Viticulture

Alsace : en rouge et or, la Route des vins fĂȘte ses 70 ans

  • PubliĂ© le 15 novembre 2023 Ă  10:22
  • ActualisĂ© le 15 novembre 2023 Ă  11:59
Les vignobles aux alentours du village de Ammerschwihr, dans le Haut-Rhin, le 6 novembre 2023

Elle déroule sur 170 kilomÚtres ses couleurs, rouge et or à l'automne. Depuis 70 ans qu'elle serpente entre coteaux et villages, la Route des vins d'Alsace reste une référence de l'oenotourisme, tout en s'adaptant à l'Úre du numérique.

Dans son village de Goxwiller (Bas-Rhin), Raymond Koenig montre fiÚrement la cave et les énormes foudres (tonneaux géants de 10.000 litres) qui contiennent la récolte familiale en ce lieu depuis 1889.

La Route des vins, "c'Ă©tait une bonne idĂ©e, c'est certain", raconte celui qui continue Ă  vendanger Ă  84 ans et se souvient de la crĂ©ation de l'itinĂ©raire touristique en 1953. "C'Ă©tait une nouveautĂ© qui nous a vraiment plu. C'est quand mĂȘme une image de l'Alsace la Route des vins, une image touristique qui nous amĂšne du monde, qui fait connaĂźtre la rĂ©gion".

Dans son exploitation reprise par son fils Christophe, un couple de Parisiens s'est arrĂȘtĂ© pour sa visite annuelle aux Vins Koenig, d'oĂč il repart habituellement avec quatre Ă  six caisses.

"Le problĂšme de la Route des vins, c'est que c'est immensĂ©ment long. Il faut choisir: dans n'importe quel village, il y a 10 vignerons qui vous proposent de dĂ©guster", commente Jean-Louis Meyer, 69 ans, en reposant son verre. "Alors on va toujours aux mĂȘmes endroits."

La Route des vins d'Alsace est l'une des plus anciennes de l'Hexagone et aussi l'une des plus fréquentées, aprÚs les vignobles du Bordelais et de Champagne. Elle a attiré 7,7 millions de visiteurs en 2022, dont 45% d'étrangers si l'on compte les nuitées passées dans le vignoble au sens large.

"Ici, c'est plus populaire, on est accueilli pour ce qu'on est par des gens sympas", se réjouit M. Meyer.

- Yoga dans les vignes -

La, ou plutÎt les Routes des Vins: aprÚs la route pour les autos, l'itinéraire s'est doublé d'une véloroute depuis dix ans, tandis qu'une version pédestre doit voir le jour l'an prochain.

"C'est une grande dame qui n'a pas vieilli: elle se renouvelle sans arrĂȘt", se fĂ©licite Nathalie Kaltenbach, prĂ©sidente d'Alsace destination tourisme (ADT).

Au chapitre des innovations: des séances de yoga dans le vignoble, des balades en gyropode ou encore des ateliers de peinture au vin, avec l'idée de convaincre les visiteurs de séjourner durablement entre Vosges et Rhin.

Pour les vignerons, la vente au caveau "a beaucoup d'intĂ©rĂȘt: on se passe d'intermĂ©diaire", souligne Philippe Bouvet, directeur marketing du ComitĂ© interprofessionnel des vins d'Alsace (Civa). "C'est un vecteur de marge trĂšs intĂ©ressant."

Selon lui, les viticulteurs alsaciens réalisent environ un quart de leur chiffre d'affaires via la vente directe à leurs visiteurs, un ratio "beaucoup plus élevé" que dans le reste de la France.

Revers de la médaille: la popularité de la Route des vins a créé "une forme d'attentisme" chez certains vignerons, qui ont tendance "à attendre que le client arrive", observe-t-il.

- "Des fous" -

Ce n'est certes pas le cas de Céline et Yvan Zeyssolff, qui ont transformé leur exploitation de Gertwiller (Bas-Rhin) en un musée immersif, devenu quasi incontournable pour les visiteurs d'outre-Atlantique.

"Quand on s'est lancés dans l'oenotourisme il y a 25 ans, on nous a pris pour des fous", raconte Yvan.
Aujourd'hui, son domaine voit s'arrĂȘter des cars entiers de touristes amĂ©ricains Ă  peine descendus de leur croisiĂšre sur le Rhin. Ecouteurs sur les oreilles et verre Ă  la main, ils visitent la cave oĂč un film racontant l'histoire familiale est projetĂ© sur les fĂ»ts.

"Les gens n'achÚtent pas juste une bouteille de vin mais aussi une histoire. On partage avec eux notre vie de tous les jours", observe le vigneron, dont les ventes "ont explosé".

Outre les 20.000 visites annuelles de la cave avec dégustation (16 euros l'entrée), le domaine propose une épicerie, un salon de thé, un restaurant et un gßte de 28 lits, en cours d'agrandissement.

Le secret du succĂšs: "On a rĂ©ussi Ă  se crĂ©er une visibilitĂ© grĂące aux algorithmes", explique CĂ©line Zeyssolff, dont le site internet français/anglais permet de rĂ©server sa visite Ă  l'avance. "Contrairement Ă  il y a 20 ans, les gens ne s'arrĂȘtent plus par hasard: ils anticipent leur venue".

A Goxwiller, la famille Koenig entend bien elle-aussi profiter Ă  plein de l'Ă©conomie numĂ©rique: c'est l'ambition de MatĂ©o, 18 ans, le petit-fils de Raymond actuellement en BTS viticulture oenologie. "J'ai le sang viticulteur, je suis prĂȘt Ă  reprendre l'exploitation."

AFP

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