Qui est Abdallah El-Hamahmy

Attaque au Louvre: le singulier itinéraire de l'assaillant

  • PubliĂ© le 8 fĂ©vrier 2017 Ă  21:21
Photo prise le 5 fĂ©vrier 2017 au Caire de diffĂ©rents portraits d'Abdallah El-Hamahmy, un Egyptien soupçonnĂ© d'ĂȘtre l'auteur de l'attaque Ă  la machette contre des militaires au musĂ©e du Louvre Ă  Paris

Une famille égyptienne relativement aisée et une vie rangée de cadre d'entreprise dans les Emirats: rien ne semblait prédestiner Abdallah El-Hamahmy à attaquer vendredi, une machette dans chaque main, des militaires au Louvre à Paris.

A 29 ans, le jeune Egyptien avait tout pour rĂ©ussir une belle carriĂšre dans ce riche pays oĂč il Ă©tait installĂ©. ArrivĂ© le 26 janvier en France avec un visa touristique depuis DubaĂŻ, le jeune homme restera comme l'assaillant du musĂ©e le plus frĂ©quentĂ© du monde, un acte qualifiĂ© de "terroriste" par les autoritĂ©s.

Peu avant 13H00 (heure de La RĂ©union) ce jour-lĂ , Ă  l'entrĂ©e de la galerie marchande du musĂ©e, il se jette sur des militaires en patrouille, vĂȘtu d'un T-shirt noir Ă  tĂȘte de mort, tenant une lame de 40 cm dans chaque main, aux cris de "Allah Akbar". Il parvient Ă  blesser un premier soldat au cuir chevelu avant d'ĂȘtre repoussĂ© par un second, qui lui tire dessus, le blessant griĂšvement Ă  l'abdomen.

Un scĂ©nario impensable pour le pĂšre du jeune Egyptien, un haut gradĂ© de la police Ă  la retraite. Reda El-Hamahmy dĂ©crit Ă  l'AFP "un garçon simple" de 1,65 m qu'il n'imagine pas s'attaquer Ă  "quatre gardes" armĂ©s et qui ne montrait aucun signe de radicalisation. Pour lui, son fils, cadre commercial Ă  Charjah, un des Ă©mirats les plus conservateurs du pays, est en "voyage d'affaires" Ă  Paris, oĂč il devait terminer son sĂ©jour par une visite au Louvre.

Sa jeune épouse, enceinte de leur deuxiÚme enfant, se trouve actuellement en Arabie saoudite. Un mariage arrangé par la famille, comme cela se pratique encore couramment, a raconté le pÚre.

L'ancien policier, qui n'a plus de nouvelles de son fils depuis vendredi, ne s'explique pas les tweets d'un certain Abdallah El-Hamahmy citant un verset du Coran qui promet le paradis Ă  ceux qui sont tuĂ©s en combattant pour Dieu. Ou cet autre oĂč il Ă©crit "pas de nĂ©gociations, pas de compromis, fermetĂ© et pas de retraite".

- "Une personne différente" -

Un ami du suspect ne reconnaßt pas le jeune diplÎmé de droit rencontré il y a une dizaine d'années: "C'était comme si c'était une personne différente. Comme si (le compte) avait été piraté". Originaire de Mansoura, dans le delta du Nil, Abdallah El-Hamahmy a grandi dans une famille plutÎt aisée, pratiquant un islam modéré, selon le pÚre.

Un de ses frÚres sera policier, dans les pas du pÚre, Abdallah fera des études de droit, à l'université de la ville, dont il sort diplÎmé vers 2010, avant de gagner les Emirats arabes unis.

AprÚs les printemps arabes de 2011, qui chassent successivement Zine El-Abidine Ben Ali en Tunisie et Hosni Moubarak en Egypte, ses tweets laissent penser que le jeune juriste a vu d'un bon oeil l'arrivée des islamistes au pouvoir.

La date de son installation aux Emirats est incertaine, mais c'est bien depuis le consulat d'Égypte Ă  DubaĂŻ qu'il vote Ă  la prĂ©sidentielle de 2012, emportĂ©e par l'islamiste Mohamed Morsi. Des photos postĂ©es sur les rĂ©seaux sociaux montrent un jeune brun souriant, cheveux courts, en tenue de sport ou devant son ordinateur. Chez son pĂšre, quelques clichĂ©s de lui datant de 2009 et 2010 le prĂ©sentent en jeune homme sĂ©rieux dans son costume cravate, le regard doux derriĂšre de fines lunettes.

Ses tweets dessinent le portrait d'un jeune homme ayant soutenu Morsi aprĂšs son Ă©lection, qui a assistĂ© en 2014 Ă  DubaĂŻ Ă  une confĂ©rence d'un trĂšs controversĂ© prĂȘcheur indien, Zakir Naik. Mais ces messages n'ont ni le contenu exaltĂ© ni le ton rageur des derniers tweets postĂ©s quelques minutes avant l'attaque du Louvre.

Ses tweets comme les tampons de son passeport attestent de séjours réguliers en Egypte, de 2012 à 2016, mais aussi en Turquie ou en Arabie.
Son sĂ©jour Ă  Paris a Ă©tĂ© minutieusement prĂ©parĂ©: visa demandĂ© en octobre, obtenu en novembre pour un mois Ă  compter du 20 janvier 2017. ArrivĂ© Ă  Paris le 26 janvier, il emmĂ©nage dans un appartement Ă  1.700 euros la semaine, Ă  deux pas des Champs-ÉlysĂ©es. Son camp de base. Deux jours plus tard, il achĂšte deux machettes dans une armurerie de Bastille, payĂ©es en liquide.

Face aux enquĂȘteurs, il explique n'avoir pas voulu s'en prendre aux militaires mais avoir l'intention de mener une action fortement symbolique contre la France, en dĂ©gradant des oeuvres du musĂ©e.

Son état de santé s'étant dégradé mardi, sa garde à vue a été levée. Si son état s'améliore, il sera présenté à un juge d'instruction en vue d'une mise en examen.

AFP

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