Plus de 40 ans aprĂšs le meurtre du petit GrĂ©gory, sa grand-tante est une nouvelle fois entendue par la justice vendredi, soupçonnĂ©e d'ĂȘtre l'un des corbeaux qui a menacĂ© la famille des annĂ©es durant, une accusation "lunaire", selon sa dĂ©fense.
Jacqueline Jacob, 81 ans, dont l'Ă©poux Marcel est un frĂšre de la grand-mĂšre du petit garçon, est arrivĂ©e peu avant 10H00 Ă la cour d'appel de Dijon, chargĂ©e de l'enquĂȘte sur l'un des crimes non rĂ©solus les plus emblĂ©matiques de France.
Entourée de ses avocats et de son mari, elle a gardé le silence, tout comme ses conseils, face à la meute des caméramans et photographes qui l'accompagnait à pied jusqu'au palais de justice.
L'octogĂ©naire, dĂ©jĂ soupçonnĂ©e en 2017, subit son second interrogatoire en vue d'une possible mise en examen, aprĂšs 41 ans d'une enquĂȘte chaotique sur l'assassinat de GrĂ©gory Villemin, retrouvĂ© noyĂ© pieds et mains liĂ©s Ă l'Ăąge de 4 ans, le 16 octobre 1984, dans une riviĂšre des Vosges.
A l'issue de cet interrogatoire, elle est susceptible d'ĂȘtre mise en examen pour "association de malfaiteurs criminelle". DĂ©jĂ en 2017, Mme Jacob avait Ă©tĂ© poursuivie, alors pour "enlĂšvement et sĂ©questration suivie de mort", et mĂȘme emprisonnĂ©e durant quatre jours. Cette mise en examen avait cependant Ă©tĂ© annulĂ©e en mai 2018, pour un vice de forme, dans un Ă©niĂšme couac de cette laborieuse enquĂȘte.
La grand-tante est soupçonnĂ©e d'ĂȘtre l'un des corbeaux - il y en aurait cinq selon une expertise - qui ont menacĂ© pendant des annĂ©es la famille Villemin. Elle aurait Ă©galement revendiquĂ© le crime, selon les juges enquĂȘteurs.
La famille Villemin avait reçu des dizaines de lettres et appels anonymes dans les années précédant la mort de Grégory. La réussite du jeune pÚre du garçonnet, Jean-Marie Villemin, suscitait des jalousies. Jacqueline Jacob, déléguée CGT, l'aurait traité de "chef de mes couilles" en 1982, selon des témoins. Les époux Marcel et Jacqueline Jacob ont nié toute haine.
Selon l'arrĂȘt du 18 juin dernier ordonnant l'interrogatoire de Mme Jacob, et que l'AFP a pu consulter, des expertises graphologiques datant de 2017, puis stylomĂ©triques - qui s'attachent Ă l'orthographe et les tournures de phrases - de 2021 et 2023, attribuent Ă Mme Jacob trois courriers anonymes de 1983, dont celui du 4 mars qui menace directement les Villemin. "Je vous ferez votre peau" (sic), y Ă©tait-il Ă©crit.
La stylomĂ©trie soutient de plus "trĂšs fortement l'hypothĂšse" que Mme Jacob a Ă©crit la lettre du 16 octobre 1984 revendiquant le crime. "J'espĂšre que tu mourras de chagrin le chef (...) VoilĂ ma vengeance. Pauvre con", disait le courrier. Elle serait Ă©galement Ă l'origine de l'appel tĂ©lĂ©phonique anonyme de revendication passĂ© le mĂȘme jour.
- "Pseudos expertises" -
"Je pense avoir reconnu" sa voix, avait déclaré son beau-frÚre, René Jacob, aprÚs avoir écouté un enregistrement d'un corbeau devant les gendarmes le 2 août 2022.
DĂšs le dĂ©but des investigations, les enquĂȘteurs avaient pointĂ© du doigt la haine farouche entre les Jacob et les Villemin, faite de jalousies ancestrales.
En 2017, lors de sa premiÚre mise en examen, Mme Jacob avait proclamé sa "totale innocence".
Aujourd'hui, les arguments des juges enquĂȘteurs sont tout aussi "surrĂ©alistes et lunaires", rĂ©sume pour l'AFP FrĂ©dĂ©ric Berna, un des avocats de Mme Jacob, promettant de contester toute mise en examen.
La dĂ©fense de Mme Jacob dĂ©nonce notamment des "pseudos expertises en stylomĂ©trie", une mĂ©thode nouvelle dont la fiabilitĂ© doit encore ĂȘtre prouvĂ©e, et souligne que le procureur gĂ©nĂ©ral de Dijon lui-mĂȘme, Philippe Astruc, estime que les arguments Ă charge "ne suffisent pas Ă constituer des indices graves ou concordants" justifiant une mise en examen.
M. Astruc a notamment souligné qu'une expertise de 1991 avait attribué la lettre de revendication du crime, non pas à Mme Jacob, mais à Bernard Laroche, cousin du pÚre de Grégory qui avait été inculpé par la justice, puis tué par Jean-Marie Villemin.
En 2017, Mme Jacob était restée muette lors de son audition. Ce vendredi, "acceptera-t-elle de dire ce qu'elle sait sur la mort de Grégory?", se demande auprÚs de l'AFP Me François Saint-Pierre, un des avocats des parents de Grégory. "Ce serait, à notre sens, la seule attitude digne de sa part."
AFP
