[VIDEO] Mise en garde

Afghanistan: la France évacue, Macron avertit les talibans

  • PubliĂ© le 17 aoĂ»t 2021 Ă  04:50
  • ActualisĂ© le 17 aoĂ»t 2021 Ă  06:23
Des avions sur le tarmac de l'aéroport de Kaboul le 14 août 2021

La France a lancé lundi l'opération d'évacuation de ses derniers ressortissants d'Afghanistan, alors qu'Emmanuel Macron a prévenu les talibans qu'ils feraient "le choix d'une misÚre sans fin" s'ils optaient pour "l'obscurantisme", notamment envers les Afghanes.

Regardez l'allocution du Président de la République

 

Depuis le fort de BrĂ©gançon, Ă  Bormes-les-Mimosas (Var), oĂč il est en vacances, le chef de l'Etat a affirmĂ© lors d'une allocution tĂ©lĂ©visĂ©e que la prioritĂ© de Paris Ă©tait d'Ă©vacuer les Français encore prĂ©sents en Afghanistan, notamment des diplomates, des humanitaires et des journalistes, dont le nombre est Ă©valuĂ© Ă  quelques dizaines.

Mais "notre devoir et notre dignité" est aussi "de protéger" les Afghans qui ont aidé la France et sont, de ce fait, menacés par les talibans, qu'ils soient "interprÚtes, chauffeurs ou cuisiniers", a ajouté Emmanuel Macron.

Pour les prendre en charge, deux avions de transport militaires - un C130 et un A400M - et des forces spéciales étaient attendus "dans les prochaines heures" à l'aéroport de Kaboul, a-t-il confirmé.

Mais l'incertitude demeurait sur la possibilité qu'ils puissent rapidement s'y poser alors que les Américains, qui contrÎlent le site, avaient décidé lundi de suspendre tous les vols, civils et militaires, aprÚs l'envahissement du tarmac par des Afghans souhaitant fuir le pays. Les deux appareils français se poseront ensuite sur la base aérienne française d'Al Dhafra, à Abou Dhabi, avant de rejoindre la France.

- "Réponse unie" -

Au lendemain du retour au pouvoir des talibans, prĂšs de 20 ans aprĂšs le dĂ©but de l'intervention amĂ©ricaine, Emmanuel Macron a consacrĂ© une bonne partie de la journĂ©e de lundi Ă  ce "tournant historique" qui va avoir "des consĂ©quences majeures pour l'ensemble de la communautĂ© internationale, pour l’Europe, et pour la France".

Il a ainsi présidé un Conseil de défense et s'est entretenu avec la chanceliÚre allemande Angela Merkel et le Premier ministre britannique Boris Johnson afin de déterminer une position commune avec les principaux partenaires de Paris.

Comme pour eux, la prioritĂ© de la France est, selon lui, que l'Afghanistan ne puisse pas "redevenir le sanctuaire du terrorisme qu'il a Ă©tĂ©" lorsqu'il accueillait Oussama Ben Laden, l'organisateur des attentats du 11 septembre 2001. "Des groupes terroristes sont prĂ©sents en Afghanistan et chercheront Ă  tirer profit de la dĂ©stabilisation", a-t-il mis en garde, en appelant Ă  "une rĂ©ponse (internationale) responsable et unie". "Nous ferons tout pour que la Russie, les Etats-Unis et l'Europe puissent efficacement coopĂ©rer, car nos intĂ©rĂȘts sont les mĂȘmes", a-t-il ajoutĂ©.

Emmanuel Macron a également appelé à "anticiper" et "protéger contre des flux migratoires irréguliers importants" qui "nourrissent les trafics de toute nature", alors que de nombreux Afghans tentent l'aventure de l'émigration clandestine et que la prise du pouvoir par les talibans risque d'accentuer le mouvement.

"Nous porterons donc, en lien avec l'Allemagne et d'autres européens, une initiative pour construire sans attendre une réponse robuste, coordonnée et unie", a-t-il poursuivi, en appelant à "la solidarité dans l'effort, l'harmonisation des critÚres de protection et la mise en place de coopérations avec les pays de transit" alors que l'Union européenne est déjà soumise à une intense pression migratoire.

- "L'honneur de la France" -

"L'Europe ne peut pas, à elle seule, assumer les conséquences de la situation actuelle", selon lui. Cette question est sensible alors que les Afghans ont constitué en 2020 10,6% des demandeurs d'asile dans l'UE (un peu plus de 44.000 sur quelque 416.600 demandes), le deuxiÚme contingent derriÚre les Syriens (15,2%), selon l'agence statistique de l'UE Eurostat.

A l'instar d'autres capitales, Paris a suspendu depuis juillet les expulsions de migrants afghans déboutés de leur demande d'asile. Tout comme une résurgence du terrorisme, une nouvelle vague migratoire est crainte par de nombreux responsables politiques, comme le patron des sénateurs LR Bruno Retailleau, qui a appelé la France et l'Europe à "faire preuve d'une fermeté qui leur a souvent manqué pour éviter une vague migratoire déstabilisatrice".

