Biodiversité

A Crozon, le déconfinement menace les oiseaux du littoral

  • PubliĂ© le 14 mai 2020 Ă  19:59
  • ActualisĂ© le 14 mai 2020 Ă  21:01
Une plage de la presqu'Ăźle de Crozon, en Bretagne, le 13 mai 2020

Grand gravelot, hirondelle de rivage : les oiseaux marins se sont réapproprié le littoral pendant le confinement, mais le retour des promeneurs en pleine période de nidification pourrait "menacer la reproduction" de certaines espÚces protégées, comme sur la plage de Morgat, dans le FinistÚre.

La végétation des dunes a repris ses droits sur cette plage de la presqu'ßle de Crozon, face au port. Mais sur le sable, déserté depuis le début du confinement, se dresse une drÎle de haie : un enclos d'une trentaine de mÚtres de large. Au centre, un nid de grands gravelots, bec orange, gorge blanche et collier noir.

"C'est une espĂšce protĂ©gĂ©e particuliĂšrement menacĂ©e, c'est pourquoi nous avons mis en place un enclos, des panneaux explicatifs et une interdiction des chiens sur la plage", explique Didier Cadiou, chargĂ© de l'environnement Ă  la mairie de Crozon. Il s'agit de protĂ©ger les ?ufs, "qui miment l'aspect des galets et risquent facilement d'ĂȘtre piĂ©tinĂ©s".

Sur les 200 couples de grands gravelots français, 70 sont bretons, répartis entre les ßles de Sein et MolÚne. Mais celui de Morgat, surnommé "Gégé" et qui s'est installé sur l'emplacement du club Mickey, est "une surprise, c'est le seul couple nicheur sur la cÎte bretonne" souligne Livier Schweyer, agent du parc naturel marin d'Iroise, venu observer l'oiseau avec ses jumelles.

Avec ses collÚgues rattachés à l'Office français de la biodiversité (OFB), il l'a repéré en faisant samedi l'inventaire des "zones accueillantes" du littoral pour mesurer l'effet du confinement sur la biodiversité, à la demande du préfet. Leur travail de recensement a été facilité par la quiétude. "La chance qu'on a eue, c'est le silence, parce que ce sont les cris qui nous alertent", précise Cécile Gicquel, chargée de mission au Parc naturel marin d'Iroise.

"On a pu remarquer la remise en place de certaines colonies d'oiseaux qui en temps normal n'aurait pas pu avoir lieu, eu égard au dérangement occasionné par la fréquentation" relÚve Livier Schweyer, comme cette nouvelle colonie d'hirondelles de rivage qui s'est installée sur la plage de l'Aber, non loin de Morgat.

L'espÚce protégée, en pleine nidification, creuse des terriers dans les falaises meubles du littoral. Mais leur habitat est menacé d'effondrement : comme le sentier cÎtier passe juste au dessus, "le piétinement risque de l'endommager" remarque l'inspecteur de l'environnement, désignant la microfalaise trouée comme du gruyÚre autour de laquelle virevoltent des dizaines d'hirondelles, plongeant dans les trous et s'en extirpant en un éclair pour aller chasser le long des dunes.

- Forte pression touristique -

LĂ  aussi, la communautĂ© de communes a fait installer des barriĂšres de protection. Mais quid des plages qui ne peuvent pas ĂȘtre protĂ©gĂ©es ?

"La consĂ©quence est simple : la reproduction va Ă©chouer si aucune mesure ne peut ĂȘtre mise en place avant la rĂ©ouverture des plages" avertit Bernard Cadiou, de l'association de protection de la nature Bretagne Vivante. Pour l'ornithologue, il est "compliquĂ©" de mettre en place ces mesures partout oĂč il y a une forte pression touristique, d'autant que "les gens n'ont qu'une hĂąte, c'est de retourner dehors". Peu de chances pour lui qu'ils soient sensibles Ă  de nouvelles restrictions, sachant que "les humains sont souvent accompagnĂ©s de chiens qui ne lisent pas les panneaux... Le retour Ă  la normale va avoir un impact sur la faune Ă  l'Ă©chelle de l'ensemble de la France."

"Ça peut ĂȘtre une inquiĂ©tude de dire qu'on va tous se dĂ©confiner alors que la nature a repris ses droits", abonde AurĂ©lie Delaval, chargĂ©e de mission Ă  le Ligue de Protection des oiseaux du Nord-Pas-de-Calais. Elle rappelle les bons gestes Ă  respecter : "Ă©viter de frĂ©quenter les hauts de plages, les dunes, les berges, et tenir les chiens en laisse quand c'est possible, sur les plages et en forĂȘt."

AFP

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