Etats-Unis

Accord iranien: Trump rend son verdict vendredi

  • PubliĂ© le 13 octobre 2017 Ă  01:25
  • ActualisĂ© le 13 octobre 2017 Ă  05:51
Un activiste anti-Trump s'adresse à des lycéens non loin de la Maison Blanche à Washington, le 12 octobre 2017

Donald Trump va rendre vendredi son verdict tant attendu sur l'accord historique censĂ© empĂȘcher l'Iran de se doter de l'arme nuclĂ©aire, qui devrait ĂȘtre une "non-certification" aux consĂ©quences trĂšs incertaines.


"C'est le pire accord qui soit", a encore fustigĂ© mercredi Donald Trump, dĂ©nonçant la "faiblesse" de l'administration dĂ©mocrate de Barack Obama qui a scellĂ© ce pacte en 2015. Sa remise en cause, au nom de l'intĂ©rĂȘt national et du slogan "America First", serait un nouvel accroc au multilatĂ©ralisme, aprĂšs le retrait des Etats-Unis de l'accord sur le climat ou de l'Unesco.

Et si l'administration Trump martĂšle que "l'AmĂ©rique d'abord ne signifie pas l'AmĂ©rique seule", Washington risque d'ĂȘtre isolĂ© tant les autres signataires dĂ©fendent l'accord de Vienne. Le texte a Ă©tĂ© conclu par TĂ©hĂ©ran avec six grandes puissances (Etats-Unis, Chine, Russie, France, Royaume-Uni et Allemagne) pour garantir le caractĂšre exclusivement civil du programme nuclĂ©aire iranien, en Ă©change d'une levĂ©e des sanctions. Depuis, l'Agence internationale de l'Ă©nergie atomique (AIEA) a constamment confirmĂ© le respect des engagements iraniens.

Mais Donald Trump a promis de "dĂ©chirer" ce texte car l'Iran reste Ă  ses yeux un "Etat voyou". Or une loi amĂ©ricaine oblige le prĂ©sident Ă  "certifier", ou non, devant le CongrĂšs, tous les 90 jours, que TĂ©hĂ©ran respecte l'accord et que ce dernier est conforme Ă  l'intĂ©rĂȘt national des Etats-Unis. Et tout indique que cette fois, le milliardaire rĂ©publicain va refuser de le "certifier".

Le secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson et d'autres membres du gouvernement ont longtemps plaidé pour qu'une distinction soit faite entre ce texte, exclusivement axé sur le nucléaire, et les autres "activités nuisibles" reprochées à Téhéran, comme le développement de missiles et son rÎle "déstabilisateur" dans plusieurs pays (Syrie, Liban, Yémen, Bahreïn...). "Vouloir tout mélanger, c'est prendre le risque de tout perdre", approuvait récemment une source diplomatique française. "La menace existentielle pour le monde, c'est la bombe. L'accord nucléaire n'est pas là pour résoudre les problÚmes du Liban."

- Retour au CongrĂšs -

C'est cette distinction qui a poussé Donald Trump à "certifier" à deux reprises, depuis son arrivée à la Maison Blanche, l'accord iranien --de trÚs mauvaise grùce. Vendredi, sa décision, attendue à 12H45 (18H45 à La Réunion), va s'inscrire dans une "stratégie" plus vaste pour contrer l'influence du régime iranien au Moyen-Orient: Washington a déjà sanctionné son programme balistique, vient d'annoncer de nouvelles mesures contre le Hezbollah libanais, soutenu par l'Iran, et une des options qui circulent consisterait à désigner les Gardiens de la révolution, l'armée d'élite iranienne, comme "organisation terroriste".

Mais Donald Trump a tellement focalisé le débat sur l'accord de 2015 qu'une "non-certification" va ouvrir une période de turbulences.
Théoriquement, cette décision ne correspond pas à une dénonciation de l'accord, ont souligné ces derniÚres semaines des responsables de l'administration américaine.

Une "non-certification" envoie en fait la balle dans le camp du CongrÚs américain: les parlementaires ont 60 jours pour décider de ré-imposer, ou non, les sanctions levées depuis 2015. Un retour des sanctions signerait, lui, la mort de l'accord. Que vont faire les élus américains? "C'est notre inquiétude", reconnaßt un diplomate occidental, pressant les sénateurs de trouver un "compromis pour ne pas tuer l'accord".

Le sĂ©nateur dĂ©mocrate Chris Coons prĂ©vient aussi qu'une "non-certification" risque d'ĂȘtre "mal comprise" par les alliĂ©s des Etats-Unis. "C'est une pĂ©riode Ă  hauts risques", estime-t-il. Rex Tillerson a d'ailleurs appelĂ© jeudi et ses derniers jours ses homologues français, britannique, chinois et russe "pour Ă©voquer la dĂ©cision" amĂ©ricaine, a fait savoir le dĂ©partement d'Etat.

Les dĂ©tracteurs de l'accord espĂšrent que cette phase permettra de convaincre les EuropĂ©ens de le renĂ©gocier pour le rendre plus strict encore. Mais Paris, Londres et Berlin, dont les entreprises ont commencĂ© Ă  rĂ©investir le marchĂ© iranien, ont Ă©cartĂ© toute possibilitĂ© de rouvrir les dĂ©bats sur le texte lui-mĂȘme.

La réaction de l'Iran sera aussi scrutée attentivement. "Si les Etats-Unis prennent une position hostile à l'égard d'un accord international", "ils ne s'opposeront pas seulement à l'Iran mais au monde entier", a assuré le président iranien Hassan Rohani. Téhéran a aussi mis en garde contre un ciblage des Gardiens de la révolution, qui enverrait à ses yeux Washington dans "le camp des terroristes".
Le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif a toutefois dit, fin septembre, que la décision iranienne dépendait aussi, in fine, "de comment réagiront les Européens".

AFP

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