"J'aimerais m'excuser auprÚs de la famille" de Samuel Paty, "j'ai détruit votre vie, je suis désolée", a reconnu mardi à la barre de la cour d'assises spéciale de Paris la jeune fille dont les "mensonges répétés" ont conduit à l'assassinat du professeur d'histoire.
En courte jupe plissée, gilet zippé noir sans manche sur chemise blanche, Nina (son prénom a été modifié), 17 ans, le teint mat, les cheveux relevés en chignon, boucles aux oreilles, parle d'une voix trÚs basse, semblant mesurer chacun de ses mots.
Dans le box, un accusé l'écoute attentivement: il s'agit de son pÚre, Brahim Chnina, 52 ans, poursuivi pour avoir publié sur les réseaux sociaux des messages puis des vidéos "haineuses" contre Samuel Paty.
En raison de ses liens de parentĂ© avec l'un des accusĂ©s, Nina n'a pas Ă prĂȘter serment mais "cela ne vous interdit pas de parler avec franchise", la prĂ©vient le prĂ©sident Franck Zientara.
Ce n'est pas la premiÚre fois que Nina comparaßt. En décembre dernier, le tribunal pour enfants de Paris l'a condamnée à 18 mois de prison avec sursis probatoire pour dénonciation calomnieuse à l'issue d'un procÚs à huis clos.
La jeune fille raconte comment elle a menti Ă ses parents pour justifier ses deux jours d'exclusion du collĂšge. ĂlĂšve dissipĂ©e et peu studieuse selon les tĂ©moignages d'anciens enseignants, elle a Ă©tĂ© exclue pour ses absences non justifiĂ©es et son comportement.
Mais la version qu'elle livre à sa mÚre est bien différente.
"Sous le coup de la panique et du stress, je lui ai dit que j'avais été à un cours et que j'étais pas d'accord, que le prof m'a exclue. Qu'on a vu des caricatures", dit-elle.
Brahim Chnina ne perd pas de temps pour dénoncer sur les réseaux sociaux un professeur "voyou" qu'il cite nommément. Il est vite rejoint par le militant islamiste expérimenté Abdelhakim Sefrioui (également dans le box des accusés).
Se présentant comme un "journaliste", Sefrioui fait une interview de Nina devant les portes du collÚge, soufflant les réponses au passage. La jeune fille alors ùgée de 13 ans réitÚre ses mensonges.
Avec son pĂšre, elle ira porter plainte au commissariat contre Samuel Paty.
- EntĂȘtement -
"Je me suis dit que quelqu'un allait m'arrĂȘter dans mon mensonge mais personne n'a dit que je n'Ă©tais pas au cours. Je me suis dit que tout le monde me croyait (...) Je ne gĂ©rais plus mon mensonge", explique Nina.
L'annonce de la mort de Samuel Paty ne changera rien Ă son entĂȘtement.
Ce n'est que durant sa garde Ă vue, aprĂšs 30 heures d'interrogatoire, que la jeune fille reconnaĂźtra enfin, mais trop tard, qu'elle a menti.
Durant tout son témoignage, la jeune fille marque peu d'émotions... sauf quand elle parle de son pÚre.
"Je tiens à m'excuser auprÚs de ma famille, de mes parents. à cause de mon mensonge, on se retrouve tous ici. Je tenais à m'excuser auprÚs de mon pÚre (...) sans mon mensonge, personne ne serait là ", sanglote-t-elle. "Je me servais de la naïveté et de la gentillesse de mon pÚre (...) En aucun cas, il ne pouvait se dire que ce que je disais était faux".
"Mon pĂšre dit qu'il faut tout le temps respecter les professeurs", poursuit-elle.
"Ah bonâŻ? D'accord", ne peut s'empĂȘcher de rĂ©agir le prĂ©sident.
"Aujourd'hui, si une personne doit ĂȘtre condamnĂ©e, ce ne sont pas les personnes dans le box mais moi", rĂ©pĂšte Nina.
Me Frank Berton, l'un des conseils de son pĂšre, lui demande de regarder son pĂšre dans le box.
"Depuis combien de temps vous ne l'avez pas vu?", demande l'avocat.
"Quatre, cinq mois", répond la jeune fille la voix chevrotante.
"Il a changé votre pÚre? Il a vieilli?", poursuit l'avocat.
La jeune fille éclate en sanglots.
à la sortie de la salle d'audience, Me Virginie Le Roy, avocate de la famille Paty, s'étonne des revirements du témoin.
"Il y a un an, elle indiquait que son pÚre était responsable, que son pÚre avait lancé une fatwa numérique et qu'elle avait été manipulée. Aujourd'hui, elle vient nous dire qu'elle est responsable de tout. Il ne faut pas se moquer du monde".
AFP

Une caniarde, qui joue la comédie...