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AprĂšs la grippe aviaire, la reprise du foie gras, la peur au ventre

  • PubliĂ© le 3 septembre 2016 Ă  12:26
Des canetons dans une ferme à Caupenne, dans le sud-ouest de la France, le 31 août 2016

Cinq mois aprĂšs un vide sanitaire "traumatisant", gavage et abattage des palmipĂšdes reprennent progressivement dans le Sud-Ouest, oĂč foie gras et canard frais reviennent sur les Ă©tals.

Ballottés entre biosécurité draconienne et doute sur le retour du consommateur, les petits producteurs angoissent: "si ça revient, on fait quoi ?"
Dans leur salle de gavage de Caupenne (Landes), les époux Lalanne rejouent avec un sourire appliqué des gestes interdits depuis avril. Un premier lot de canards est au gavage (maïs cuit, deux fois par jour) depuis mardi, partira à l'abattoir sous huit jours. Dans une canetoniÚre à distance, l?éleveur couve du regard un lot de canetons arrivé lundi et qui "sera sur les tables à Noël".
"Reprendre, c'est un soulagement, oui", lùche Ghislaine, qui rappelle les "quatre mois sans revenus" (malgré un acompte d'indemnités) pour son ménage qui vit à 70% du canard. Mais un soulagement "teinté de stress, sous une épée de DamoclÚs", depuis les quelques nouveaux foyers d'influenza découverts en juillet-août dans trois des départements visés par le vide sanitaire jusque mi-mai.
Mauvaise pratique isolĂ©e ? ProblĂšme liĂ© au transport ? A un investissement de biosĂ©curitĂ© qui n'a pas Ă©tĂ© --pas pu ĂȘtre-- fait ? "On n'a pas de retour, on ne sait pas ce qu'il y a eu derriĂšre ces cas-lĂ ", gĂ©mit Ghislaine. "Alors on ne vit pas sereinement. On nous a fait faire un grand vide et dit que cela devrait suffire. Mais si ça revient, on fait quoi...?"
- Un "avant" et un "aprĂšs" -
"Il n'y a jamais eu autant de contrÎles, de prélÚvements, or les lots touchés représentent moins de 2%. Il y a quatre mois, c'était à 60-65%. La pression virale a drastiquement baissé", tempÚre Fabien Chevalier, directeur général d'un illustre transformateur (Lafitte), aux forts liens de fidélité avec 80 producteurs locaux -cinq furent directement impactés- et plusieurs chefs étoilés.
En blouse stĂ©rile, masque et bottes, il inspecte avant l'aube l'arrivage des canards Ă  abattre, sur les "quais" de l'usine Lafitte de Montaut oĂč, du format des cages Ă  leur lavage en machine puis inspection une Ă  une, l'exigence a partout montĂ© d'un cran depuis "la" crise.
Sécurité, transparence, traçabilité, qualité... "Il y a certaines valeurs qui vont ressortir de cette crise", veut croire Fabien Chevalier, aussi administrateur au Comité interprofessionnel des palmipÚdes à foie gras (Cifog). "C'est sûr, il y aura un +avant+ et un +aprÚs+".
Mais dans ce sud des Landes (25% du canard français, premier dĂ©partement producteur) fief de "petits faiseurs" (Ă©leveurs-gaveurs ou conserveurs de petite Ă©chelle), beaucoup ont l'impression d'avoir Ă©tĂ© les plus "handicapĂ©s": peu ou pas de stock au dĂ©but de la crise, biosĂ©curitĂ© lourde Ă  instaurer et reins Ă©videmment moins solides que les gros. Face aux investissements et au risque, "s'il y a un autre arrĂȘt de production, on est morts", ont assurĂ© plusieurs Ă  l'AFP.
- "Des heures Ă  faire le transformiste" -
Chacun pourtant s'évertue à rentrer dans les "nouveaux clous": zones-tampons, sas de désinfection entre unités de production, changements de tenue à chaque aller-venues entre les lots... "Un truc de fou ! Des heures de la journée passées à faire le transformiste", peste Serge Mora, responsable du "gras" au syndicat Modef (Mouvement de défense des exploitants familiaux), et lui aussi au Cifog.
Jean-François Lalanne s'interroge aussi in fine sur l'efficacitĂ© de ces mesures "extrĂȘmes". Convaincu que c'est ailleurs, "dans la surdensitĂ©, dans les transports" que rĂ©sident les risques, au moins autant que dans de petits Ă©levages en mode "autarcique", surtout pour ceux qui se plient comme lui au dĂ©jĂ  lourd cahier des charges du Label rouge.
"On nous a un peu soupçonnĂ©s comme des malpropres", maugrĂ©e Serge Mora, conscient pourtant que la crise "a Ă©veillĂ© les consciences" sur des choses qui "n'auraient jamais dĂ» ĂȘtre faites" dans la filiĂšre.
Au terme d'une année qui aura vu disparaßtre 25 à 30% de la production, le canard revient. Mais -investissements et normes obligent-- il coûtera plus cher. Autour de 20% cette année, prédisent les professionnels. A relativiser, s'agissant d'"un +produit plaisir+, un +produit d'excellence+, que les Français ne consomment en moyenne que deux fois par an", rappelle M. Chevalier.

Par Ella IDE - © 2016 AFP
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