Beaucoup de masques, pas mal d'angoisse, mais pas de rush: en ce lundi tant attendu de déconfinement, la vie a repris au ralenti dans les transports et les rues de Paris et sa banlieue, sous un ciel quasi hivernal.
DĂšs l'aube, sur la trĂšs frĂ©quentĂ©e ligne 13 du mĂ©tro, les rames ont commencĂ© Ă se remplir de passagers masquĂ©s dans leur quasi-totalitĂ©, sur fond de consignes sanitaires scandĂ©es par les hauts-parleurs. "J'habite Saint-Denis et je suis vendeuse dans un magasin Ă Paris qui rouvre aujourd'hui. Je suis obligĂ©e de prendre le mĂ©tro mais franchement ça m'angoisse. J'y pense depuis plusieurs jours, j'en dors mal", lĂąche Elvira 35 ans. "C'est bien ce que je craignais", ajoute-elle en regardant le wagon oĂč la distanciation physique ne peut ĂȘtre respectĂ©e.
Un passager fait signe Ă un autre de ne pas s'asseoir en face de lui et lui dĂ©signe un sticker: "Pour notre santĂ© Ă tous, laissons ce siĂšge vide". A Juvisy (Essonne), noeud oĂč se croisent les RER C et D, Chantal Rollin, 42 ans, masquĂ©e et gantĂ©e, attend patiemment. "Mon entreprise ne m'a pas autorisĂ©e Ă continuer en tĂ©lĂ©travail. Je ne suis pas trĂšs rassurĂ©e Ă l'idĂ©e de prendre les transports parce qu'il y a du monde", dit-elle.
De nombreux salariĂ©s vont poursuivre le tĂ©lĂ©travail au delĂ du 11 mai. Le gouvernement a aussi encouragĂ© Ă mettre en place des horaires dĂ©calĂ©s pour Ă©viter les pics d'affluence dans les transports, oĂč de nombreuses distributions de masques Ă©taient organisĂ©es lundi matin. Sur les quais du RER de la gare du Nord, du monde Ă©galement, mais rien Ă voir avec la fourmiliĂšre des jours d'"avant". Des agents RATP et SNCF interpellent les rares voyageurs sans masques, leur indiquant les distributeurs automatiques dans lesquels masques et gel hydroalcoolique ont trouvĂ© leur place Ă cĂŽtĂ© des bonbons et chips.
Boubacar, 45 ans, vient d'acheter un café et un pain au chocolat sur le quai : "Ca m'a manqué", dit-il en souriant. Il est "heureux" de reprendre son travail dans un bureau d'étude aprÚs avoir été confiné depuis le 17 mars.
- "Comme un confinement prolongé" -
Karim, croisé ligne 2, n'est pas d'humeur aussi joviale : "J'appréhende plus le métro que le boulot, heureusement je ne le prend pas aux heures de pointe", dit cet agent de sécurité dans un supermarché de la capitale.
Dans les couloirs du métro, des CRS rappellent au rares voyageurs qui n'ont pas le visage couvert que le port du masque est obligatoire. "Pas encore de contrÎles d'attestations", ajoutent-ils.
Pour éviter les transports, certains ont bravé le vent glacial et les averses pour emprunter les pistes cyclables jonchées de branches d'arbres. Sur le Canal de l'Ourcq, pas de longues files de cyclistes, mais les usagers habituels, la plupart masqués et équipés de capes ou pantalons de pluie.
Sur le parvis de la DĂ©fense, les rares vĂ©los et trottinettes suivent assidĂ»ment une ligne verte peinte au sol. "C'est vide alors que d'habitude c'est une fourmiliĂšre. Je suis trĂšs surprise qu'il n'y ait personne, ça fait bizarre, c'est quand mĂȘme un centre d'affaires", observe Marie-France Navarro. "Je m'attendais Ă voir plein de monde comme avant. J'ai l'impression qu'on est encore en confinement, c'est comme un confinement prolongĂ©", ajoute cette femme qui habite dans une rĂ©sidence au pied des tours de verre.
Certains commerces se prĂ©paraient eux Ă rouvrir dans des conditions inĂ©dites. Dans le Sephora des Halles, un des rares commerces du vaste centre commercial Ă rouvrir ce lundi, l'intĂ©gralitĂ© des prĂ©sentoirs est entourĂ© de cellophane. "Ca va ĂȘtre une nouvelle maniĂšre d'acheter, le client nous dit ce qu'il veut, et on lui trouve", explique Dorian Deby, manager du magasin.
"J'ai cinq employĂ©s sur 15 qui ont prĂ©venu qu'ils ne viendraient pas. C'est la peur qui l'emporte, c'est encore trĂšs flou pour nous... cette reprise", ajoute-il. Dans la boutique Hema de la Gare du Nord, des employĂ©s gantĂ©s et vĂȘtus de gilets rouge frappĂ©s de la consigne "Respectez un mĂštre" et peu de clients. "C'est trĂšs trĂšs calme et on s'y attendait, dit le responsable, Geoffrey Kodia. On va fermer Ă 19H au lieu de 20H, car je pense qu'il n'y aura personne en gare" .
AFP



