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A Paris, un campement de migrants qui grossit dans le fracas du métro

  • PubliĂ© le 15 septembre 2016 Ă  18:48
Un campement de migrants sous le métro aérien, le 15 septembre 2016 à Paris

Ils sont afghans, soudanais, Ă©rythrĂ©ens: plusieurs centaines de migrants vivent dans des conditions trĂšs prĂ©caires en plein coeur de Paris, dans un campement entre les mĂ©tros JaurĂšs et Stalingrad, oĂč la vie s'organise avec le soutien de bĂ©nĂ©voles.


En cette fin de matinée, une soixantaine d'hommes sont assis sur les escaliers de l'esplanade de Stalingrad, reprenant en choeur des rudiments de français. "Bonjour ça va?", "Non ça va pas", "J'ai besoin d'un docteur". Marie Bassi, l'instructrice, s'époumone pour couvrir le fracas du métro aérien et le grondement de la circulation.
Elle vient faire cours plusieurs fois par semaine. "Il y a une Ă©norme motivation, on n'a mĂȘme plus besoin d'aller les chercher", explique-t-elle, en jugeant "scandaleux" de voir combien "le campement repose sur les bĂ©nĂ©voles".
Si l'Etat a procédé à prÚs de 16.000 offres de "mises à l'abri" en plus d'un an pour les migrants entassés dans des campements parisiens, les opérations (26 au total) se sont fortement ralenties pendant l'été.
Aujourd'hui les bénévoles "cuisinent pour mille personnes midi et soir, d'autres accompagnent à l'hÎpital, certains se démÚnent pour trouver des tentes...", affirme Loïc Horellou, un riverain trÚs impliqué, qui décrit ce campement de "900 personnes au moins" comme "une espÚce d'organisme vivant qui déborde dans tous les sens".
D'autant que, depuis quelques jours, "ça commence à redescendre de Calais", ajoute Imad, un autre bénévole. La présence d'enfants surtout les inquiÚte. Ils estiment qu'il y en a une cinquantaine environ. "Il y a trois jours, un bébé de deux mois est arrivé", déplore M. Horellou.
Zoualn, un Soudanais arrivĂ© il y a deux semaines, dort dans la rue, "mais ça va, c'est temporaire". "Peut-ĂȘtre qu'il y a un plan du gouvernement", avance-t-il, avant de lancer un "vive la France" souriant.
- "Je veux rester ici" -
Il est installé avenue de Flandres, comme la plupart des Soudanais. Matelas et cartons, quelques tentes, du linge qui sÚche: l'installation est sommaire, défaite briÚvement à chaque intervention de la police qui vient contrÎler les papiers et procéder au nettoyage du site.
"Les gens sont emmenĂ©s au commissariat, se font dĂ©livrer des obligations de quitter le territoire", se dĂ©sole M. Horellou. Mais "leurs demandes d'asile ne peuvent pas ĂȘtre examinĂ©es puisque toute la filiĂšre est engorgĂ©e".
Sur la place Stalingrad elle-mĂȘme, coeur gĂ©ographique du campement, ce sont plutĂŽt des ErythrĂ©ens ou des Ethiopiens qui sont installĂ©s, Ă  deux pas des cinĂ©mas et des cafĂ©s branchĂ©s. Le contraste est frappant le soir, lorsque les jeunes urbains attablĂ©s en terrasse cĂŽtoient de leur cĂŽtĂ© de l'esplanade les parties de foot improvisĂ©es par les migrants en t-shirt fatiguĂ©.
Inakadjo, 30 ans, a entamé la traversée sans son épouse. Cet Ethiopien de 30 ans a laissé ses empreintes en Italie et devrait donc y déposer sa demande d'asile. Mais "je veux rester ici", explique-t-il.
PrÚs de lui, sa compatriote Anna triture la croix argentée qui lui pend au cou. "Ce qui est dur c'est qu'il n'y pas de machines à laver", soupire-t-elle, en montrant sa robe en wax maculée. Elle vit ici depuis assez longtemps pour parler français correctement; son fils de deux ans dort dans une tente, indifférent aux klaxons et gaz d'échappement du carrefour, à trois mÚtres.
Autre ambiance dans le coin des Afghans, le long du canal, oĂč les tentes se serrent dans un alignement mĂ©ticuleux. Des bĂąches sont tendues pour se protĂ©ger du regard, des tapis recouvrent le bitume. Il y a lĂ  pas mal d'enfants et de femmes, comme Zelifa, arrivĂ©e il y a dix jours Ă  Paris.
"J'étais enseignante en psychologie, mon mari ingénieur, on a eu des problÚmes avec les talibans à cause de mon travail", explique la jeune femme aux yeux clairs. A Kaboul, elle a laissé "une vie confortable, un grand appartement, trois voitures". "Tout est sale ici, bruyant", soupire-t-elle, à quelques mÚtres des pissotiÚres à l'odeur pestilentielle. Mais elle veut rester en France, pour son fils de deux ans: "Il deviendra un grand docteur".

Par Claire GALLEN - © 2016 AFP
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