A Bombay, "l'école du feu rouge" s'adapte aux enfants des rues

  • PubliĂ© le 7 juin 2026 Ă  12:44
  • ActualisĂ© le 7 juin 2026 Ă  13:08
Des élÚves chantent l'hymne national indien à "l'école du feu rouge" qui accueille des enfants défavorisés dans des conteneurs aménagés en salles de cours sous un pont autoroutier, le 18 mai 2026 à Bombay

Une rangĂ©e de conteneurs mĂ©talliques multicolores sous un pont de Bombay, drĂŽle d'endroit pour une Ă©cole. C'est pourtant lĂ  qu'une association a dĂ©cidĂ© d'offrir une Ă©ducation aux enfants dĂ©favorisĂ©s de la mĂ©gapole indienne, au milieu des rues oĂč ils vivent.

"Ces enfants ne peuvent pas fréquenter une classe (classique)", explique Bhatu Sawant, 45 ans, fondateur de la "Signal Shala", littéralement "l'école du feu rouge". "Alors je me suis dit qu'il fallait faire venir la classe à eux".

Issus des populations les plus dĂ©favorisĂ©es de la deuxiĂšme ville d'Inde, ces gamins passent le plus clair de leur journĂ©e ici, au pied des gratte-ciels, Ă  essayer de grappiller quelques piĂšces en Ă©change de babioles auprĂšs des automobilistes arrĂȘtĂ©s aux carrefours.

MĂȘme si les lois du pays le plus peuplĂ© de la planĂšte - prĂšs d'un milliard et demi d'habitants - garantissent une Ă©ducation gratuite Ă  tous ses enfants de 6 Ă  14 ans, la pauvretĂ© persiste Ă  en priver certains.

L'absence de scolarisation touche particuliĂšrement les villes oĂč se pressent les ruraux en quĂȘte de petits boulots informels, qui fournissent les trois-quarts des emplois indiens.

Les statistiques du gouvernement pour l'année 2024-2025 évaluent à prÚs de 1,2 million le nombre d'Indiens en ùge de fréquenter le primaire "hors de l'école", une catégorie fourre-tout qui regroupe aussi bien ceux qui l'ont quittée que ceux qui n'y ont jamais mis les pieds.

Les établissements publics "ne sont pas assez flexibles pour accueillir ces enfants", relÚve Bhatu Sawant, et les écoles privées restent hors de portée financiÚre.

"L'école du feu rouge" accueille ses élÚves dans des conteneurs aménagés, sur fonds publics, en salles de cours alignées sous un pont autoroutier, dans le bruit assourdissant des pétarades et des klaxons.

Chaque matin, ses bus jaunes sillonnent les bidonvilles de Bombay pour y récupérer gratuitement les enfants. SitÎt déposés, la majorité commence sa journée par une bonne douche, inaccessible pour la plupart.

- "Comme l'élite" -

L'Ă©tablissement offre aussi trois repas par jour et des casiers pour mettre Ă  l'abri livres et uniformes. Les classes sont formĂ©es selon les capacitĂ©s des Ă©lĂšves plutĂŽt que leurs Ăąges. L'enseignement qui leur est dispensĂ© dĂ©borde les matiĂšres acadĂ©miques pour insister sur le savoir-ĂȘtre: de l'art de rester assis Ă  celui de l'Ă©locution ou de la concentration.

Des habitudes particuliÚrement difficiles à acquérir pour les enfants de la communauté semi-nomade des Pardhi, qui ne parlent pas la langue locale.

"Quand ils arrivent, ils ne connaissent pas les jours de la semaine, ni les 12 mois de l'année ou les saisons", explique une enseignante, Tejasvi Borade. "Ca veut dire qu'au-delà des connaissances puisées dans les livres, ils doivent aussi acquérir celles de la vie quotidienne".

Mais elle l'assure et s'en réjouit, tous intÚgrent vite la routine scolaire et ses bénéfices.

"Je suis trĂšs content quand je vois le bus de l'Ă©cole arriver", assure Pooja Pawar, 12 ans, dont les deux parents vendent leurs services tous les jours sur les chantiers de la ville. "L'uniforme est chouette, le petit-dĂ©jeuner trĂšs bon (...) on peut mĂȘme faire des gĂąteaux et danser".

Et comme toutes les Ă©coles, celle-ci nourrit aussi les rĂȘves d'avenir. "Je veux devenir mĂ©decin", lĂąche timidement Balaji Laxman, 12 ans, qui vendait il y a peu des mouchoirs Ă  un feu rouge.

A la tĂȘte dĂ©sormais d'un rĂ©seau de trois Ă©tablissements dans Bombay et sa banlieue, Bhatu Sawant insiste, l'Ă©galitĂ© des chances est sa prioritĂ© absolue.

"Nous devons préparer ces enfants pour le monde du XXIe siÚcle (...) ils doivent connaßtre la robotique l'intelligence artificielle, les ordinateurs, et les imprimantes 3D", décline-t-il en évoquant l'équipement offert par ses donateurs, particuliers ou entreprises.

"Ils doivent maĂźtriser les mĂȘmes savoirs que ceux dans lesquels les enfants de l'Ă©lite excellent", conclut-il.

AFP

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