Animaux

Année faste pour les flamants roses sur un salin de Camargue

  • PubliĂ© le 5 aoĂ»t 2020 Ă  16:46
  • ActualisĂ© le 5 aoĂ»t 2020 Ă  16:55
Un flamant rose entouré de poussins à Aigues-Mortes, prÚs de Montpellier le 5 août 2020

Le soleil pointe à peine sur les salins d'Aigues-Mortes (Gard) mais déjà montent les cris rauques de flamants roses gardant une "crÚche" de poussins ciblée pour une opération de baguage: en 2020, ce site de Camargue connaßt un "baby-boom" d'échassiers.

En cette année marquée par la pandémie de coronavirus et le confinement, quelque 40.000 adultes et au moins 12.000 poussins de cette espÚce emblématique et protégée au plan international ont été recensés sur ces salins de 8.000 hectares, en bord de Méditerranée.

Jusqu'ici quelque 15.000 adultes avaient été observés chaque année à Aigues-Mortes et 1.000 à 1.500 naissances, soit environ dix fois moins que leur nombre en 2020. "C'est une année exceptionnelle!", se réjouit Florence Saki, directrice de la communication du groupe Salins, spécialiste du sel, qui met notamment en avant le travail des sauniers.

En partenariat avec la Tour du Valat, institut de recherche pour la conservation des zones humides mĂ©diterranĂ©ennes, ces derniers ont créé des Ăźlots artificiels, gĂ©rĂ© le mouvement des eaux et limitĂ© les dĂ©rangements pour stabiliser les grands Ă©chassiers, extrĂȘmement sensibles en pĂ©riode de reproduction. "Et puis, pour une fois, ce virus (le Covid-19) nous a un peu aidĂ©s parce qu'il y a eu moins de trafic aĂ©rien, moins d'hĂ©licoptĂšres, moins de nuisances, ce qui explique aussi ce chiffre", avance-t-elle.

Paradoxalement, l'opération annuelle de baguage des poussins menée conjointement par le groupe Salins et la Tour du Valat pour mieux étudier cet oiseau migrateur, a dû se contenter mercredi de 300 boules de plumes grises ---la coloration des flamants ne s'acquiert que progressivement via l'oxydation de carotÚne trouvée dans l'alimentation-- contre une moyenne habituelle de 800 à 900.

Pour des raisons sanitaires, seuls une quarantaine de "rabatteurs" et "bagueurs" masquĂ©s ont en effet pu ĂȘtre mobilisĂ©s au lieu des 150 qui habituellement encerclent la "crĂšche" et conduisent les poussins dans l'eau vers un enclos dressĂ© sur le sable.

- Phénix de Méditerranée -

LĂ , les bĂ©bĂ©s de deux Ă  trois mois, souvent apeurĂ©s ou rĂ©fractaires, sont baguĂ©s, pesĂ©s et mesurĂ©s avant d'ĂȘtre relĂąchĂ©s. Ces bagues, rĂ©guliĂšrement lues par des ornithologues du pourtour mĂ©diterranĂ©en, constituent une mine de renseignements sur les dĂ©placements, la durĂ©e de vie, la frĂ©quence des reproductions ou encore les sites d'alimentation.

Mercredi, un jeune adulte au plumage dĂ©jĂ  rose et rouge a mĂȘme Ă©tĂ© muni d'une balise Argos qui permettra de le suivre en temps rĂ©el. Alors qu'il avait cessĂ© de se reproduire en Camargue au cours des annĂ©es 1960, le flamant rose Ă©tait initialement revenu pour nidifier sur l'Ă©tang du Fangassier (Bouches-du-RhĂŽne) avant de privilĂ©gier depuis 2014 les salins d'Aigues-Mortes oĂč il semble moins perturbĂ©, notamment par des prĂ©dateurs comme le grand-duc.

Pour Jean Jalbert, directeur de la Tour du Valat, 2020 est donc bien "une année record" sur le site d'Aigues-Mortes. Et la Camargue accueille désormais une des plus grosses colonie de Méditerranée et surtout une des plus stables sur la quinzaine de sites favorables à la reproduction des flamants roses dans ce pourtour méditerranéen.

Difficile pourtant selon lui d'attribuer la cause de ce "baby-boom" au confinement. "Les flamants ne sont pas des volailles d'Ă©levage mais des oiseaux sauvages qui vont lĂ  oĂč ils estiment que les paramĂštres de vie et de reproduction sont les meilleurs", explique le responsable de l'institut de recherche basĂ© au Sambuc (Bouches-du-RhĂŽne) qui mĂšne des opĂ©rations de baguage depuis plus de 40 ans.

Quelque 50.000 flamants séjournent en été sur la cÎte méditerranéenne française et 500.000 sont recensés à travers le monde, notamment en Afrique, au Moyen-Orient ou en Asie du Sud-Est. "On a donc une population qui est en bon état de conservation", souligne M. Jalbert. "Le problÚme à présent, ce n'est pas l'espÚce, ce sont les milieux qui lui sont favorables - les grandes lagunes - qui disparaissent comme peau de chagrin à travers le monde sous la pression immobiliÚre, démographique ou économique", prévient-il.

A une échéance de quelques décennies, tous ces milieux humides risquent aussi de disparaßtre sous l'effet du réchauffement climatique engendrant la hausse du niveau des mers, craignent les défenseurs de l'environnement et singuliÚrement les amoureux du flamant rose, parfois comparé au phénix, légendaire oiseau de feu.

AFP

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