Mais l'écologiste Yannick Jadot a appelé l'UE et la France à "se préparer à accueillir en dignité les victimes des talibans". Emmanuel Macron a en outre défendu l'intervention passée de la France en Afghanistan, qu'il a qualifiée de "juste", tenant à s'adresser "d'abord à ceux qui ont combattu, aux familles de ceux qui sont morts ou ont été griÚvement blessés".

"C'est l'honneur de la France Ă  s'y ĂȘtre engagĂ©e", a-t-il appuyĂ©, en prĂ©cisant toutefois que ce type d'interventions militaires n'avait "pas vocation Ă  se substituer Ă  la souverainetĂ© des peuples ni Ă  imposer la dĂ©mocratie de l'extĂ©rieur". Intervenant aux cĂŽtĂ©s des AmĂ©ricains, la France a Ă©tĂ© prĂ©sente militairement en Afghanistan de 2001 Ă  2014 et a comptĂ© jusqu'Ă  prĂšs de 4.000 soldats dans ce pays au plus fort de l'engagement de l'Otan, au prix de 89 morts et 700 blessĂ©s.

AFP

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Romuald
Romuald
4 ans

DerriĂšre la fable de la lutte des Etats-Unis (et de la Fance) contre les Taliban, voici un petit rappel intĂ©ressant sur ceux qui les ont soutenus Ă  leurs dĂ©buts :Ceux qui ont fabriquĂ© les taliban. Pourquoi les Etats-Unis ont financĂ© le rĂ©gime de Kaboul.par François LAFARGUE publiĂ© le 17 septembre 2001 Ă  0h50AprĂšs l'heure de la stupĂ©faction vient le moment de l'explication. Si les motivations de cet acte de guerre contre l'AmĂ©rique sont encore difficiles Ă  cerner, l'identitĂ© de leurs auteurs semble se prĂ©ciser. Le mot taliban et le nom d'Oussama ben Laden semblent s'imposer. A dĂ©faut de savoir qui sont exactement ces taliban, vaste nĂ©buleuse de Pachtouns afghans et d'Arabes venus du Golfe, la question: "Qui les a fabriquĂ©s'" a dĂ©jĂ  une rĂ©ponse.Guerre d'Afghanistan. Malheureusement, les milliers de victimes du mardi 11 septembre constituent la rançon macabre des incohĂ©rences de la politique amĂ©ricaine en Afghanistan. Au dĂ©but des annĂ©es 80, les Etats-Unis apportĂšrent un soutien logistique important aux Afghans, engagĂ©s dans une guerre terrible contre l'Union soviĂ©tique. Un soutien symbolisĂ© par la fourniture de missiles sol-air, les redoutables Stinger. Cette aide amĂ©ricaine fut, dans les faits, gĂ©rĂ©e directement par le Pakistan et se porta essentiellement en faveur de l'un des chefs de la rĂ©sistance afghane, Gulbuddin Hekmatyar. Issu de l'ethnie pachtoun, population dont une partie vit Ă©galement au Pakistan (oĂč ils sont dĂ©nommĂ©s Pathan), Gulbuddin Hekmatyar Ă©tait un familier des cercles du pouvoir du Pakistan, notamment de Zia ul-Haq. L'aide amĂ©ricaine lui fut en majoritĂ© attribuĂ©e au dĂ©triment d'un autre chef militaire, le commandant Massoud. Ce dernier, un Tadjik (25 % de la population de l'Afghanistan), inspirait moins confiance Ă  Islamabad.PremiĂšre trahison. A la fin de la guerre d'Afghanistan, les soldats de Gulbuddin Hekmatyar, enhardis par leur succĂšs, entreprirent un nouveau combat contre cette AmĂ©rique impie, accusĂ©e de persĂ©cuter les musulmans en Bosnie et en Somalie. Le symbole de cette lutte fut le premier attentat contre le World Trade Center, en fĂ©vrier 1993. PremiĂšre trahison. C'est Ă  ce moment-lĂ  que les AmĂ©ricains prennent conscience de la menace que reprĂ©sentent ces mouvements extrĂ©mistes.Washington dĂ©cide alors de mettre sur pied et de financer, avec le concours de l'Arabie Saoudite et du Pakistan, un mouvement dĂ©nommĂ© les taliban, avec deux objectifs en tĂȘte. La prioritĂ© est d'Ă©radiquer les mouvements islamistes prĂ©sents en Afghanistan en instaurant un rĂ©gime politique rigoriste et stable, Ă  l'image de celui de l'Arabie Saoudite.Mais le financement des taliban s'explique Ă©galement par un intĂ©rĂȘt pĂ©trolier largement oubliĂ© aujourd'hui. En ce milieu des annĂ©es 90, les hydrocarbures de la mer Caspienne et des Etats riverains suscitent les convoitises du consortium amĂ©ricain Unocal. Or cette rĂ©gion d'Asie centrale est enclavĂ©e. L'idĂ©e va alors germer de construire un gazoduc, doublĂ© d'un olĂ©oduc partant du TurkmĂ©nistan, et qui devrait dĂ©boucher sur l'ocĂ©an Indien en passant Ă  travers l'Afghanistan.Ce pĂ©trole et ce gaz auraient pu ĂȘtre Ă©vacuĂ©s par le sud Ă  travers l'Iran. Mais la loi d'Amato interdit tout investissement amĂ©ricain dans ce pays. Les autres voies Ă  travers la Turquie ou le Caucase sont jugĂ©es dangereuses (rĂ©bellion kurde, guerre de TchĂ©tchĂ©nie...). Reste le trajet Ă  travers l'Afghanistan. Ces hydrocarbures permettront d'alimenter les nouveaux marchĂ©s d'Asie comme la Chine, contrainte dĂ©jĂ  d'importer 12 % de son pĂ©trole.Toutefois, la construction de ce gazoduc ne peut se concrĂ©tiser dans un pays plongĂ© dans l'anarchie. L'arrivĂ©e des taliban est donc vue sous un angle favorable. Le dĂ©partement d'Etat amĂ©ricain comme les lobbies pĂ©troliers amĂ©ricains vont faciliter la victoire des taliban, en accord avec le Pakistan et l'Arabie Saoudite. Le Pakistan, chef d'orchestre, gagnera une profondeur stratĂ©gique face Ă  l'Inde, et l'Arabie Saoudite poursuit sa politique d'endiguement du chiisme (rite majoritaire en Iran et en Irak).Pavot. Parvenus au pouvoir Ă  Kaboul en septembre 1996, les taliban vont trahir les Etats-Unis. La culture du pavot (l'Afghanistan devient l'un des principaux producteurs) leur offre la libertĂ© de quitter la tutelle amĂ©ricaine et de financer leur prosĂ©lytisme religieux.L'engrenage est inĂ©luctable et, en aoĂ»t 1998, sont perpĂ©trĂ©s deux attentats, en Tanzanie et au Kenya. DeuxiĂšme trahison pour les Etats-Unis. Ces Ă©vĂ©nements politiques et la condamnation de l'Afghanistan obligent alors l'Unocal Ă  suspendre son projet pĂ©trolier, en dĂ©cembre 1998. Les rĂȘves de profits fabuleux grĂące Ă  l'or noir de la Caspienne s'Ă©vanouissent.Soucieux de sortir de leur ghetto et convaincus par le montant de l'aide internationale, les taliban s'Ă©taient engagĂ©s, au dĂ©but de l'annĂ©e 2000, Ă  Ă©radiquer les cultures de pavot. Depuis, les rĂ©coltes de pavot auraient Ă©tĂ© divisĂ©es par deux en Afghanistan. Mais la lutte contre la culture du pavot permet de justifier les reprĂ©sailles et les exactions contre des populations rebelles tels les chiites Hazaras. Surtout, les observateurs des Nations unies chargĂ©s de contrĂŽler l'Ă©radication des cultures ne peuvent pas se rendre sur l'ensemble du territoire afghan. De plus, le relief montagneux du pays (40 % de l'Afghanistan est situĂ© Ă  plus de 1 800 mĂštres d'altitude) est un atout pour les trafiquants, car il rend difficile la localisation prĂ©cise des champs de pavot par les satellites amĂ©ricains. Enfin, cette mesure d'Ă©radication pourrait n'ĂȘtre que temporaire et destinĂ©e simplement Ă  rĂ©guler un marchĂ© marquĂ© par la surproduction.Opium, pĂ©trole et taliban, tels sont les principaux ingrĂ©dients du malheur afghan.

