Afghanistan : 10 morts dans des frappes imputĂ©es au Pakistan, Kaboul promet une riposte

  • PubliĂ© le 25 novembre 2025 Ă  14:49
  • ActualisĂ© le 25 novembre 2025 Ă  15:11
Des Afghans se rassemblent devant une maison endommagée par une frappe pakistanaise à Asadabad dans l'est de l'Afghanistan le 25 novembre 2025

Le gouvernement taliban a assurĂ© mardi qu'il riposterait "de façon appropriĂ©e" et "en temps voulu" aux frappes imputĂ©es au Pakistan ayant fait dix morts et des blessĂ©s en Afghanistan, interrompant une trĂȘve fragile officiellement toujours en vigueur.

Au lendemain d'un attentat-suicide visant les forces de sécurité pakistanaises, les frappes sur l'Afghanistan ont été menées dans la nuit sur trois régions frontaliÚres, d'aprÚs le porte-parole du gouvernement taliban, Zabihullah Mujahid.

Les relations entre le Pakistan et l'Afghanistan, en dents de scie depuis le retour au pouvoir des talibans à Kaboul en 2021, se sont détériorées récemment, le Pakistan se plaignant d'une résurgence d'attaques contre ses forces de sécurité et procédant à des expulsions d'Afghans, réfugiés ou installés illégalement sur son sol.

Dans la province de Khost, les forces pakistanaises "ont bombardé la maison d'un civil (...) Neuf enfants (cinq garçons et quatre filles) et une femme ont été tués", écrit M. Mujahid sur X.

D'aprÚs Mustaghfir Gurbuz, porte-parole du gouverneur de Khost, des drones et des avions ont mené ces raids.

Dans le secteur de Jige Mughalgai, tout prĂšs de la frontiĂšre, un correspondant de l'AFP a vu des habitants fouiller les dĂ©combres d'une maison effondrĂ©e et des tombes ĂȘtre creusĂ©es avant les funĂ©railles des victimes.

"Voici ce que nous demandons au gouvernement du Pakistan: ne visez pas des gens ordinaires. Les civils n'ont rien fait de mal", a déclaré auprÚs de l'AFP Sajidulrahmane, un habitant.

Selon le porte-parole du gouvernement taliban, d'autres provinces orientales ont Ă©tĂ© touchĂ©es par des raids, celles de Kunar et de Paktika, oĂč quatre blessĂ©s ont Ă©tĂ© recensĂ©s.

A Kunar, le toit d'une maison a été aplati et le rez-de-chaussé endommagé, a constaté un correspondant de l'AFP.

Contactée par l'AFP, l'armée pakistanaise n'a pas commenté.

- Attaques au Pakistan -

En octobre, les deux pays se sont affrontĂ©s avec une rare intensitĂ©, faisant environ 70 morts, avant de se retrouver pour plusieurs cycles de nĂ©gociations dĂ©bouchant sur une trĂȘve.

Mais celle-ci a des contours flous puisque, malgré la médiation du Qatar et de la Turquie, Kaboul et Islamabad ne sont pas parvenus à la concrétiser.

Les frappes pakistanaises de mardi surviennent ainsi au lendemain d'un attentat-suicide contre le QG des forces de sécurité pakistanaises dans une province frontaliÚre de l'Afghanistan.

S'il n'a pas été revendiqué dans l'immédiat, la chaßne de télévision d'Etat pakistanaise PTV a rapporté que les assaillants seraient des "ressortissants afghans".

Le 11 novembre, un autre attentat devant un tribunal d'Islamabad avait fait 12 morts et des dizaines de blessĂ©s et avait Ă©tĂ© revendiquĂ© par une faction des talibans pakistanais, qui partagent la mĂȘme idĂ©ologie que les talibans afghans.

- "De concert" -

Islamabad a de nouveau accusĂ© mardi Kaboul d'ĂȘtre impliquĂ© dans cet attentat, affirmant qu'un des suspects avait "reconnu avoir des liens avec l'Afghanistan, ĂȘtre venu de lĂ -bas et y avoir Ă©tĂ© entraĂźnĂ©".

Diffusant les propos de ce suspect en conférence de presse, le ministre pakistanais de l'Information Attaullah Tarar a martelé qu'il existait "des preuves irréfutables que les talibans afghans et les talibans pakistanais ont agi de concert".

Islamabad, confrontĂ© Ă  une rĂ©surgence d'attaques contre ses forces de sĂ©curitĂ©, accuse inlassablement son voisin afghan "d'abriter", notamment dans les rĂ©gions frontaliĂšres, des groupes "terroristes", en tĂȘte desquels les talibans pakistanais (TTP).

Kaboul, qui dément, accuse lui aussi son voisin de soutenir des groupes armés qui lui sont hostiles et estime que les attaques contre les forces de sécurité pakistanaises sont un problÚme domestique, sur lequel il n'a pas la main.

Ces tensions surviennent en outre alors que l'Inde, ennemi historique du Pakistan, se rapproche de Kaboul.

En octobre, les violences avaient débuté alors que le chef de la diplomatie talibane, Amir Khan Muttaqi, était en visite à New Delhi.

Cette semaine, c'est le ministre du Commerce et de l'Industrie, Nooruddin Azizi, qui y a rencontré des responsables indiens, Kaboul voulant compenser la baisse des échanges avec le Pakistan en nouant des liens avec d'autres partenaires commerciaux.

La fermeture de la frontiĂšre depuis le 12 octobre empĂȘche les Ă©changes commerciaux bilatĂ©raux d'ordinaire importants.

AFP

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