Le parti est au pouvoir depuis 1994

Afrique du Sud: large victoire en vue pour l'ANC aux législatives

  • PubliĂ© le 9 mai 2019 Ă  15:04
  • ActualisĂ© le 9 mai 2019 Ă  15:20
Un bureau de vote Ă  Sophiatown, dans la banlieue de Johannesburg, juste avant la clĂŽture du scrutin le 8 mai 2019

Le CongrĂšs national africain (ANC), au pouvoir depuis 1994 en Afrique du Sud, s'acheminait jeudi vers une victoire confortable aux Ă©lections lĂ©gislatives, premier grand test politique pour le prĂ©sident Cyril Ramaphosa qui cherche Ă  redynamiser son parti empĂȘtrĂ© dans la corruption.

AprÚs dépouillements de plus d'un tiers (35,94%) des quelque 23.000 bureaux de vote du pays, l'ANC était crédité de 55,90% des suffrages et devrait donc renouveler sa majorité absolue à l'Assemblée nationale. La commission électorale (IEC) publie en direct le décompte des résultats bureau par bureau et les chiffres sont susceptibles de changer jusqu'aux résultats finaux.

S'il était confirmé, ce résultat marquerait un net recul du parti historique de Nelson Mandela, qui avait recueilli 62,15% des voix lors des législatives d'il y a cinq ans. L'Alliance démocratique (DA), principal parti d'opposition, pointait en deuxiÚme position avec 24,75% des voix, largement devant le parti radical de gauche des Combattants pour la liberté économique (EFF) avec 8,90%.

Le parti d'extrĂȘme-droite du Front de la libertĂ© (VF Plus) arrivait en quatriĂšme place (2,97%). S'ils confirment la stabilitĂ© du paysage politique national, ces rĂ©sultats traduisent toutefois un dĂ©sintĂ©rĂȘt croissant des Sud-Africains pour la vie politique de leur pays, puisque le taux de participation atteignait 65,48%, en nette baisse par rapport au scrutin de 2014 (73,48%).

Si la victoire de l'ANC se confirme, Cyril Ramaphosa, au pouvoir depuis fĂ©vrier 2018, devrait ĂȘtre réélu par les dĂ©putĂ©s et prĂȘter serment le 25 mai. SĂ»r de lui, le chef de l'Etat a assurĂ© mercredi, peu aprĂšs avoir votĂ©, que "les rĂ©sultats du scrutin constitueront un encouragement important aux investisseurs (...) Ă  la confiance des investisseurs", dans un pays gangrĂ©nĂ© par le chĂŽmage, la corruption et la pauvretĂ©.

- 'Erreurs' -

Vainqueur de tous les scrutins qui ont suivi la chute de l'apartheid et l'avÚnement de la démocratie il y a un quart de siÚcle, l'ANC a vu sa popularité plonger sous le rÚgne émaillé de scandales de son prédécesseur Jacob Zuma (2009-2018). Aux élections municipales de 2016, l'ANC a réalisé son plus mauvais score national en recueillant 54% des voix, cédant le contrÎle de villes comme Johannesburg et Pretoria.

Depuis qu'il a poussé Jacob Zuma vers une retraite anticipée début 2018, Cyril Ramaphosa a reconnu les "erreurs" commises par son parti et promis d'éradiquer la corruption et de relancer l'économie du pays en crise. Un an plus tard, l'ancien syndicaliste reconverti avec succÚs dans les affaires est resté populaire mais tarde à tenir ses promesses.

Tout au long de sa campagne Ă©lectorale, il a Ă©tĂ© confrontĂ© Ă  la dĂ©ception, l'impatience voire la colĂšre d'une part croissante de la population, qui s'estime toujours oubliĂ©e de la nation "arc-en-ciel" rĂȘvĂ©e par Nelson Mandela. "Nous leur avons donnĂ© vingt-cinq ans (de pouvoir) mais les pauvres sont toujours plus pauvres et les riches encore plus riches", a rĂ©sumĂ© mercredi Anmareth Preece, une institutrice de 28 ans, Ă©lectrice Ă  Coligny (nord-ouest). "Il nous faut un gouvernement qui gouverne pour le peuple, pas pour lui-mĂȘme", a-t-elle ajoutĂ©.

- 'Arrogance' -

Le bilan d'un quart de siÚcle de gouvernement ANC laisse sérieusement à désirer. Le chÎmage a atteint des proportions endémiques (27%), la corruption a gagné le plus haut sommet de l'Etat et les inégalités sociales et la pauvreté se creusent. Avant le scrutin, l'opposition a lourdement insisté sur ces échecs et appelé le pays à sanctionner l'ANC. "Changeons les choses", a lancé mercredi le chef de file de l'Alliance démocratique (DA) Mmusi Maimane, 38 ans.

"Si vous avez besoin de changement, les EFF sont la solution", a renchéri celui des Combattants pour la liberté économique (EFF), le bouillant Julius Malema, 38 ans lui aussi. Certains électeurs traditionnels les ont déjà rejoints.

"L'ANC a cru que nous ne le lùcherions pas, une certaine forme d'arrogance les a gagnés", a critiqué Mandla Booi, un ouvrier de 45 ans de Port-Elizabeth (sud). "Moi, j'ai préféré partir et j'ai pris ma carte de membre des EFF." Ces mouvements ne devraient toutefois pas menacer la majorité absolue du parti au pouvoir, comme les premiers résultats le suggÚrent. Malgré la victoire, Cyril Ramaphosa n'aura pas la tùche facile pour tenir ses promesses de réforme de grande ampleur.

Les observateurs anticipent de fortes rĂ©sistances au sein-mĂȘme de son parti, oĂč les partisans de l'ex-prĂ©sident Zuma disposent toujours d'une forte capacitĂ© de nuisance. "Plus haut sera le score de l'ANC, plus la marge de manoeuvre (de M. Ramaphosa) sera grande", a pronostiquĂ© pour l'AFP Dirk Coetzee, professeur Ă  l'universitĂ© d'Afrique du Sud (Unisa).

AFP

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