Les jihadistes du groupe Etat islamique (EI) cassent les murs de maisons à Mossoul pour se faufiler de l'une à l'autre, puis demandent à leurs habitants de participer aux frais, ont rapporté dimanche des résidents de la grande ville irakienne.
A 7.000 dinars (environ cinq dollars), le coĂ»t est modeste mais une telle exigence est rĂ©voltante, dĂ©noncent des habitants de l'ouest de Mossoul, oĂč les jihadistes retranchĂ©s se prĂ©parent Ă l'offensive annoncĂ©e par les forces de sĂ©curitĂ© irakiennes. "Daech fait des trous dans les murs de nos maisons sans nous laisser le choix", confie l'un d'eux qui se prĂ©sente comme Abou Assad en utilisant un acronyme en arabe de l'EI. "Et il nous force Ă payer 7.000 dinars Ă ceux qui viennent d'endommager nos maisons". Abou Assad affirme que des centaines de rĂ©sidents ont subi le mĂȘme sort que lui.
Les trous percés dans les murs mitoyens entre maisons ou immeubles permettent aux jihadistes de passer d'une rue à l'autre sans attirer l'attention des avions ou des drones de l'armée irakienne et de la coalition internationale.
Les combattants de l'EI expliquent aux habitants que l'argent récolté contribue au financement de la défense contre les forces de sécurité, selon Abou Assad.
Une telle demande rappelle celles de l'ancien dictateur Saddam Hussein, qui ordonnait aux familles de prisonniers exécutés de couvrir les frais des balles. Beaucoup disent que des officiers de son parti Baas forment la colonne vertébrale du groupe jihadiste qui s'est emparé d'un tiers de l'Irak en 2014.
- 'Nulle part oĂč aller' -
"Ils nous donnent le choix de rester dans nos maisons avec les murs éventrés ou de partir", poursuit Abou Assad. Mais une telle alternative est difficile à envisager en plein hiver, alors que les températures sont souvent négatives la nuit.
Mohammed Jalil, habitant du quartier de Najjar prÚs du fleuve Tigre, a également vu sa maison trouée de part et d'autre par des hommes de l'EI. "Nous sommes tous stupéfaits de voir que Daech affirme toujours soutenir les valeurs islamiques alors qu'il brise l'intimité des familles dont les maisons sont désormais ouvertes et exposées aux regards des autres", déplore M. Jalil.
"J'ai une grande famille (...) mais nous n'avons nulle part oĂč aller. Si nous restons, nous nous retrouverons coincĂ©s au milieu d'une opĂ©ration militaire", poursuit-il. Mais, dans le mĂȘme temps, "comment pouvons-nous tous rester dans une maison que des hommes armĂ©s s'apprĂȘtent Ă utiliser pour viser les forces de sĂ©curitĂ©?".
Des informations circulent selon lesquelles le groupe jihadiste renforce ses positions pour défendre son dernier grand bastion en Irak, alors que les forces de sécurité irakiennes doivent lancer ce mois-ci une offensive sur la rive droite du Tigre.
Selon les estimations de l'ONU, quelque 750.000 personnes vivent toujours dans la partie ouest, qui inclut la vieille ville et des lieux stratĂ©giques comme la mosquĂ©e oĂč le leader de l'EI Abou Bakr al-Baghdadi avait proclamĂ© un "califat" en juin 2014.
La grande peur des habitants est d'ĂȘtre utilisĂ©s comme boucliers humains par l'EI. "Une tactique immonde", selon Zyad al-Zubaidi, un ancien officier originaire de Mossoul et dorĂ©navant militant de la sociĂ©tĂ© civile basĂ© dans la rĂ©gion voisine du Kurdistan irakien.
AFP



