Ouverture d'une période de forte incertitude

Afghanistan: les Etats-Unis ouvrent la derniĂšre phase de leur retrait

  • PubliĂ© le 1 mai 2021 Ă  06:14
  • ActualisĂ© le 1 mai 2021 Ă  07:30
Deux soldats américains dans la province de Helmand, en Afghanistan, le 13 juillet 2009

Les Etats-Unis commencent officiellement samedi le retrait de leurs derniers soldats d'Afghanistan, qui une fois achevé sonnera la fin d'une guerre de 20 ans pour eux, mais ouvrira une période de forte incertitude pour un pays sous l'emprise grandissante des talibans.

Dans les faits, le processus de retrait est déjà en cours, selon des responsables américains en Afghanistan, et la date du 1er mai est avant tout symbolique. Il s'agissait de l'échéance choisie lors de l'accord signé en février 2020 à Doha, au Qatar, avec les talibans par l'ancienne administration de Donald Trump, actant ce retrait.

Ces derniers jours, le ciel au-dessus de Kaboul et de la base aérienne toute proche de Bagram s'est plus souvent que d'ordinaire rempli d'hélicoptÚres américains, chargés de préparer ce grand départ, qui interviendra d'ici le 11 septembre, date du 20e anniversaire des attentats de 2001.

Les alliés de l'Otan ont eux commencé jeudi le retrait des contingents de la mission "Resolute Support", qui doit se faire de maniÚre coordonnée avec les Américains.

Le prĂ©sident Joe Biden avait confirmĂ© mi-avril le dĂ©part des 2.500 soldats encore prĂ©sents en Afghanistan. "L'heure est venue de mettre fin Ă  la plus longue guerre de l'AmĂ©rique", avait-il dĂ©clarĂ©, estimant que l'objectif de l'intervention, qui Ă©tait d'empĂȘcher l'Afghanistan de servir Ă  nouveau de base Ă  des attaques contre son pays, avait Ă©tĂ© rempli.

Les Etats-Unis étaient intervenus en Afghanistan dans la foulée des attentats de 2001 contre les tours jumelles de New York et le Pentagone. Ils ont chassé du pouvoir les talibans, accusés d'avoir accueilli la nébuleuse jihadiste Al-Qaïda responsable des attentats, avant de s'enliser.

Au plus fort de leur présence, en 2010-2011, quelque 100.000 militaires américains étaient déployés dans le pays. Plus de 2.000 Américains et des dizaines de milliers d'Afghans ont été tués au cours de ce conflit.

Depuis la signature de l'accord de Doha, les talibans se sont abstenus d'attaquer directement les forces étrangÚres. Mais ils se sont montrés sans pitié avec les troupes gouvernementales, qu'ils ne cessent de harceler dans les campagnes, tout en terrorisant les grandes villes avec des attentats ciblés.

L'annonce du dĂ©part des AmĂ©ricains n'a fait qu'exacerber la peur de nombreux Afghans, qui redoutent de voir les talibans revenir au pouvoir et imposer le mĂȘme rĂ©gime fondamentaliste que lorsqu'ils gouvernaient le pays, entre 1996 et 2001.

- Le chaos n'est pas exclu -

"Tout le monde est effrayĂ© Ă  l'idĂ©e de retourner aux jours sombres de l'Ăšre talibane", a dĂ©clarĂ© Ă  l'AFP Mena Nowrozi, une employĂ©e d'une radio privĂ©e Ă  Kaboul. "Les talibans sont toujours les mĂȘmes, ils n'ont pas changĂ©. Les Etats-Unis auraient dĂ» rester au moins une ou deux annĂ©es de plus".

Le président afghan, Ashraf Ghani, affirme que les troupes gouvernementales, qui depuis plusieurs mois déjà se battent seules sur le terrain - mais parfois avec le soutien aérien des Américains -, sont "pleinement capables" de résister aux insurgés.

Il veut aussi croire que le retrait américain signifie que les talibans n'ont plus de raison de continuer à se battre. "Qui tuez-vous? Qui détruisez-vous? Il en est maintenant fini de votre prétexte de tuer des étrangers", a-t-il dit cette semaine dans un discours.

Mais le chef d'état-major américain, le général Mark Milley, a reconnu mercredi ne pas pouvoir exclure l'éventualité d'un chaos total. "Dans le pire des cas, on a un effondrement du gouvernement afghan, un effondrement de l'armée afghane, on a une guerre civile, on a la catastrophe humanitaire qui va avec, puis le retour potentiel d'Al-Qaïda", a-t-il admis.

Abdul Malik, un policier de Kandahar (sud), dans une province qui est l'un des bastions historiques des talibans, a affirmĂ© Ă  l'AFP que les forces armĂ©es Ă©taient prĂȘtes. "Nous devons dĂ©fendre notre patrie (...) Nous ferons de notre mieux pour dĂ©fendre notre sol", a-t-il insistĂ©.

Rien ne garantit que les talibans n'attaqueront pas les troupes américaines ou de l'Otan pendant leur retrait. S'ils le faisaient, ce serait "pour faire saigner le nez d'un ennemi battu et pour l'humilier encore plus", souligne l'expert indépendant Nishank Motwani.

Pour Andrew Watkins, analyste à l'International Crisis Group, les prochaines semaines vont permettre à l'armée afghane et aux talibans "de se battre et d'évaluer leur adversaire sans le facteur supplémentaire qu'étaient les Etats-Unis".

AFP

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