Les premiĂšres gardes Ă vue dans l'entourage de l'assaillant du commissariat de Rambouillet (Yvelines), qui se poursuivaient samedi matin, doivent aider les enquĂȘteurs Ă dessiner le profil de cet homme inconnu de la police et du renseignement, qui a tuĂ© vendredi Ă coups de couteau une fonctionnaire de police.
La France, endeuillée à l'automne par trois attentats jihadistes en quelques semaines, a renoué vendredi avec le "terrorisme islamiste" auquel le président Emmanuel Macron a rappelé ne vouloir "rien céder".
Jamel G., un Tunisien de 36 ans, a tuĂ© de deux coups de couteau une policiĂšre non armĂ©e de 49 ans, StĂ©phanie M., dans le sas d'entrĂ©e du commissariat de Rambouillet, selon les premiers Ă©lĂ©ments de l'enquĂȘte.
Le pÚre du meurtrier, abattu juste aprÚs les faits par un policier, et deux autres personnes qui l'ont hébergé, l'une récemment à Thiais (Val-de-Marne) et l'autre à son arrivée en France en 2009, ont été placés en garde à vue vendredi soir, a indiqué une source proche du dossier. Les auditions se poursuivaient samedi matin, selon une source judiciaire.
Deux perquisitions ont Ă©galement Ă©tĂ© menĂ©es vendredi soir, l'une chez le logeur de Thiais, l'autre au domicile du pĂšre Ă Rambouillet, oĂč avait dĂ©mĂ©nagĂ© Jamel G., selon la source proche du dossier.
ArrivĂ© en France en situation irrĂ©guliĂšre, ce chauffeur-livreur Ă©tait titulaire depuis dĂ©cembre d'une carte de sĂ©jour valable un an, selon le parquet national antiterroriste (Pnat), qui s'est saisi de l'enquĂȘte quelques heures aprĂšs les faits.
Les enquĂȘteurs de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) et de la Direction gĂ©nĂ©rale de la sĂ©curitĂ© intĂ©rieure (DGSI) vont dĂ©sormais tenter de mieux cerner le profil de l'assaillant et son mode opĂ©ratoire, dĂ©jĂ dessinĂ©s par de premiers Ă©lĂ©ments.
L'homme aurait effectué un "repérage", accréditant la préméditation, avant de s'en prendre à la victime, selon le procureur antiterroriste Jean-François Ricard.
Des tĂ©moins ont par ailleurs rapportĂ© que l'assaillant aurait criĂ© "Allah Akbar", selon une source proche de l'enquĂȘte.
- "Héroïne du quotidien" -
Les trois gardes Ă vue ainsi que les documents et matĂ©riels saisis lors des perquisitions devraient permettre de faire progresser encore l'enquĂȘte.
L'analyse de ces éléments pourrait éclairer les motivations de Jamel G., son parcours en France depuis son départ de Tunisie, comment il a préparé son acte, si des personnes l'ont aidé ou encouragé dans son projet ainsi que ses éventuels contacts noués en ligne avec des membres de la sphÚre jihadiste.
Les prochains jours seront aussi ceux des hommages à Stéphanie M., mÚre de deux filles de 13 et 18 ans, agente administrative du secrétariat au commissariat, depuis 28 ans "à Rambouillet", selon une source policiÚre.
Le commissariat est situé dans un quartier résidentiel cossu de cette ville "tranquille, quasi provinciale", a souligné la maire Véronique Matillon.
Jean Castex, qui s'est rendu vendredi sur place, a fait part sur Twitter de sa "profonde Ă©motion" et d'"un immense respect" pour les policiers: "Ă nos hĂ©roĂŻnes et hĂ©ros du quotidien qui portent chaque jour avec fiertĂ© lâuniforme de la RĂ©publique au pĂ©ril de leur vie: les Français savent ce qu'ils vous doivent".
Ce drame survient alors que les forces de police des Yvelines gardent en mémoire le souvenir de l'assassinat d'un couple de fonctionnaires de police, tué à coups de couteau en juin 2016 dans son pavillon de Magnanville, par un homme se revendiquant de l'organisation Etat islamique (EI).
Le 16 octobre 2020, le mĂȘme dĂ©partement des Yvelines avait Ă©tĂ© marquĂ© par l'attaque au couteau d'un professeur de collĂšge, Samuel Paty, dĂ©capitĂ© par un jeune homme de 18 ans originaire de la rĂ©publique russe de TchĂ©tchĂ©nie.
Depuis 2015, une vague d'attentats jihadistes a fait plus de 260 morts en France. Plusieurs de ces attaques ont été perpétrées à l'arme blanche et en ciblant les forces de l'ordre, conformément aux mots d'ordre récurrents du groupe EI.
La derniĂšre attaque meurtriĂšre des forces de l'ordre en France remonte au 3 octobre 2019, quand, dans l'enceinte de la prĂ©fecture de police de Paris, un employĂ© avait poignardĂ© Ă mort trois policiers et un agent administratif, avant d'ĂȘtre tuĂ©.
AFP



