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A Marseille, une guerre entre des clans rivaux ultraviolents

  • PubliĂ© le 3 septembre 2016 Ă  11:53
Des policiers sur les lieux oĂč un homme a Ă©tĂ© abattu dans le quartier de la Cayole Ă  Marseille, le 16 aoĂ»t 2016

Avec déjà 21 victimes de rÚglements de comptes depuis le 1er janvier, Marseille et ses environs connaissent une année sanglante, sur fond de guerre entre clans rivaux ultraviolents et destabilisés par les opérations de démantÚlement de leurs réseaux de trafic de drogue.


"Ces rĂšglements de comptes, on a beaucoup de mal Ă  les prĂ©venir, ça peut arriver n'importe oĂč, n'importe quand", regrette David-Olivier Reverdy, du syndicat de police Alliance.
En un mois, ce sont au total cinq personnes qui ont été abattues à Marseille et dans ses environs proches dans des affaires de ce type --sans compter deux autres homicides par balle a priori liés à d'autres causes.
L'épisode le plus spectaculaire de cette série a eu lieu le dimanche 7 août, quand deux jeunes hommes sont tombés dans un guet-apens vers 10H00, non loin du centre-ville: au volant de deux voitures, l'un est abattu dans son véhicule et l'autre dans la rue, alors qu'il prend la fuite. Tous deux tombent sous les balles d'une kalachnikov, devenue le symbole de ces homicides.
"Marseille n'est pas à feu et à sang", tempÚre le préfet de police des Bouches-du-RhÎne Laurent Nuñez. Si le nombre de victimes de rÚglements de compte dans le département a déjà dépassé le total de 2015 (19 morts) --passant de 13 l'an passé à ce stade de l'année à 21--, le nombre total d'homicides, lui, a chuté de 43 à 29 à fin août.
En cause dans cette recrudescence des rÚglements de compte, selon les autorités: la multiplication des opérations de démantÚlement des réseaux de trafic de drogue, particuliÚrement implantés dans les cités des quartiers populaires de la ville.
"Le travail de la police et l'augmentation des rÚglements de compte ne sont pas contradictoires", résume aussi le sociologue Laurent Mucchielli, spécialiste des questions de délinquance.
- Vendetta -
"Souvent, la police s'arrĂȘte au niveau local, au trafic d'un quartier, car remonter plus haut dans les filiĂšres est trĂšs coĂ»teux en temps et en moyens. Or ces derniers temps, on est montĂ©s plus haut dans un certain nombre d'affaires --et lorsqu'on dĂ©stabilise le milieu, ça provoque une agitation et avec la concurrence exacerbĂ©e, cela peut entraĂźner des rĂšglements de comptes en cascade", dĂ©taille-t-il.
La rivalité entre les clans dits des "Blacks" et des "Gitans" remonte ainsi à la fin des années 2000. Mais elle s?est accélérée depuis quelques mois, notamment aprÚs le démantÚlement d?un réseau appartenant aux "Blacks" dans une cité du nord de Marseille, explique-t-on de source proche de ces dossiers: installés dans une cité voisine, les "Gitans" y ont vu une occasion de tenter de reprendre ou de faire disparaßtre ce point de vente concurrent.
Cette guerre de territoires se double en outre d'une guerres de clans et de vendetta, notent également les observateurs. Deux rivalités majeures sont ainsi réguliÚrement évoquées comme étant à l'origine de nombreux rÚglements de comptes ces derniÚres années: outre celle des "Blacks" et des "Gitans", celle opposant le clan familial des Redmania à celui des Berrebouh-Tir.
TrĂšs souvent, les enquĂȘteurs relient les victimes des derniers mois Ă  l'une ou l'autre de ces Ă©quipes, qui utilisent parfois des balises GPS pour suivre leurs cibles: il ne s'agit plus uniquement de s'approprier un territoire, mais aussi de venger la mort de ses proches. "La police s'est beaucoup amĂ©liorĂ©e dans l'Ă©lucidation a posteriori. Dans une certaine mesure, cela permet de savoir qui risque d'ĂȘtre une future victime, mais il n'y a pas les outils juridiques pour protĂ©ger quelqu'un prĂ©ventivement", souligne David-Olivier Reverdy.
Dans la population des quartiers Nord, la sĂ©natrice PS et maire des 15e et 16e arrondissements de Marseille, Samia Ghali constate une "paranoĂŻa", liĂ©e Ă  la crainte d'une balle perdue: "on se tue n'importe oĂč et n'importe comment, du coup on a peur des dĂ©gĂąts collatĂ©raux (...) Il n'y a plus de limites, demain peut-ĂȘtre on touchera aux femmes, aux proches".
"Ce n'est pas plus spectaculaire ni plus dramatique aujourd'hui qu'avant", nuance Laurent Mucchielli. "Il y a par exemple eu un pic au milieu des annĂ©es 1980, oĂč on a eu plus de 40 rĂšglements de compte en un an".

Par Ella IDE - © 2016 AFP
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