.

AprÚs un déjeuner au palais de Baabda à l'invitation du président Michel Aoun, il réunira mardi en fin de journée les représentants des neuf forces politiques à la résidence des pins, celle de l'ambassadeur de France, comme il l'avait fait le 6 août.

Parmi ces forces, figure le puissant mouvement chiite du Hezbollah, avec lequel de nombreux pays occidentaux, parmi lesquels les Etats-Unis, refusent tout contact en raison notamment de ses liens avec l'Iran.

Mais Emmanuel Macron défend sa stratégie de "parler à tout le monde", dont le Hezbollah, "une force politique qui est représentée au parlement", tout en disant "désapprouver" une partie du "projet" politique de ce mouvement.

AFP

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