Pollens

A Rennes, un pollinarium "sentinelle" pour mieux traiter les allergies

  • PubliĂ© le 23 mars 2022 Ă  13:40
  • ActualisĂ© le 23 mars 2022 Ă  17:27
Le botaniste Hervé Tiger dans le pollinarium installé sur le toit d'une bibliothÚque, Rennes, le 18 mars 2022

Juché sur le toit d'une bibliothÚque, le pollinarium de Rennes ressemble à un jardin comme un autre. C'est là que sont cultivées les quinze espÚces aux pollens les plus allergisants de la région, traqués chaque jour par un botaniste pour ensuite alerter la population.

"En ce moment ce sont le saule et le noisetier qui Ă©mettent le plus. D'ici deux semaines on aura les graminĂ©es avec le vulpin et la flouve odorante", observe HervĂ© Tiger, jardinier-botaniste de la ville de Rennes. Face Ă  lui, de larges jardiniĂšres baignĂ©es de soleil abritent ray-grass, flĂ©ole, houlque laineuse, dactyle, fromental bulbeux, flouve odorante, ainsi que des bouleaux, chĂȘnes, noisetiers, saules.

Chaque plant a Ă©tĂ© prĂ©levĂ© dans la nature, dans un rayon de 20 kilomĂštres autour de Rennes, aux quatre points cardinaux. "L'idĂ©e est d'avoir une plus grande variabilitĂ© gĂ©nĂ©tique car chaque plant n'Ă©met pas les pollens au mĂȘme moment", explique Ă  l'AFP le botaniste, doigt pointĂ© sur les Ă©tamines, sacs Ă  pollen. "Si on secoue un peu, on voit les grains de pollen trĂšs jaunes, sous forme de poussiĂšre trĂšs fine. C'est ça qui est allergisant", poursuit-il.

ElĂ©ment fĂ©condant mĂąle de la fleur, le pollen atterrit sur le pistil d'une fleur femelle de la mĂȘme espĂšce pour le fĂ©conder et former le fruit. Il est constituĂ© de minuscules grains de quelques dizaines de micromĂštres de diamĂštre, les plus fins et lĂ©gers, transportĂ©s par le vent, Ă©tant les plus susceptibles d'atteindre les voies respiratoires et de provoquer des allergies.

Chaque matin, Hervé Tiger passe en revue la floraison des espÚces sélectionnées avec des médecins allergologues. "L'objectif est d'observer visuellement les émissions de pollens. On regarde s'il y a des étamines et on note sur un petit carnet la date de début et de fin d'émission, le plus important étant d'observer la toute premiÚre émission pour donner l'alerte", souligne-t-il.

- "Outil de prévention" -

Les informations sont ensuite validĂ©es par un mĂ©decin allergologue, entrĂ©es dans une base de donnĂ©es centralisĂ©e Ă  Nantes (https://www.alertepollens.org/) et diffusĂ©es Ă  la population. A Rennes, 1.300 patients et mĂ©decins figurent dans la base de donnĂ©es, l'inscription Ă©tant gratuite. "Chaque zone a ses alertes, car les plantes allergisantes ne sont pas forcĂ©ment les mĂȘmes partout", prĂ©cise le jardinier.

Il existe vingt pollinariums en France, dont quatre en cours d'ouverture. Le premier a commencé à fonctionner à Nantes en 2012. Ce sont les allergologues qui ont imaginé cet outil "sentinelle", estimant qu'il y avait une trop grande différence entre les symptÎmes relevés chez leurs patients (rhinite, asthme, conjonctivite, etc) et les pollens détectés par les capteurs atmosphériques des villes, moins sensibles en tout début d'émission.

"C'est un outil de prĂ©vention trĂšs intĂ©ressant d'un point de vue de santĂ© publique", assure MickaĂ«l Pouliquen, mĂ©decin allergologue et rĂ©fĂ©rent du pollinarium de Rennes. "GrĂące Ă  lui, vous savez trĂšs prĂ©cisĂ©ment quand prendre et quand arrĂȘter votre mĂ©dicament antihistaminique. Cela permet aussi d'identifier le pollen Ă  l'origine d'une allergie respiratoire", poursuit-il.

De plus, un traitement administrĂ© dĂšs le premier gramme de pollen dans l'air est "plus efficace qu'un traitement en pleine crise allergique", ajoute le mĂ©decin. Il souligne "l'augmentation de la prĂ©valence des allergies depuis 30 ans, l'OMS prĂ©voyant mĂȘme qu'une personne sur deux sera allergique en 2050". En France, 10 Ă  20% de la population souffre d'allergie aux pollens.

A terme, l'objectif est de quadriller tout le territoire de pollinariums avec une centaine de structures. "Le réchauffement climatique et la pollution contribuent à augmenter la quantité de pollens dans l'air", rappelle Julia Maguéro, chargée des partenariats à l'Association des pollinariums sentinelles de France (APSF). De fait, la chaleur rallonge la durée des saisons polliniques. "Les gens sont de plus en plus touchés tout au long de l'année alors qu'avant ils l'étaient de février à septembre", précise-t-elle, ajoutant que "la pollution augmente aussi le potentiel allergisant des pollens, entraßnant de plus en plus de problÚmes respiratoires".

AFP

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