MisĂšre

Afghanistan : la peur et la faim, dans les grottes de Bamiyan

  • PubliĂ© le 9 octobre 2021 Ă  02:57
  • ActualisĂ© le 9 octobre 2021 Ă  07:32
Des enfants de l'ethnie hazara jouent sur une falaise prĂšs des grottes oĂč habitent des familles Ă  Bamiyan le 3 octobre 2021

Ils survivaient au jour le jour, dans une misĂšre moyenĂągeuse. La conquĂȘte de leur vallĂ©e mythique par les talibans a ajoutĂ© la peur et la faim au calvaire des habitants des grottes taillĂ©es dans les falaises de Bamiyan.

Les niches qui abritaient les deux bouddhas géants, avant qu'ils ne soient pulvérisés à l'explosif en 2001 par les talibans, sont à moins de trois kilomÚtres, dans cette région du centre de l'Afghanistan. Pauvres parmi les pauvres, plusieurs centaines de familles squattent, certaines depuis des années, les cavités creusées dÚs le VIÚme siÚcle par les moines bouddhistes dans le grÚs couleur caramel.

Celle de Fatima (elle n'accepte de révéler que son prénom), 55 ans, s'est en partie effondrée lors des pluies du printemps 2020. Ils s'entassent depuis à quatre dans une grotte de trois mÚtres sur deux. "Nous vivions dans la misÚre et le malheur, maintenant la peur s'est ajoutée" dit-elle, le visage à moitié caché par son voile. "Nous ne mangerons pas ce soir. L'hiver sera bientÎt là, nous n'avons rien pour nous chauffer".

L'arrivĂ©e en aoĂ»t des hommes aux Ă©tendards blancs dans la vallĂ©e, l'une des plus belles du pays, Ă©pargnĂ©e par les combats pendant 20 ans contrairement au reste de la province, mĂȘme si elle a connu quelques attentats, a paralysĂ© toute activitĂ©, Ă  part la rĂ©colte des pommes de terre, seule culture possible Ă  2.500 m d'altitude.

PrivĂ©s de leurs emplois de manƓuvres, de journaliers, de portefaix, les hommes ne rapportent plus les quelques billets qui permettaient de calmer, jusqu'au lendemain, la morsure de la faim. "Je descends au bazar de (la ville de) Bamiyan tous les matins, mais je remonte sans rien" dit Mahram, 42 ans, solide maçon au visage brĂ»lĂ© par le soleil. "Quand il y avait du travail, je gagnais 300 Afghanis (trois euros) par jour".

"En plus, tous les prix ont augmenté. Pour l'instant nous envoyons les enfants récolter les pommes de terre. Les paysans leur en donnent en guise de salaire. C'est tout ce que nous avons, avec un peu de pain", ajoute-t-il. "Mais dans dix jours la récolte est finie, et là nous allons vraiment avoir faim. Des gens vont mourir".

- 'Le froid va arriver' -

Comme la majorité des habitants de la province, ils sont Hazaras, une minorité chiite persécutée depuis des siÚcles en Afghanistan. La victoire des talibans, sunnites radicaux, terrifie tout le monde sur la falaise.

"Cela fait trÚs peur, mais ils ne sont pas venus, et ne monteront sans doute pas jusqu'à nous" dit Amena, 40 ans, mÚre de cinq enfants dont aucun ne va à l'école. "C'est une menace. Mais la seule chose qui compte, c'est trouver à manger. Et avec eux dans la vallée, c'est devenu encore plus difficile. Les hommes ne travaillent plus".

Elle Ă©carte le rideau qui ferme sa grotte. A l'intĂ©rieur, une estrade taillĂ©e dans la roche, deux coussins informes, un morceau de tapis usĂ© jusqu'Ă  la trame, un poĂȘle bancal qui a couvert le plafond d'une couche de suie. PrĂšs de l'entrĂ©e, un fagot de branches de pommes de terre, leur seul combustible. "Le bois, c'est trop cher", dit-elle.

L'électricité est inconnue. Pour l'eau, il faut descendre deux à trois fois par jour à la riviÚre, tout en bas dans la vallée. Des sentiers de chÚvre serpentent d'une grotte à l'autre, sur une paroi si pentue que le moindre orage interdit tout mouvement. "Quand il pleut, nous restons dedans et prions pour que rien ne s'effondre" dit Fatima.

A 25 ans, diplÎmé en sociologie qui n'a jamais trouvé d'emploi, Saifullah Aria est le chef-adjoint du conseil local. "Ici, les gens sont pauvres. TrÚs pauvres. Ils gagnaient cent, deux cents Afghanis par jour. Mais depuis six semaines, avec les talibans, plus rien. Ils ont faim. Un seul repas par jour, le plus souvent. Des morceaux de pommes de terre avec du pain. 

Avec le froid qui va bientÎt arriver, les plus faibles vont mourir, c'est certain". Il assure qu'aucune ONG ne s'est jamais intéressée à eux et que ses démarches auprÚs des autorités locales à Bamiyan sont restées sans réponse. "Moi, au printemps, j'ai reçu quelque chose" le contredit Jamila, 30 ans, mÚre de cinq enfants. "Une organisation afghane est venue, elle m'a donné une pelle". "Une pelle!" s'exclame Kamela, qui à 24 ans n'a qu'une fille. "Tu en as de la chance".

AFP

guest
0 Commentaires