Au pied de hautes tours d'habitation de Hong Kong, un sport traditionnel indien érige des ponts entre des communautés qui se croisent sans se cÎtoyer dans cette ville pourtant réputée pour son cosmopolitisme.
La ligue professionnelle de kabaddi rencontre un immense succÚs populaire en Inde et en Asie du sud. Mais ce sport trÚs physique, qui consiste à toucher l'équipe adverse, reste confidentiel dans le reste du monde.
Il y a huit ans, deux anthropologues chinois ont montĂ© une Ă©quipe Ă Hong Kong pour favoriser l'intĂ©gration dans une ville trĂšs peu inclusive, particuliĂšrement pour ses habitants non-Chinois et non-occidentaux. "Nous entendons souvent que Hong Kong est une +ville mondiale+ en Asie, mais nous n'avons pas beaucoup d'occasions d'Ă©changer avec des gens de cultures diffĂ©rentes", explique Ă l'AFP Wyman Tang, un des deux anthropologues. "Nous vivons dans le mĂȘme quartier, mais c'est comme si nous vivions dans des mondes parallĂšles".
A son commencement, le projet Kabaddi United Hong Kong (KUHK) Ă©tait un atelier ponctuel dans une universitĂ©. Il touche dĂ©sormais plus de 8.000 participants Ă travers prĂšs de 80 Ă©coles et organisations sociales. Quelle surprise pour Royal Sunar, aujourd'hui entraĂźneur de KUHK, de voir le jeu de son enfance enseignĂ© Ă Hong Kong! "Le kabaddi Ă©tait un de mes centres d'intĂ©rĂȘt", explique ce NĂ©palais nĂ© Ă Hong Kong. "D'une certaine maniĂšre, les Chinois, ici, aiment aussi ce sport".
- "Lien émotionnel" -
Le kabaddi serait nĂ© il y a 5.000 ans en Inde, avec des racines dans la mythologie, et des jeux similaires sont ensuite apparus dans d'autres pays d'Asie, notamment en Iran, qui dit aussi en ĂȘtre le berceau.
Pour gagner des points, une Ă©quipe envoie un "raider" dans le camp opposĂ©, chargĂ© de toucher rapidement un adversaire et de revenir dans sa base. La dĂ©fense doit empĂȘcher le raider de rentrer dans son camp, provoquant souvent de grosses mĂȘlĂ©es. Rojit Sharma, un migrant nĂ©palais, a rejoint la KUHK en 2019.
Cette activité lui a permis de se faire des amis chinois pour la premiÚre fois et de pratiquer son cantonais. Il y a "un lien émotionnel dans le kabaddi, parce que nous nous tenons la main et, alors, nous en savons plus sur les autres", assure-t-il.
Ce jeune homme de 22 ans regrette qu'en dehors du kabaddi, les minoritĂ©s ethniques aient Ă se battre pour ĂȘtre reconnues comme "locales". Il a lui-mĂȘme endurĂ© la discrimination. "En arrivant Ă Hong Kong, lorsque je voyageais en bus ou dans les transports publics, quand je m'asseyais, la personne Ă cĂŽtĂ© de moi partait", raconte-t-il Ă l'AFP.
- Discriminations quotidiennes -
Les associations assurent que ce genre d'expérience est la norme. "Il y a des problÚmes importants liés à la race à Hong Kong", souligne Shalini Mahtani, présidente de la Zubin Foundation.
Les discriminations sont quotidiennes pour les Asiatiques du Sud Ă Hong Kong, assure-t-elle, donnant des exemples de personnes ne pouvant louer un appartement ou s'entendant dire en entretien d'embauche que leur peau est trop sombre. sensible aux couleurs", ajoute-t-elle.
Mme Mahtani pointe notamment du doigt le systÚme éducatif.
"La vérité, c'est que beaucoup de Chinois de Hong Kong n'ont jamais eu l'occasion d'avoir des contacts avec les minorités ethniques", explique-t-elle.
Ce fut le cas pour Christy Tai, étudiante, qui a rejoint l'équipe de kabaddi aprÚs un essai concluant, attirée par l'"esprit d'équipe". Elle estime que le sport est un bon moyen pour dépasser la barriÚre de la langue. "Nous devons parler à chaque membre de l'équipe (...) quand nous parlons, nous ne pouvons pas nous contenter de parler du sport, nous parlons de nos vies, de nos habitudes et d'autres choses", explique-t-elle.
Hong Kong est encore trÚs loin d'une ligue professionnelle de kabaddi, mais le fondateur de KUHK M. Tang est ravi de la façon dont les Hongkongais se sont pris au jeu.
"Tant que vous suivez les mĂȘmes rĂšgles, vous pouvez profiter du jeu", a dĂ©clarĂ© M. Tang.
AFP