Christian Charles
Christian Charles
4 ans

Macron a fait les gros yeux aux talibans '' "Macron a prĂ©venu les talibans qu'ils feraient "le choix d'une misĂšre sans fin" s'ils optaient pour "l'obscurantisme", notamment envers les Afghanes. "Macron menace ceux qui optent pour l'obscurantisme' ''Macron sait-il qu'en France la vie n'est pas rose pour un trĂšs grand nombre de femmes ''Quelle est la portĂ©e, internationale et nationale de ce type de discours : NÉANT ''

Louiz
Louiz
4 ans

Une soixantaine de soladts français tuĂ©s, plus de 700 blessĂ©s, des millions jetĂ©s par la fenĂȘtre.....dans le vide, vu que le dĂ©part anticipĂ© des forces internationales a laissĂ© le pays dans une hĂ©catombe .... Merci Mr le PrĂ©sident de blablater et de montrer du doigt votre propre Ă©chec et les dĂ©penses inutiles pour les français.... On retient en parallĂšle l'affaire Ben Hallah, la nomination de ministre et dĂ©lĂ©guĂ©s pour la plupart ayant une affaire judiciaire en cours, la rĂ©pression des gilets jaunes, des infirmiĂšres, des anti pass, etc .... Vivement l'annĂ©e prochaine.

Intervention de Biden
Intervention de Biden
4 ans

Le plus important Ă  Ă©tĂ© l'intervention de Biden qui assume le retrait des États Inis de l'Afghanistan. Macron : il reste les Ă©lections prĂ©sidentielles de 2022 pour le choix d'un nouveau prĂ©sident.