Oeuvre mythique

A Colmar, la splendeur retrouvée du Retable d'Issenheim

  • PubliĂ© le 30 avril 2022 Ă  11:39
  • ActualisĂ© le 30 avril 2022 Ă  12:05
Le Retable d'Issenheim exposé au musée Unterlinden de Colmar, le 29 avril 2022, avec une copie d'un panneau de la Crucifixion (au centre, à droite) avant sa restauration

C'est une oeuvre mythique, qui attire les amateurs d'art du monde entier : au musée Unterlinden de Colmar, le Retable d'Issenheim a retrouvé son éclat original, grùce au travail "colossal" réalisé par une équipe de restaurateurs.

Dans l'ancien couvent transformĂ© en musĂ©e, les visiteurs peuvent observer les derniĂšres retouches effectuĂ©es par Anna Brunetto, spĂ©cialiste mondiale de la restauration au laser, penchĂ©e sur le cadre en bois d'un des tableaux qui composent l'Ɠuvre et duquel s'Ă©lĂšvent de lĂ©gĂšres volutes de fumĂ©e.

Avec sa blouse et ses épaisses lunettes de protection, elle progresse, millimÚtre par millimÚtre, pour enlever les couches de peinture successives ajoutées sur le cadre au fil du temps et retrouver les couleurs d'origine.

"La complexité est de trouver l'équilibre entre les parties qu'on veut enlever et celles qu'on veut garder", explique cette Italienne de 52 ans, qui, au cours de sa carriÚre, a notamment contribué à révéler des dessins de Leonard de Vinci sur des plafonds du chùteau des Sforza à Milan.

Autour d'elle sont exposées les parties déjà restaurées du Retable d'Issenheim, composé de dix tableaux, présentant des épisodes de la vie du Christ et de celle de Saint Antoine, et huit reliefs sculptés réalisés entre 1512 et 1516 par deux grands maßtres allemands, Matthias Grunewald et Nicolas de Haguenau.

- "ƒuvre primordiale" -

"Il y a la Chapelle Sixtine, il y a la Joconde, et il y a le Retable d'Issenheim: c'est une Ɠuvre primordiale. Je la place au mĂȘme niveau pour sa dimension et son retentissement", expose Pantxika de Paepe, la directrice du MusĂ©e Unterlinden.

Le chef d'Ɠuvre avait pĂąti des couches de vernis dĂ©posĂ©es successivement, assombries ou jaunies avec le temps, et des manipulations opĂ©rĂ©es Ă  la RĂ©volution française comme au cours de deux guerres mondiales, pour le mettre Ă  l'abri, qui ont altĂ©rĂ© les encadrements et les supports en tilleul.

AprÚs plusieurs opérations superficielles, jusqu'à la derniÚre menée au début des années 1990, une restauration complÚte s'imposait. Elle s'est déroulée sur plus de quatre ans et demi, principalement dans l'enceinte du musée, mais aussi à Paris (pour les sculptures) et Vesoul (certains encadrements). Une rénovation qui a coûté 1,4 million d'euros, financée à 80% par le mécénat.

"C'était un exercice trÚs méticuleux. Voir l'amincissement des vernis, redécouvrir certains plans, des couleurs, des profondeurs, des contrastes, c'est merveilleux", s'enthousiasme Pantxika de Paepe. Sur le panneau de La Crucifixion, "on retrouve par exemple la chevelure de Marie-Madeleine, alors qu'on ne la voyait pas avant, elle était masquée par le vernis", qui s'était opacifié.

- "Cinq siĂšcles de patine" -

La restauration a mobilisé deux équipes, 10 personnes en charge des sculptures, sous la houlette de Juliette Lévy, et 21 pour les peintures, dirigées par Anthony Pontabry, qui exprime sa satisfaction devant l'ampleur du travail accompli.

"Il y a cinq siÚcles de patine sur les tableaux, donc il y a une légÚre métamorphose des couleurs, mais je pense que nous sommes trÚs trÚs proches de ce que Grunewald a fait", soutient ce restaurateur de 75 ans, qui en paraßt 15 de moins et termine ainsi sa carriÚre, entamée en 1972.

Les visiteurs, eux, ne cachent pas leur satisfaction de retrouver l'Ă©clat intact d'une Ɠuvre cinq fois centenaire. "Je trouve ça assez fabuleux", concĂšde SĂ©bastien Raimond, professeur de droit de passage Ă  Colmar. "On a l'impression que les couleurs Ă©clatent, c'est Ă©tonnant, on sent le travail de prĂ©cision, d'orfĂšvrerie presque".

"Je ne connais pas de tableau de la RĂ©surrection plus impressionnant", assure BĂ©atrice, Allemande de 68 ans venue spĂ©cialement de Stuttgart pour contempler l’Ɠuvre, et qui dit son impatience de voir les derniers panneaux manquants de nouveaux exposĂ©s.

Pour répondre à la demande du public, un cycle de conférences, données par Anthony Pontabry et portant sur les opérations de restauration, est organisé chaque vendredi à partir du mois de mai, et jusqu'à l'inauguration officielle, prévue le 30 juin.

AFP

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