Justice

Affaire Lambert: un comité de l'ONU demande le maintien provisoire des soins

  • PubliĂ© le 4 mai 2019 Ă  23:27
  • ActualisĂ© le 5 mai 2019 Ă  09:39
Vincent Lambert, le 3 juin 2015 (photo transmise par la famille de Vincent Lambert)

Le ComitĂ© international des droits des personnes handicapĂ©es de l'ONU (CIDPH) a demandĂ© Ă  la France de suspendre toute dĂ©cision d'arrĂȘt des soins de Vincent Lambert, dans l'attente d'une instruction sur le fond, a-t-on appris samedi auprĂšs des avocats des parents.

Cette annonce intervient quatre jours aprĂšs que la Cour europĂ©enne des droits de l'Homme (CEDH) avait, elle, ouvert la voie Ă  l'arrĂȘt des soins de Vincent Lambert, hospitalisĂ© Ă  Reims dans un Ă©tat vĂ©gĂ©tatif depuis 10 ans, en rejetant la demande de suspension d'une dĂ©cision du Conseil d'Etat. "La requĂȘte a Ă©tĂ© enregistrĂ©e et l'instruction commence devant ce comitĂ© international", une procĂ©dure qui dure "en pratique plusieurs annĂ©es", a assurĂ© Ă  l'AFP Me JĂ©rĂŽme Triomphe, l'un des avocats des parents.

L'Etat français dispose de six mois pour fournir ses observations au comité. En attendant, ce dernier demande à la France de veiller à ce que l'alimentation et l'hydratation de Vincent Lambert ne soient pas suspendues, en vertu de la convention relatives aux droits des personnes handicapées. "C'est une grande satisfaction: enfin une instance spécialisée va pouvoir se prononcer sur le fond de l'affaire. Est ce qu'il est normal qu'on tue une personne handicapée au motif qu'elle est handicapée? (...) Est-ce qu'il est à sa place dans un service de soins palliatifs, enfermé à clé dans une chambre (...) ou est-ce que sa place est dans une unité spécialisée?", a déclaré Me Triomphe. Il a également dit son "grand soulagement" car "il y a depuis plus d'un an un acharnement judiciaire et médical à faire mourir Vincent".

Ancien infirmier psychiatrique de 42 ans, Vincent Lambert se trouve en Ă©tat vĂ©gĂ©tatif Ă  la suite d'un accident de la route en 2008. Les dĂ©cisions sur un arrĂȘt des soins n'ont jamais Ă©tĂ© mises en oeuvre, freinĂ©es par de multiples imbroglios et recours juridiques successifs. L'affaire, devenue un symbole du dĂ©bat sur la fin de vie en France, dĂ©chire sa famille depuis six ans: d'un cĂŽtĂ©, les parents, un demi-frĂšre et une soeur s'opposent Ă  l'arrĂȘt des soins; de l'autre, son Ă©pouse Rachel, son neveu François et cinq frĂšres et soeurs du patient dĂ©noncent un acharnement thĂ©rapeutique.

L'avocat de François Lambert, Me Gérard Chemla, a déploré une demande "épouvantable". "Ce comité théodule vient rejuger" une nouvelle fois cette affaire, "et au nom des droits de l'Homme, bafoue les droits d'un homme qui souffre gratuitement depuis des années (...)", a-t-il réagi auprÚs de l'AFP.
"Je trouve insupportable qu'aujourd'hui, plus de 10 ans aprĂšs l'accident, on puisse encore en ĂȘtre lĂ  (...) Il y a un moment oĂč les choses doivent s'arrĂȘter."

François Lambert a pour sa part dĂ©noncĂ© "un simulacre". Le comitĂ© "se fait de la publicitĂ© sur le dos de Vincent, il n'a aucune autoritĂ© car il a juste le moyen de donner un avis. Sa position est indĂ©fendable", a-t-il dĂ©plorĂ©. Cette annonce apparait comme un nouveau rebondissement alors que la CEDH avait rejetĂ© mardi la requĂȘte des parents qui contestaient la dĂ©cision du Conseil d'Etat de suspendre les soins.

- © 2019 AFP

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