Israël

Accusations de "racisme" aprĂšs le vote d'une loi sur "l'Etat-nation juif"

  • PubliĂ© le 19 juillet 2018 Ă  18:43
  • ActualisĂ© le 19 juillet 2018 Ă  21:12
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu assiste à une session du Parlement avant le vote d'une loi controversée le 18 juillet 2018 à Jérusalem

Le Parlement d'Israël a adopté jeudi une loi définissant le pays comme "l'Etat-nation du peuple juif", un texte polémique qui suscite des accusations de "racisme" envers la minorité arabe, en dépit de l'amendement d'un article controversé.

La loi, adoptĂ©e par 62 voix contre 55, fait de l'hĂ©breu la seule langue officielle d'IsraĂ«l, alors que l'arabe avait auparavant un statut identique. Elle dĂ©clare que l'Ă©tablissement de "localitĂ©s juives (sur le territoire israĂ©lien) relĂšve de l'intĂ©rĂȘt national" et proclame que JĂ©rusalem est la capitale d'IsraĂ«l, y compris la partie orientale de la ville annexĂ©e et occupĂ©e.

La loi labelle "l'Etat d'IsraĂ«l comme l'Etat national du peuple juif oĂč celui-ci applique son droit naturel, culturel, religieux, historique" prĂ©cisant que "le droit d'exercer l'auto-dĂ©termination au sein de l'Etat d'IsraĂ«l est rĂ©servĂ© uniquement au peuple juif".

L'article le plus controversé, qui évoquait la possibilité de créer des localités exclusivement réservées aux juifs, excluant les citoyens arabes israéliens, a en revanche été amendé. Les Arabes israéliens sont les descendants des Palestiniens restés sur leurs terres à la création d'Israël en 1948. Ils représentent 17,5% de la population israélienne trÚs majoritairement juive et se disent victimes de discriminations.

"Apartheid"

Le texte amendĂ© spĂ©cifie que "l'Etat considĂšre que le dĂ©veloppement des localitĂ©s juives relĂšve de l'intĂ©rĂȘt national et que l'Etat prendra les mesures pour encourager, faire avancer et servir cet intĂ©rĂȘt". La formulation initiale avait suscitĂ© une vague de critiques, notamment du prĂ©sident Reuven Rivlin, du procureur gĂ©nĂ©ral Avishai Mandelblit et de la dĂ©lĂ©gation de l'Union europĂ©enne en IsraĂ«l en raison de son caractĂšre jugĂ© discriminatoire.

La nouvelle formule, plus vague, a toutefois été également dénoncée avec force par l'opposition, notamment le député arabe Ayman Odeh, qui a brandi durant le débat un drapeau noir à la tribune pour marquer "la mort de notre démocratie". Un autre député arabe, Youssef Jabareen, a affirmé que cette loi encourageait "non seulement la discrimination, mais aussi le racisme, elle va perpétuer le statut d'infériorité des Arabes en Israël", l'Etat hébreu agissant comme "un mouvement juif et colonial, qui poursuit la judéisation de la terre".

La députée d'opposition travailliste, Shelly Yachimovich, a elle aussi affirmé à la radio militaire qu'il s'agissait d'une loi "raciste". Le secrétaire général de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) Saëb Erakat a lui estimé sur Twitter que le texte légalisait "officiellement l'apartheid".

L''Union européenne s'est dite "préoccupée" par l'adoption de cette loi car cela risque de "compliquer" la solution à deux Etats pour régler le conflit israélo-palestinien, et la Ligue arabe, la jugeant "dangereuse", a jugé qu'elle consolidait des "pratiques racistes". Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui avait fait de ce texte son cheval de bataille, s'est félicité du vote. "C'est un moment décisif dans l'histoire de l'Etat d'Israël qui inscrit dans le marbre notre langue, notre hymne et notre drapeau", a-t-il proclamé.

L'arabe, "statut spécial"

Et, lors des dĂ©bats, le dĂ©putĂ© du Likoud --le parti de M. Netanyahu--, Avi Dichter, qui Ă©tait le rapporteur de la loi, a lancĂ© aux dĂ©putĂ©s arabes: "vous n'Ă©tiez pas ici avant nous et vous ne resterez pas ici aprĂšs nous. Nous avons fait passer cette loi fondamentale pour empĂȘcher la moindre vellĂ©itĂ© ou tentative de transformer l'Etat d'IsraĂ«l en une nation de tous ses citoyens".

La loi entre dans la catégorie des lois fondamentales qui font office de constitution en Israël. A propos de la langue officielle, aucune loi n'ayant été votée à ce sujet depuis la création de l'Etat d'Israël en 1948, l'hébreu et l'arabe étaient jusqu'à présent tous les deux considérées comme des langues quasi-officielles, utilisées dans tous les documents étatiques.

AprÚs le vote de la loi, l'arabe n'aura qu'un "statut spécial", qui n'est pas précisément défini. Pour Shuki Friedman, membre du groupe de réflexion Israel Democraty Institut, la loi a un caractÚre avant tout symbolique, mais elle va contraindre les tribunaux à prendre en compte le caractÚre juif de l'Etat ce qui va aboutir à une "interprétation plus restrictive des droits des Arabes".

En soulignant le caractÚre juif de l'Etat, cela "réduit, indirectement, son caractÚre démocratique", a ajouté Shuki Friedman.
 

- © 2018 AFP

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