40 ans, 25 saisons, 785 matches et 307 buts sous un seul maillot, celui de l'AS Rome: Francesco Totti mettra fin dimanche dans un Stade Olympique bondé à une carriÚre romaine immense et paradoxale qui en a fait un Dieu pour les uns, à peine un grand joueur pour les autres.
La suite reste incertaine. En confirmant jeudi qu'il jouerait face au Genoa son dernier match avec la Roma, Totti s'est dit "prĂȘt pour un nouveau dĂ©fi". Sa vie de joueur n'est donc peut-ĂȘtre pas finie et il n'intĂ©grera pas forcĂ©ment comme prĂ©vu le staff du club. Mais aprĂšs dimanche, on ne le verra plus sous le maillot giallorosso, celui qu'il porte depuis mars 1993 et avec lequel il a Ă©tĂ© l'un des meilleurs joueurs du monde, de l'avis mĂȘme de PelĂ© et Maradona.
Car si Totti n'a jamais disputĂ© une demi-finale de Ligue des Champions, ni fait mieux qu'une 5e place au Ballon d'Or, il a rĂ©ussi l'exploit de mettre d'accord ces deux N.10 lĂ©gendaires qui s'opposent en tout. Pour le BrĂ©silien, "Totti Ă son sommet Ă©tait le meilleur joueur du monde". L'Argentin est mĂȘme allĂ© un peu plus loin: "Totti est et restera le meilleur joueur que j'aie vu de ma vie", a-t-il dit rĂ©cemment, provoquant peut-ĂȘtre un froncement de sourcils chez Cristiano Ronaldo, Messi ou Ronaldo.
Il faut dire que la carriÚre du "capitano" est un malentendu. ModÚle de longévité et de fidélité, il est un mythe dans sa ville natale et dans son club. Mais son palmarÚs y est à peu prÚs insignifiant avec un titre de champion et deux Coupes d'Italie.
- 'Tout le monde savait' -
Avec la Nazionale en revanche, il a été champion du monde en 2006. Mais il y a peu d'images, peu de souvenirs, peu de buts ou de passes décisives de Totti sous le maillot bleu alors qu'il y en a tellement en giallorosso. Ce sont ces souvenirs de ballons piqués, de passes de l'extérieur, de frappes en lucarne, de combinaisons avec Batistuta, Montella ou Cassano qui guideront dimanche 65.000 spectateurs jusqu'à l'Olimpico.
Ce Roma-Genoa peut offrir au club de la capitale une place directe en Ligue des Champions mais ça n'est vraiment pas pour ça que les billets se sont arrachĂ©s en 24 heures. Totti ne jouera peut-ĂȘtre mĂȘme pas, ou quelques minutes comme c'est dĂ©sormais l'habitude, mais les tifosi doivent remercier une derniĂšre fois celui qui fait leur fiertĂ© depuis 25 ans, et mĂȘme un peu plus.
"Je me souviens qu'à Rome, quand on était gosses, Totti était déjà Totti, à huit ans", raconte ainsi Alessandro Nesta, l'autre grand joueur romain des derniÚres décennies. "Tout le monde savait déjà combien il était fort, tout le monde parlait de lui et avait d'énormes attentes pour lui, un enfant".
Cet amour d'une ville, cette excitation, Totti n'a jamais cherché à les fuir. Il en a au contraire fait le sens de sa carriÚre. Il aurait pourtant pu partir au Real Madrid, il y a 15 ans, quand il était au sommet.
- Er Puppone -
Il y aurait peut-ĂȘtre gagnĂ© un Ballon d'Or et la considĂ©ration des sceptiques, qui le voient comme le meilleur joueur du monde Ă ne jamais avoir mis les pieds dans le dernier carrĂ© de la Ligue des Champions. "Il a privilĂ©giĂ© le c?ur avec la Roma mais il pouvait jouer n'importe oĂč. C'est un joueur vraiment exceptionnel", estime pourtant JĂ©rĂ©my MĂ©nez, son Ă©quipier Ă Rome entre 2008 et 2011, interrogĂ© par l'AFP.
MĂȘme sentiment pour Vincent Candela, qui a cĂŽtoyĂ© Totti de 1997 Ă 2005. "C'est un des plus grands, Top 10 mondial des 30 derniĂšres annĂ©es sans aucun problĂšme. Des pieds comme ça, il y a Zidane, Pirlo et... AprĂšs il n'y en a pas beaucoup", assure Ă l'AFP le champion du monde 1998. Cette saison encore, par bribes, on a pu voir que si les jambes ont bien 40 ans, les pieds et le coup d'oeil sont restĂ©s ceux d'"Er Puppone" (le gros bĂ©bĂ© en dialecte romain, ndlr), ce gamin du quartier de Porta Metronia, qui n'aimait que le foot, Rome et la Roma, et qui en est devenu le roi.
AFP

