Etat islamique

Al-Mawla, "émir" brutal et mal connu du groupe

  • PubliĂ© le 22 juillet 2020 Ă  13:10
  • ActualisĂ© le 22 juillet 2020 Ă  13:47
Image transmise par le département d'Etat américain le 17 juillet 2020 d'une annonce de récompense pour des informations  concernant  al-Mawla, nouveau chef de l'EI

SurnommĂ© "le professeur" ou le "destructeur", il a notamment prĂ©sidĂ© au massacre de la minoritĂ© kurdophone des Yazidis. Mais le nouveau chef du groupe État islamique (EI) est aussi un relatif inconnu, qui doit encore prouver sa lĂ©gitimitĂ©.

Amir Mohammed SaĂŻd Abdel Rahman al-Mawla, jihadiste aux multiples alias dĂ©sormais prĂ©sentĂ© par l'État islamique comme "l'Ă©mir" Abou Ibrahim al-Hachimi al-Qourachi, devra assoir son pouvoir sur la reconstruction d'une organisation rĂ©siliente quoique dĂ©sormais dĂ©pourvue de territoire.

Car son arrivée au sommet de l'EI a témoigné d'un important déficit de notoriété. Désigné fin octobre 2019 par la direction de l'EI, le nouveau leader n'a été formellement identifié qu'aprÚs plusieurs mois par les services secrets irakiens et américains. Il succÚde à Abou Bakr al-Baghdadi, mort au terme d'un assaut américain.

La piste qui menait à cet homme d'origine turkmÚne, né probablement en 1976, semblait incertaine dans une organisation dont tous les dirigeants étaient auparavant arabes. Une origine ethnique qui avait poussé les Nations unies, dans un rapport de janvier 2020, à évoquer "un choix temporaire jusqu'à ce que le groupe trouve un émir plus légitime".

Le 24 mars dernier, le dĂ©partement d'État reconnaissait pourtant officiellement Mawla, alias Al-Qourachi, comme le nouveau chef de l'EI et le couchait sur la liste des plus importants "terroristes" de la planĂšte (Specially Designated Global Terrorist, SDGT).

Cet ancien officier de l'armée de Saddam Hussein, diplÎmé de l'université des sciences islamiques de Mossoul, s'engage dans les rangs d'Al-Qaida aprÚs l'invasion américaine en Irak et la capture de Saddam Hussein en 2003, selon le think tank Counter Extremism Project (CEP).

- "Liquidation de la minorité yazidie" -

Il est incarcĂ©rĂ© en 2004 dans la prison amĂ©ricaine de Bucca, considĂ©rĂ©e comme la pĂ©piniĂšre du jihadisme au Levant, oĂč il rencontre Baghdadi. LibĂ©rĂ© pour raisons inconnues, il s'engage aux cĂŽtĂ©s de son camarade de dĂ©tention, lequel prend en 2010 le contrĂŽle de la branche irakienne d?Al-Qaida avant de crĂ©er successivement l'État islamique en Irak, puis l'État islamique en Irak et en Syrie (Daech en arabe).

Selon le CEP, "Mawla s'est rapidement hissé au sein des rangs supérieurs de l'insurrection, et était surnommé +le professeur+ et le +destructeur+", acquérant une réputation d'homme brutal, notamment via l'élimination des opposants de l'émir au sein d'EI.

Sa ville natale de Tal Afar, à 70 kilomÚtres de Mossoul, voit proliférer les ateliers d'explosifs et les projets d'attentats. "Outre ses responsabilités dans un tel terrorisme de masse, Abou Omar le TurkmÚne joue un rÎle majeur dans la campagne jihadiste de liquidation de la minorité yazidie par les massacres, l'expulsion et l'esclavage sexuel", soulignait récemment Jean-Pierre Filiu, professeur à Sciences-Po Paris, spécialiste du jihadisme.

- L'EI "solvable, créative, mortelle" -

Aujourd'hui, Mawla doit redonner vigueur et activitĂ© Ă  un groupe certes affaibli au regard de "l'Ăąge d'or" du califat (2014-2019), mais qui bĂ©nĂ©ficie d'un dĂ©but de dĂ©sengagement amĂ©ricain dans la rĂ©gion et de l'Ă©nergie dĂ©ployĂ©e par les appareils d'États pour lutter contre la pandĂ©mie.

Ces derniers mois en Syrie, l'EI a ainsi réalisé en moyenne une attaque tous les trois jours, selon un dossier du Center for global policy (CGP) américain. Hicham al-Hachémi, l'un des meilleurs experts de l'EI récemment abattu à Bagdad, estimait pour sa part à 7 millions de dollars mensuels les revenus de l'organisation en Irak, entre investissements et taxes diverses.

"Malgré ses pertes sérieuses en territoire et en personnel, (Daech) reste financiÚrement solvable, créative, mortelle et encore une fois suffisamment confiante pour menacer ceux qui violent ses principes", confirmait le Dr. Abdullah Al-Ghadhawi, analyste et journaliste syrien, dans ce dossier du CGP.

Désormais, Mawla devra développer à la fois l'activité locale et internationale du groupe, affirme Seth Jones, spécialiste du terrorisme au Centre pour les études stratégiques internationales (CSIS) de Washington. "Il a une stratégie à la fois proche et lointaine, qu'il doit désormais mettre en oeuvre", explique-t-il à l'AFP.

Il pourrait considérablement consolider son autorité par une frappe majeure, du type des attentats de Paris en novembre 2015, "mais la structure des opérations extérieures de l'EI a été durement touchée", rappelle l'expert, qui juge plus probables des attaques opportunistes, organisées par des sympathisants sans coordination centrale, et "généralement moins destructrices".

En attendant, comme souvent dans ce type de mouvement, "des plaintes contre lui remontent du terrain", souligne Seth Jones. Mais "s'il rĂ©ussit et refonde un califat, si les États-Unis retirent leurs forces, s'il est capable de capitaliser sur d'autres pays, cela pourrait fonctionner longtemps et rĂ©duire les inquiĂ©tudes sur ses origines turkmĂšnes".

Reste un dilemme fondamental entre le besoin de devenir une figure inspirante pour les candidats au jihad et celui de ne pas s'exposer Ă  ceux qui veulent sa peau. Washington vient de doubler sa mise Ă  prix, de 5 Ă  10 millions de dollars.

AFP

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1 Commentaires
7AC
7AC
6 ans

"Libéré pour raisons inconnues"
Tout est lĂ , et aprĂšs, nous on pleure nos morts !