Un réel soulagement, mais le champagne attendra encore un peu. Les exportateurs indiens ont salué mardi l'accord commercial conclu entre leur pays et les Etats-Unis aprÚs de longs mois de tractations difficiles, mais les analystes exhortent à la prudence avant de crier victoire. FidÚles à ses habitudes, Donald Trump a annoncé lundi ce "deal" avec emphase et une volée de chiffres spectaculaires.
Baisse des taxes de 25 à 18% sur les produits indiens entrant aux Etats-Unis, réduction à "zéro" des droits de douane imposés par l'Inde, qui s'est engagée à acheter pour "plus de 500 milliards de dollars" de produits américains...
En outre, le locataire de la Maison Blanche a assurĂ© que New Delhi allait "arrĂȘter d'acheter du pĂ©trole russe" pour se fournir "potentiellement" au Venezuela, dont Washington a pris le contrĂŽle du commerce de brut aprĂšs avoir capturĂ© le prĂ©sident Nicolas Maduro.
La surtaxe de 50% imposée par Washington en août en punition de ses achats de pétrole russe accusés de financer l'effort de guerre de Moscou en Ukraine a pesé sur l'économie du pays le plus peuplé du monde.
S'il a aussitÎt remercié et flatté le président américain, le Premier ministre indien Narendra Modi s'est bien gardé, lui, de confirmer les éléments chiffrés de l'accord.
MĂȘme sans ces dĂ©tails, la bourse de Bombay s'est rĂ©jouie mardi en ouvrant sa sĂ©ance sur un bond de prĂšs de 5% de son principal indice, tant les tensions commerciales entre les deux pays ont rĂ©cemment affectĂ© les investissements Ă©trangers en Inde et la santĂ© de la roupie indienne.
- "Bonne nouvelle" -
TrĂšs enthousiaste, la FĂ©dĂ©ration des organisations exportatrices indiennes (FIEO) s'est fĂ©licitĂ©e d'une "extrĂȘmement bonne nouvelle" qui devrait dĂ©boucher sur "un bond rapide des commandes".
"Les exportateurs indiens seront sur le mĂȘme pied que leurs concurrents d'Asie du Sud-Est et du Sud", a dĂ©taillĂ© Ă l'AFP son directeur gĂ©nĂ©ral, Ajay Sahai.
"Certains secteurs vont connaßtre un répit immédiat, notamment le textile et les chaussures", a-t-il ajouté, "des commandes (américaines) étaient restées en suspens à cause des droits de douane, elles vont revenir en Inde".
Si la fabrication des tĂ©lĂ©phones et la pharmacie ont Ă©tĂ© Ă©pargnĂ©es par les reprĂ©sailles amĂ©ricaines, d'autres activitĂ©s qui requiĂšrent une forte main d'Ćuvre ont souffert, dont les fruits de mer et la joaillerie.
"Nous espérons qu'avec la conclusion de cet accord (...) les exportations de fruits de mer vont vite reprendre et revenir à leur niveau d'avant", a réagi G. Pawan Kumar, de l'Association des exportateurs indiens du secteur.
Selon ses estimations, la surtaxe américaine avait fait chuter de 15% leur volume entre avril et novembre 2025.
Echaudés par les multiples péripéties qui ont émaillé les négociations entre Washington et New Delhi, de nombreux analystes sont toutefois restés trÚs prudents sur les annonces de Donald Trump.
- "Pas clair" -
A commencer par celle qui affirme que New Delhi a accepté la suppression de toutes ses barriÚres douaniÚres, y compris sur le secteur stratégique de l'agriculture.
"L'accord de tous les accords" conclu la semaine derniÚre entre l'Inde et l'Union européenne (UE) a ainsi exclu de son champ de nombreux secteurs agricoles.
"Je crains qu'il n'y ait autre chose (derriÚre l'accord avec les Etats-Unis, NDLR), et cette autre chose n'est pas trÚs claire", a relevé pour l'AFP l'économiste Biswajit Dhar. "Je parle là de ce que nous (l'Inde) avons offert en contrepartie..."
"Je dirais que mĂȘme s'il est prĂ©vu un quota sur nos exportations de cĂ©rĂ©ales, il pourrait nous coĂ»ter cher", a-t-il insistĂ©, "et nous conduirait sur une pente dangereuse".
D'autres experts s'interrogent sur les promesses d'achats de produits américains claironnées par Donal Trump.
"Ce chiffre de 500 milliards de dollars (...) n'est pas clair", a relevĂ© Ajay Srivastava, du centre d'analyse Global Trade Research Initiative de New Delhi, "l'Inde importe moins de 50 milliards de dollars des Etats-Unis chaque annĂ©e, ce qui suggĂšre un vĆu pieu plus qu'un engagement ferme".
"Jusqu'à une déclaration conjointe en bonne et due forme (...) il faut prendre ça comme un signal politique plutÎt qu'un accord", a-t-il insisté, et "rester prudent avant de célébrer".
AFP


