Au sortir d'un rude hiver pour les abeilles, des apiculteurs ont manifesté jeudi dans plusieurs villes à travers la France pour réclamer des aides exceptionnelles et un environnement plus favorable aux pollinisatrices. Avec le soutien d'un invité surprise: Nicolas Hulot.
Sur l'esplanade des Invalides, Ă Paris, rassemblĂ©s autour d'une quinzaine de ruches et de cercueils, des apiculteurs venus d'Ile-de-France, de Bretagne et de Dordogne, ont rendu un dernier hommage symbolique Ă leurs essaims qui n'ont pas passĂ© l'hiver. "Il faut sauver l'apiculture nationale et faire cesser l'hĂ©catombe", a rĂ©clamĂ© François Le Dudal, jeune apiculteur en Bretagne. "Du coeur, du courage et au boulot Ă prĂ©sent!", a-t-il exhortĂ© lors de cette fausse cĂ©rĂ©monie funĂšbre oĂč des apiculteurs avaient revĂȘtus leur tenue de travail, combinaison blanche, chapeau de protection, enfumoir.
"Il faut arrĂȘter de tergiverser, car aujourd'hui, ça a pris de telles proportions que dans certaines rĂ©gions l'apiculture n'est plus viable", a indiquĂ© Ă l'AFP Gilles Lanio, prĂ©sident de l'Union nationale de l'apiculture française (Unaf). Depuis plusieurs annĂ©es, les apiculteurs subissent des pertes moyennes de 30% de leurs cheptels en hiver, selon lui. "Aujourd'hui, on a franchi un cap supplĂ©mentaire", avec des taux de mortalitĂ© pouvant grimper Ă 40, 50 voire 80%, s'est-il alarmĂ©.
"J'avais six ruches il y a encore deux ans, l'an dernier je n'en avais plus que deux et aujourd'hui zéro", a témoigné Julien, apiculteur amateur dans la DrÎme, venu manifester à Lyon devant la préfecture du RhÎne. Il a déploré "la mort en silence des colonies pendant l'hiver". "Mon grand-pÚre a fait de l'apiculture pendant 30 ans et aujourd'hui il a renoncé", dit-il.
"On est la seule profession agricole à ne pas recevoir d'aides", a déploré pour sa part Olivier Fernandez, président du syndicat des apiculteurs Midi-Pyrénées, présent à un rassemblement à Toulouse.
- "Votre meilleur médiateur" -
Cette activité souffre depuis plusieurs années: le nombre d'apiculteurs - amateurs et professionnels confondus - étaient de 85.000 en 1995, contre 70.000 (dont 2.000 professionnels) en 2017 et la production de miel a été divisée par trois, à un peu plus de 10.000 tonnes par an. Le frelon asiatique ou le varroa, un acarien parasite, sont autant de menaces qui pÚsent sur les abeilles. Mais le plus gros danger vient des néonicotinoïdes, ces insecticides utilisés pour enrober des semences, qui s'attaquent au systÚme nerveux des insectes, désorientent et affaiblissent les abeilles et autres pollinisateurs.
Avant l'introduction dans les champs de ces substances au milieu des années 1990, les mortalités d'abeilles n'étaient que de l'ordre de 5%, souligne l'Unaf. Avec les taux de pertes actuels, des apiculteurs risquent de mettre la clé sous la porte, s'alarme leurs représentants. La profession n'a pas toutefois encore chiffré précisément ses pertes. Invité surprise de la manifestation parisienne, le ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot les a invités à le faire au plus vite, pour pouvoir identifier "les mesures d'urgence" à prendre.
"Je ne veux plus qu'on diffĂšre ces sujets (...). Je veux ĂȘtre votre meilleur mĂ©diateur et ambassadeur", a-t-il promis, alors que les apiculteurs se sentent peu Ă©coutĂ©s par le ministĂšre de l'Agriculture et en ont appelĂ© directement Ă Emmanuel Macron.
La France et l'Union europĂ©enne ont commencĂ© Ă agir contre les nĂ©onicotinoĂŻdes. Paris a prĂ©vu de les interdire Ă partir du 1er septembre 2018, avec des dĂ©rogations possibles au cas par cas jusqu'au 1er juillet 2020. Au niveau europĂ©en, trois nĂ©onicotinoĂŻdes - clothianidine, thiamĂ©thoxame et imidaclopride - ont vu leur usage limitĂ©, avant d'ĂȘtre interdits Ă toutes les cultures en plein champ et non plus seulement aux cultures sous serre.
Mais il ne s'agit pas de solution miracle, car les néonicotinoïdes persistent dans les eaux et les sols. Et le moratoire européen sur les trois substances a entraßné une plus grosse consommation en France d'une quatriÚme, le thiaclopride.
AFP


